Dans le vieux Mossoul, dimanche. Photo William Daniels pour Libération[/caption]
Envoyé spécial à Mossoul Photos William Daniels — 29 juin 2017 à 20:26
Si la reprise de la mosquée Al-Nouri marque un tournant symbolique du conflit, les combats se poursuivent entre des jihadistes aux abois et une armée épuisée.
Mossoul : dans les ruines laissées par Daech
Quand le vent se lève, la vieille ville de Mossoul disparaît. Le ciel gris et brûlant, les murs sales des maisons ravagées, la poussière des gravats, plus rien ne se distingue, tout se mêle. Seule ressort parfois la puanteur de cadavres oubliés. Les forces irakiennes ont avancé jeudi et dévoilé un paysage post-apocalyptique. Elles ont gagné quelques centaines de mètres sur l’Etat islamique. Cela paraît peu. Mais dans des venelles d’un mètre et demi de large où chaque pas risque de déclencher une mine artisanale, où chaque porte peut receler un piège, c’est beaucoup. L’avancée est aussi symbolique. Les forces spéciales se sont emparé de ce qu’il reste de la mosquée Al-Nouri et d’Al-Hadba, son minaret penché recouvert de mosaïques, le «bossu» comme le surnomment les Mossouliotes. Les jihadistes l’ont dynamité le 21 juin. Ils ne voulaient pas que les soldats puissent parader et faire des selfies devant le minbar où Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife autodésigné, a fait sa seule apparition publique. C’était le 3 juillet 2014, l’Etat islamique était au faîte de sa puissance. Jeudi, l’armée irakienne a commencé à déminer les ruines de l’édifice. «D’ici quatre à cinq jours, nous aurons atteint le Tigre. La victoire est une question de jours. Daech n’est plus qu’un pain de glace qui fond sous le soleil», souffle le général Sami al-Arthy, à la tête de deux divisions des forces spéciales irakiennes.
Dans la poussière de la vieille ville, à côté de son blindé noir frappé d’une tête de mort, Nasser, 23 ans, soldat dans les forces spéciales, ne dit pas autre chose. «Dans dix jours, deux semaines peut-être, c’est réglé. On sent que les hommes de l’Etat islamique n’ont plus le moral, qu’ils ne pensent plus qu’à s’échapper. Ils ne savent plus se battre alors qu’il y a encore trois semaines, ils étaient des combattants redoutables.» La bataille a anéanti le vieux Mossoul. Pas une maison ne semble avoir été épargnée. Des toits se sont écroulés, laissant des blocs de béton pendre comme des guirlandes, seulement retenus par leurs armatures métalliques. Des voitures calcinées aux carcasses tordues disparaissent sous la chaussée. Des cratères creusés par des frappes aériennes ont aspiré camionnettes et bulldozers. Quand les avions de la coalition ne bombardent pas et que les combats cessent, un silence profond se répand, imperméable aux bruits de la vie qui a repris dans les autres quartiers.
Mossoul : dans les ruines laissées par DaechPar Luc Mathieu
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Dans le vieux Mossoul, dimanche. Photo William Daniels pour Libération[/caption]
Envoyé spécial à Mossoul Photos William Daniels — 29 juin 2017 à 20:26
Si la reprise de la mosquée Al-Nouri marque un tournant symbolique du conflit, les combats se poursuivent entre des jihadistes aux abois et une armée épuisée.
Mossoul : dans les ruines laissées par Daech
Quand le vent se lève, la vieille ville de Mossoul disparaît. Le ciel gris et brûlant, les murs sales des maisons ravagées, la poussière des gravats, plus rien ne se distingue, tout se mêle. Seule ressort parfois la puanteur de cadavres oubliés. Les forces irakiennes ont avancé jeudi et dévoilé un paysage post-apocalyptique. Elles ont gagné quelques centaines de mètres sur l’Etat islamique. Cela paraît peu. Mais dans des venelles d’un mètre et demi de large où chaque pas risque de déclencher une mine artisanale, où chaque porte peut receler un piège, c’est beaucoup. L’avancée est aussi symbolique. Les forces spéciales se sont emparé de ce qu’il reste de la mosquée Al-Nouri et d’Al-Hadba, son minaret penché recouvert de mosaïques, le «bossu» comme le surnomment les Mossouliotes. Les jihadistes l’ont dynamité le 21 juin. Ils ne voulaient pas que les soldats puissent parader et faire des selfies devant le minbar où Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife autodésigné, a fait sa seule apparition publique. C’était le 3 juillet 2014, l’Etat islamique était au faîte de sa puissance. Jeudi, l’armée irakienne a commencé à déminer les ruines de l’édifice. «D’ici quatre à cinq jours, nous aurons atteint le Tigre. La victoire est une question de jours. Daech n’est plus qu’un pain de glace qui fond sous le soleil», souffle le général Sami al-Arthy, à la tête de deux divisions des forces spéciales irakiennes.
