Le jeu dangereux de Lafarge en Syrie – Par Dorothée Myriam Kellou

Article  •  Publié sur Souria Houria le 17 novembre 2016

De 2011 à septembre 2014, en pleine guerre civile, la cimenterie de Jalabiya a fonctionné au prix d’arrangements avec des groupes armés, dont des djihadistes.

En mars 2011, pendant que la Syrie se soulève contre Bachar Al-Assad, la cimenterie de Lafarge Cement Syria (LCS), filiale du groupe français de matériaux de construction Lafarge, continue de tourner à plein régime à Jalabiya, dans le nord-est du pays. Pendant des mois, rien ne change, malgré la violente répression qui s’abat sur la plupart des grandes villes du pays, parcourues de manifestations contre le régime. A partir de l’automne 2011, en réaction, le mouvement de contestation s’est transformé en rébellion armée. Les combats gagnent peu à peu le pays. Le développement du conflit et l’instabilité croissante poussent les entreprises étrangères, dont les investissements avoisinaient 2,6 milliards de dollars en 2009, à quitter la Syrie.

Dès décembre 2011, Total, le géant français du pétrole et du gaz, cesse toute activité et rapatrie son personnel pour se conformer aux sanctions européennes interdisant notamment l’achat de brut syrien. En juillet 2012, l’industriel français Bel, troisième producteur mondial de fromages, implanté en Syrie depuis 2005, ferme son usine à Damas. D’autres sociétés étrangères, comme le groupe français Air Liquide, qui avait une usine à Adra, au nord-est de la capitale syrienne, cessent leurs activités.

Mais pour la cimenterie Lafarge, rien ne change. L’usine avait été acquise par le groupe français en 2007, en même temps qu’était racheté l’égyptien Orascom, en partenariat avec l’homme d’affaires syrien Firas Tlass. L’usine rénovée, plus gros investissement étranger en Syrie hors du secteur pétrolier, estimé à 600 millions…

Ligne de production de ciment dans l’usine Lafarge de Jalabiya, dans le nord-est de la Syrie, en 2012.
Ligne de production de ciment dans l’usine Lafarge de Jalabiya, dans le nord-est de la Syrie, en 2012. M.A