L'espace Europia a le plaisir de vous inviter à l'exposition de l'artiste
"Randa Mdah"
du 17 juin au 10 juillet 2015
Vernissage le mercredi 17 juin 2015 à 18h30
en presence de l'artiste
Ouverture de lundi à vendredi 16:30 - 19:30
Europia, 15 av.de Ségur, 75007-Paris, France. T:+33 1 45512607
http://europia.org/randa2015 e-mail: info@europia.org
La guerre s’installe et dans sa représentation, Randa alterne entre l’utilisation de balles réelles et le modelage à l’argile. Les visages et les corps en argile sont écrasés comme s’ils avaient été retirés des décombres d’un immeuble détruit par les barils explosifs, inventions récentes de l’industrie de la mort. Randa appelle ses travaux d’argile « Terre Cuite », dans un lapsus qui révèle la cuisson du corps humain à la guerre.
La barbarie recrée le corps humain : la victime humaine est un oiseau meurtri, comme les oiseaux qui meurent en se renversant sur leurs dos.
Randa riposte aux balles réelles, utilisées contre les manifestations, en dessinant à balles réelles. Elle dessine avec des balles pour dire que les balles réelles et bien vivantes tuent. La suspension change avec la mort. Elle devient horizontale après avoir été verticale.
Dans les guerres fratricides, le frère tue son frère et dans les festins orgiaques de la barbarie, les gueules des grands s’élargissent pour dévorer les enfants, leurs enfants, comme le font certains animaux.
Nous revenons aux scènes de suspension. Des femmes suspendues à leurs sentiments. Des morts qui flottent dans un espace déroutant, ils ont quitté la terre mais s’obstinent face au jugement des dieux qui ont condamné l’Homme au « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Ils sont les « morts vivants » comme dans les vengeances tribales. Ils se balancent comme les membres tronqués de cet enfant sur la balançoire. Tu pourras aussi dire, au contraire, ils nagent dans un espace impénétrable comme les rêves. Voici la balançoire de la fête et voilà la distance meurtrière qui sépare l’enfant d’une opportunité, celle de monter sur la balançoire pour s’élever haut au dessus de toute cette barbarie.
Dans nos régions, On dit de celui qui attend sans grand espoir qu’il « est suspendu aux cordes du vent ». Randa Mdah ne joue ni avec la guerre, ni avec le meurtre, ni avec la mort. Elle les prend au plus grand sérieux. Elle s’est résolue à illustrer et à créer au moyen des outils de la guerre, de la violence de la guerre, du morcellement de la guerre et des horreurs de la guerre. Ces travaux font partie de l’épopée tragique, ces cordes vocales émanent d’un peuple solitaire dans sa prison, dans sa division, dans sa souffrance et dans sa mort et pourtant, dans sa liberté sauvage et son attachement obsessif à la vie, il reste suspendu aux cordes du vent.
Texte par Fawaz Traboulsi
Traduit par Cynthia kreichati