Dans la poussière de la vieille ville, à côté de son blindé noir frappé d’une tête de mort, Nasser, 23 ans, soldat dans les forces spéciales, ne dit pas autre chose. «Dans dix jours, deux semaines peut-être, c’est réglé. On sent que les hommes de l’Etat islamique n’ont plus le moral, qu’ils ne pensent plus qu’à s’échapper. Ils ne savent plus se battre alors qu’il y a encore trois semaines, ils étaient des combattants redoutables.» La bataille a anéanti le vieux Mossoul. Pas une maison ne semble avoir été épargnée. Des toits se sont écroulés, laissant des blocs de béton pendre comme des guirlandes, seulement retenus par leurs armatures métalliques. Des voitures calcinées aux carcasses tordues disparaissent sous la chaussée. Des cratères creusés par des frappes aériennes ont aspiré camionnettes et bulldozers. Quand les avions de la coalition ne bombardent pas et que les combats cessent, un silence profond se répand, imperméable aux bruits de la vie qui a repris dans les autres quartiers.
Dans le vieux Mossoul, dimanche. Photo William Daniels pour Libération[/caption]
Envoyé spécial à Mossoul Photos William Daniels — 29 juin 2017 à 20:26
Si la reprise de la mosquée Al-Nouri marque un tournant symbolique du conflit, les combats se poursuivent entre des jihadistes aux abois et une armée épuisée.
Mossoul : dans les ruines laissées par Daech
Quand le vent se lève, la vieille ville de Mossoul disparaît. Le ciel gris et brûlant, les murs sales des maisons ravagées, la poussière des gravats, plus rien ne se distingue, tout se mêle. Seule ressort parfois la puanteur de cadavres oubliés. Les forces irakiennes ont avancé jeudi et dévoilé un paysage post-apocalyptique. Elles ont gagné quelques centaines de mètres sur l’Etat islamique. Cela paraît peu. Mais dans des venelles d’un mètre et demi de large où chaque pas risque de déclencher une mine artisanale, où chaque porte peut receler un piège, c’est beaucoup. L’avancée est aussi symbolique. Les forces spéciales se sont emparé de ce qu’il reste de la mosquée Al-Nouri et d’Al-Hadba, son minaret penché recouvert de mosaïques, le «bossu» comme le surnomment les Mossouliotes. Les jihadistes l’ont dynamité le 21 juin. Ils ne voulaient pas que les soldats puissent parader et faire des selfies devant le minbar où Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife autodésigné, a fait sa seule apparition publique. C’était le 3 juillet 2014, l’Etat islamique était au faîte de sa puissance. Jeudi, l’armée irakienne a commencé à déminer les ruines de l’édifice. «D’ici quatre à cinq jours, nous aurons atteint le Tigre. La victoire est une question de jours. Daech n’est plus qu’un pain de glace qui fond sous le soleil», souffle le général Sami al-Arthy, à la tête de deux divisions des forces spéciales irakiennes.
Dans la poussière de la vieille ville, à côté de son blindé noir frappé d’une tête de mort, Nasser, 23 ans, soldat dans les forces spéciales, ne dit pas autre chose. «Dans dix jours, deux semaines peut-être, c’est réglé. On sent que les hommes de l’Etat islamique n’ont plus le moral, qu’ils ne pensent plus qu’à s’échapper. Ils ne savent plus se battre alors qu’il y a encore trois semaines, ils étaient des combattants redoutables.» La bataille a anéanti le vieux Mossoul. Pas une maison ne semble avoir été épargnée. Des toits se sont écroulés, laissant des blocs de béton pendre comme des guirlandes, seulement retenus par leurs armatures métalliques. Des voitures calcinées aux carcasses tordues disparaissent sous la chaussée. Des cratères creusés par des frappes aériennes ont aspiré camionnettes et bulldozers. Quand les avions de la coalition ne bombardent pas et que les combats cessent, un silence profond se répand, imperméable aux bruits de la vie qui a repris dans les autres quartiers.
