Syrie : ils racontent l'enfer et l'espoir[/caption]
Reem était étudiante, Louai poursuivait ses études de biologie. Ils vivaient à Alep, l'une des villes symboles de la tragédie syrienne. Leur vie a basculé, comme celle de tant de leurs compatriotes, quand ils ont commencé à participer aux manifestations pacifiques contre le régime de terreur de Bachar Al Assad. Devenus journalistes «pour transmettre des informations professionnelles» dans un paysage médiatique saturé par le régime, ils ont quitté leur pays pour témoigner de l'enfer au quotidien d'une population coincée entre Daech et Assad, mais aussi de l'espoir chevillé au corps et au cœur des citoyens syriens qui rêvent d'un État démocratique et civil débarrassé des extrêmes. Invités notamment par le collectif Toulouse solidarité Syrie dans le cadre du projet «Porter la voix des journalistes d'Alep», les témoignages de Reem Fadel et Louai Abo Aljoud interpellent. Accueillis hier dans les locaux de La Dépêche du Midi par Jean-Nicolas Baylet, directeur général, Reem et Louai ont confié à la rédaction (merci au traducteur Samir Arabi) une parole libre.
Reem : «J'ai été arrêtée chez moi, accusée de faire entrer du lait dans la région bombardée et d'écrire des articles pour s'opposer au régime. Je suis restée trois mois en prison et ma famille a dû débourser 10 000 dollars pour me libérer. Pour le régime, il s'agit de terroriser la parole car il craint plus ceux qui combattent par la parole que ceux qui combattent par les armes. Il reste 200 000 prisonniers dans les prisons d'Assad aujourd'hui. Il n'y a pas de prison sans tortures, j'ai été relativement épargnée mais ils me montraient des gens qu'ils suspendaient en l'air. J'ai rêvé d'un morceau de pain pas moisi, d'une couverture pour le corps, d'une pièce pour la toilette, nous étions 40 femmes entassées dans un réduit où il n'y avait qu'un trou....»
Louai : «J'ai été arrêté deux fois par le régime d'Assad puis kidnappé par Daech. La première fois, j'ai été retenu dix heures, quelques gifles. La deuxième fois, quinze jours, les hommes du régime m'ont torturé avec des bâtons électriques. La torture est omniprésente pour obtenir des aveux ou servir de leçon. Le régime a besoin d'aveux car il craint de répondre un jour devant le monde pour ses crimes. Devant le juge, je me suis déshabillé et j'ai montré mon corps avec les traces : «Voilà comment on m'a sorti des aveux». En 2013, j'ai été capturé par Daech, ils m'ont transféré dans «la prison des journalistes» au nord est d'Alep dans le sous-sol d'une usine de patates. Le chef de la prison était français, le chef de la torture était belge...»
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Syrie : ils racontent l'enfer et l'espoir - interview par Daniel Hourquebie et Philippe Rioux
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Syrie : ils racontent l'enfer et l'espoir[/caption]
Reem était étudiante, Louai poursuivait ses études de biologie. Ils vivaient à Alep, l'une des villes symboles de la tragédie syrienne. Leur vie a basculé, comme celle de tant de leurs compatriotes, quand ils ont commencé à participer aux manifestations pacifiques contre le régime de terreur de Bachar Al Assad. Devenus journalistes «pour transmettre des informations professionnelles» dans un paysage médiatique saturé par le régime, ils ont quitté leur pays pour témoigner de l'enfer au quotidien d'une population coincée entre Daech et Assad, mais aussi de l'espoir chevillé au corps et au cœur des citoyens syriens qui rêvent d'un État démocratique et civil débarrassé des extrêmes. Invités notamment par le collectif Toulouse solidarité Syrie dans le cadre du projet «Porter la voix des journalistes d'Alep», les témoignages de Reem Fadel et Louai Abo Aljoud interpellent. Accueillis hier dans les locaux de La Dépêche du Midi par Jean-Nicolas Baylet, directeur général, Reem et Louai ont confié à la rédaction (merci au traducteur Samir Arabi) une parole libre.
