Durant un an, Bassma Kodmani a occupé le poste de porte-parole du Conseil national syrien. / Jean-Yves Lacote/GNO/Picturetank
« Les gentils chercheurs sont devenus parties prenantes de la révolution »
Naïve ? Le qualificatif ne colle assurément pas à cette politologue calme et déterminée. Bassma Kodmani est depuis trente ans une experte du monde arabe. Elle a soutenu sa thèse de doctorat sur la question palestinienne. Fin 2005, alors directrice d’un programme à la fondation Ford, au Caire, elle cofonde puis dirige l’Initiative de réforme arabe, un consortium d’instituts de recherche répartis dans plusieurs pays de la région. Initié par le think tank américain Council on Foreign Relations, cet organisme basé à Paris produit des études sur les enjeux de réformes et de transition démocratique. « Quand nous l’avons créé, les systèmes politiques étaient calcifiés et George W. Bush poussait son agenda pro démocratie dans tout le Moyen-Orient,raconte-t-elle. Nous avons voulu apporter notre propre réponse à l’urgence de la démocratisation. » Six ans plus tard, les bouleversements en Tunisie, en Égypte, au Yémen plongent le réseau dans l’euphorie. « Les gentils chercheurs sont devenus parties prenantes de la révolution, plaisante-t-elle. C’était le moment des choix historiques. Chacun a dû se définir : démocrate ou pas ? Laïque en dialogue ou éradicateur ? Libéral insensible ou redistributeur ? Ce monde arabe que nous observions, nous en étions soudainement acteurs. Il fallait s’engager. »Un goût pour l’action politique
Bassma Kodmani se redécouvre alors Syrienne, attachée à un pays auquel son père avait tourné le dos. Jeté en prison puis licencié du ministère des affaires étrangères alors que le parti Baas régnait à Damas, cet ancien ambassadeur avait pris en 1968 le chemin de l’exil avec sa famille. Bassma et sa sœur, la journaliste Hala Kodmani, poursuivirent toute leur scolarité et leurs études supérieures en France, francophones et francophiles. Le monde et la langue arabes ne les ont jamais quittées, mais la terre natale restait lointaine.> À lire : Une opposition syrienne très incomplète à Genève
En mars 2011, les premières manifestations contre le régime de Bachar Al Assad commencent dans le pays. En août, Bassma Kodmani est à Istanbul lorsque se constitue le Conseil national syrien, première tentative de regroupement de l’opposition intérieure et extérieure. Elle accepte la fonction de porte-parole, qu’elle occupera un an. « Je n’ai pas hésité une seconde », explique-t-elle. Son goût pour l’action politique la tire, ainsi que ses convictions démocratiques. « J’éprouvais aussi comme un sentiment maternel, glisse-t-elle. J’ai trois garçons. Les jeunes qui se révoltaient avaient leur âge, ils portaient un espoir. Il fallait leur parler, les entendre, les guider. »