Infos Syrie Résistance ! On nous répète depuis des années que la situation en Syrie se réduit à une confrontation entre le régime et les djihadistes. Admettez, nous disait-on, que les forces nées de la révolution, qui se réclamaient d'une Syrie libre et démocratique, ont été écrasées, défaites, elle n’existent plus... D’ailleurs ont-elles jamais existé ? La révolution syrienne n'a-t-elle pas été une pure illusion ? On nous invitait à nous faire une "raison" : Bachar al-Assad n'est pas un démocrate, peut-être même est-ce un criminel, reste qu'il est le seul rempart face à la menace de la barbarie qu'est Daech ! Mais voici qu'il a suffi d'une trêve, partielle et précaire, pour que la perception de la réalité syrienne change du tout au tout.> La suspension des bombardements a permis aux Syriennes et Syriens de retrouver la rue, d'y manifester.... pour dire leur refus du régime et de l'extrémisme islamiste. Depuis, des centaines de manifestations ont été recensées, dans différentes villes de toute la Syrie. Avec pour slogans :En dépit des centaines de milliers de morts, des tortures de masse, des expulsions, de la faim, et de la tragique solitude en laquelle il été abandonné, le peuple syrien résiste. Nous devons nous intéresser à sa situation, faire connaître sa lutte. C'est ce à quoi va s’attacher cette lettre d'informations.
- « Révolution pour la dignité et la liberté »,
- « Le peuple syrien est un et uni »,
- « Le peuple veut la chute du régime »,
- « Al-Nosra, dehors ! ».
Souria Houria, Collectif « Avec la Révolution syrienne » (Alternative libertaire, CEDETIM, EELV, Émancipation, Ensemble !, NPA, Solidaires, UJFP)
Les articles de la lettre traduisent la diversité des organisations parties prenantes
Questions et repères :
Chaque numéro propose des repères sous formes de réponses à quelques questions sur la situation. Révolution syrienne : Après tant de massacres, avec tant d'interventions militaires, on en vient à douter qu'à l’origine fut un soulèvement populaire, s'inscrivant dans le processus des révolutions arabes. Peut-on encore parler de révolution syrienne ? Nous pouvons toujours parler de révolution syrienne, même si elle se trouve aujourd’hui noyée dans les guerres et les interventions. Cette révolution a connu une phase pacifique de mars à août 2011 avec des manifestations à travers le pays rassemblant des centaines de milliers de personnes réclamant la liberté et la chute de la dictature (exactement comme ce fut le cas en Tunisie ou en Egypte). Sa militarisation ne s’est effectuée qu’en septembre 2011 pour défendre les manifestants, souvent arrêtés ou tués par les forces du régime les qualifiant de « microbes » et de « terroristes » (contrairement à ce que furent les cas tunisien et égyptien). Puis, vue la férocité de la répression des dissidents par les services de sécurité d’Assad, cette révolution s’est transformée en une lutte armée dirigée par l’Armée Syrienne Libre (formée de volontaires et de déserteurs de l’armée assadienne). Une grande partie des Syriens était convaincue que ce régime, semblable à ceux de Saddam et Kadhafi, n’allait pas partir sans y être contraint. Tout au long de cette phase (mars 2011 – juillet 2012), des comités de coordination et des conseils locaux se sont formés clandestinement dans plusieurs villes et villages syriens. Des médecins ont formé des réseaux pour soigner les victimes de la répression et des combats. Des citoyens-journalistes ont documenté les évènements afin de contourner l’interdiction d’accès par le régime des médias indépendants cherchant à couvrir ce qui se passait dans le pays. Des associations de soutien aux victimes et des centres de documentation des violations ont été fondés. Il s’est produit alors un véritable retour à la vie de la société civile syrienne après 41 ans d’agonie et de coma. Le régime a riposté en assassinant et arrêtant les personnalités influentes au sein de cette société civile naissante et en ciblant surtout les acteurs porteurs d’un discours progressiste et démocratique. En août 2012, la lutte armée a connu sa transformation en guerre totale. Le régime a commencé à utiliser son aviation pour bombarder les zones qui lui échappaient. C’est à ce moment-là que la montée des forces islamistes (non jihadistes) au sein de cette révolution s’est faite, pour 4 raisons principales.- Le parrainage, l'armement et la couverture médiatique par le Qatar, la Turquie et l'Arabie saoudite inquiète de l’expansion iranienne dans la région et du grand soutien iranien à Assad. Ces initiatives ont été prises au moment où l'Occident revenait progressivement sur ses promesses d'aide à l'Armée Syrienne libre et aux factions qu’il qualifiait de “modérées”.
- L'intensité de la violence du régime et son soutien iranien, le rituel religieux de la mort quotidienne, le sentiment d’abandon du monde entier à chaque enterrement, et cela dans un contexte social et culturel conservateur, notamment dans les régions rurales et périphériques où se sont concentrés les combats au départ, avant de s'étendre aux villes.
- La diminution de la capacité des comités et conseils locaux de coordination et des forces civiles à maintenir leur influence sur le terrain. En effet, des centaines de leurs membres ont été tués, emprisonnés, contraints à se terrer ou obligés de quitter le pays.
- Le manque cruel de moyens financiers et d'équipements des forces non islamistes présentes sur les fronts, au point que leurs combattants ne parvenaient même plus à nourrir leurs familles.
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