« Désormais à Alep, on entend le chant des oiseaux »

Article  •  Publié sur Souria Houria le 23 mars 2016
"Désormais à Alep, on entend le chant des oiseaux"

© KARAM AL-MASRI / AFP

L’entrée en vigueur du cessez-le-feu en Syrie offre un moment de répit à la population, épuisée par cinq années de guerre.

« Désormais à Alep, on entend le chant des oiseaux ». Pour les habitants de la deuxième ville de Syrie, c’est un retour à un quotidien un peu plus acceptable qui se met en place doucement depuis qu’une trêve a été signée le 27 février dernier. « Pour la première fois depuis longtemps, ils peuvent sortir de chez eux sans avoir peur. Certains se sont même remis au travail, comme les marchands ambulants », raconte le journaliste Yousef Sedik.

En contact permanent avec son réseau de 35 reporters et vidéastes, le journaliste – en tournée européenne avec trois autres collègues syriens –  suit de près le bref répit qu’offre le cessez-le-feu. Aux côtés des journalistes Zein Al-Rifai, Reem Fadel et Louai Aboaljoud, Yousef Sedik raconte à Europe 1 ce que cette trêve a changé pour une population usée par cinq années de guerre.

« Avant, on ne sortait de chez nous que les jours de brume ou de brouillard parce qu’on savait que la mauvaise visibilité ne permettait pas à l’aviation de bombarder. Aujourd’hui, nous pouvons sortir de chez nous quelque soit la couleur du ciel », explique-t-il. « Désormais, à Alep, on entend le chant des oiseaux. Lais vous savez, les habitants ont tellement été habitués aux bruits des bombardements qu’il leur faudra du temps pour se réhabituer au calme », ajoute-t-il.

« Les enfants ont pu sortir des écoles souterraines et l’eau et l’électricité ont pu être réparées dans certains quartiers », assure le reporter-vidéaste Zein Al-Rifai, les yeux rivés sur l’écran de son téléphone sur lequel défilent les messages de ses amis postés sur les réseaux sociaux.

Mais les quatre journalistes confient que la peur est toujours présente chez les habitants, malgré le calme apparent. Et comme le résume Louai Aboaljoud, « ce n’est qu’une trêve ». Les Aleppins continuent à faire face aux difficultés. Une grande partie des infrastructures pour l’eau, l’électricité ont été détruites. « L’inflation est terrible », ajoute Reem Fadel. « Le salaire moyen d’un Aleppin aujourd’hui est de 30 dollars (24 euros) ! Que voulez-vous faire ? », s’interroge la jeune femme.

Depuis le début du conflit, 270.000 Syriens ont perdu la vie dans les bombardements et les affrontements. D’après l’ONU, l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en Syrie s’est rapidement traduit par une nette baisse du nombre de civils tués. « La mort, nous avons appris à vivre avec. Nous avons appris à perdre nos proches », souffle Louai Aboaljoud, du bout des lèvres. Pour lui, comme pour Zein Al-Rifai, assis à ses côtés, le mal est fait.

« Il y a déjà eu des dizaines de violations du cessez-le-feu », lâche Zein, un peu amer. Pour le journaliste d’à peine 29 ans, gravement blessé aux jambes par des éclats d’obus il y a sept mois, « les Syriens de notre génération ne connaîtront sûrement pas la paix, mais nous travaillons pour les générations futures qui, elles, connaîtront une Syrie libre, c’est certain ».

Si la guerre a bouleversé le quotidien des Aleppins, la ville n’en reste pas moins un des bastions de l’opposition au régime de Bachar al-Assad. Dès l’annonce du cessez-le-feu, les manifestations ont repris. « Nous avons vu des pancartes avec les mêmes slogans que ceux que nous scandions en 2011 quand nous avons commencé la révolution », dit fièrement Reem Fadel. « Maintenant, il faut faire confiance au peuple syrien qui finira par obtenir la démocratie », insiste la jeune femme. « Faites-nous confiance », répète-t-elle, le regard embué par l’émotion.