Après la défection d'un ministre, le régime craint un putsch.
Certes, il ne s'agit encore que d'un vice-ministre du Pétrole et non d'un général de corps d'armée. Mais la défection d'Abdo Hussameddine, annoncée jeudi dans un message vidéo posté sur YouTube, est un incontestable revers infligé au régime de Bachar el-Assad, au moment où ce dernier craint une extension de la contestation à Alep, la deuxième ville du pays.
Il s'agit de la première défection d'un responsable gouvernemental. «Je rejoins la révolution», a déclaré M. Hussameddine, en appelant les autres ministres à abandonner «un bateau qui coule». Compte tenu des pressions exercées sur leurs proches, il est très difficile pour les dirigeants ou diplomates syriens de rallier l'opposition. Mais, après un an de révolte ayant entraîné de nombreuses défections parmi les militaires, c'est surtout vis-à-vis de l'armée que le régime se montre le plus vigilant, en particulier à l'égard de sa composante sunnite, la confession des milliers de manifestants anti-Bachar.
«Le pouvoir n'envoie pratiquement plus aucun sunnite sur le terrain. Il n'a plus confiance», affirme une source franco-syrienne ayant ses entrées dans l'appareil sécuritaire. «Ceux qui combattent l'insurrection sont maintenant quasi exclusivement des alaouites (la communauté des el-Assad, NDLR) et des miliciens payés par le régime», ajoute-t-elle. Le pouvoir n'a pas hésité à désarmer la plupart des bataillons sunnites. «Leurs chars sont inopérants et leurs véhicules blindés ne reçoivent plus d'essence», poursuit cette source.
El-Assad redoute un coup d'État militaire. Alors que les militaires alaouites sont occupés à réprimer la rue, le pouvoir veut éviter que les bataillons sunnites au repos forcé n'en profitent pour sortir de leurs casernes avant de marcher sur le palais présidentiel à Damas. Les sunnites doivent donc rester «prisonniers dans leurs bases».
L'autre hantise du régime concerne l'armée de l'air, où les officiers sunnites sont traditionnellement plus nombreux que dans la marine et l'armée de terre, plus loyales. «La plupart des Gazelle et des avions de combat soviétiques sont passés sous le contrôle de la division Hélicoptères de l'armée de terre», souligne le Franco-Syrien.