Reem : «J'ai été arrêtée chez moi, accusée de faire entrer du lait dans la région bombardée et d'écrire des articles pour s'opposer au régime. Je suis restée trois mois en prison et ma famille a dû débourser 10 000 dollars pour me libérer. Pour le régime, il s'agit de terroriser la parole car il craint plus ceux qui combattent par la parole que ceux qui combattent par les armes. Il reste 200 000 prisonniers dans les prisons d'Assad aujourd'hui. Il n'y a pas de prison sans tortures, j'ai été relativement épargnée mais ils me montraient des gens qu'ils suspendaient en l'air. J'ai rêvé d'un morceau de pain pas moisi, d'une couverture pour le corps, d'une pièce pour la toilette, nous étions 40 femmes entassées dans un réduit où il n'y avait qu'un trou....»
Louai : «J'ai été arrêté deux fois par le régime d'Assad puis kidnappé par Daech. La première fois, j'ai été retenu dix heures, quelques gifles. La deuxième fois, quinze jours, les hommes du régime m'ont torturé avec des bâtons électriques. La torture est omniprésente pour obtenir des aveux ou servir de leçon. Le régime a besoin d'aveux car il craint de répondre un jour devant le monde pour ses crimes. Devant le juge, je me suis déshabillé et j'ai montré mon corps avec les traces : «Voilà comment on m'a sorti des aveux». En 2013, j'ai été capturé par Daech, ils m'ont transféré dans «la prison des journalistes» au nord est d'Alep dans le sous-sol d'une usine de patates. Le chef de la prison était français, le chef de la torture était belge...»
Syrie : ils racontent l'enfer et l'espoir[/caption]
Reem était étudiante, Louai poursuivait ses études de biologie. Ils vivaient à Alep, l'une des villes symboles de la tragédie syrienne. Leur vie a basculé, comme celle de tant de leurs compatriotes, quand ils ont commencé à participer aux manifestations pacifiques contre le régime de terreur de Bachar Al Assad. Devenus journalistes «pour transmettre des informations professionnelles» dans un paysage médiatique saturé par le régime, ils ont quitté leur pays pour témoigner de l'enfer au quotidien d'une population coincée entre Daech et Assad, mais aussi de l'espoir chevillé au corps et au cœur des citoyens syriens qui rêvent d'un État démocratique et civil débarrassé des extrêmes. Invités notamment par le collectif Toulouse solidarité Syrie dans le cadre du projet «Porter la voix des journalistes d'Alep», les témoignages de Reem Fadel et Louai Abo Aljoud interpellent. Accueillis hier dans les locaux de La Dépêche du Midi par Jean-Nicolas Baylet, directeur général, Reem et Louai ont confié à la rédaction (merci au traducteur Samir Arabi) une parole libre.
Reem : «J'ai été arrêtée chez moi, accusée de faire entrer du lait dans la région bombardée et d'écrire des articles pour s'opposer au régime. Je suis restée trois mois en prison et ma famille a dû débourser 10 000 dollars pour me libérer. Pour le régime, il s'agit de terroriser la parole car il craint plus ceux qui combattent par la parole que ceux qui combattent par les armes. Il reste 200 000 prisonniers dans les prisons d'Assad aujourd'hui. Il n'y a pas de prison sans tortures, j'ai été relativement épargnée mais ils me montraient des gens qu'ils suspendaient en l'air. J'ai rêvé d'un morceau de pain pas moisi, d'une couverture pour le corps, d'une pièce pour la toilette, nous étions 40 femmes entassées dans un réduit où il n'y avait qu'un trou....»
Louai : «J'ai été arrêté deux fois par le régime d'Assad puis kidnappé par Daech. La première fois, j'ai été retenu dix heures, quelques gifles. La deuxième fois, quinze jours, les hommes du régime m'ont torturé avec des bâtons électriques. La torture est omniprésente pour obtenir des aveux ou servir de leçon. Le régime a besoin d'aveux car il craint de répondre un jour devant le monde pour ses crimes. Devant le juge, je me suis déshabillé et j'ai montré mon corps avec les traces : «Voilà comment on m'a sorti des aveux». En 2013, j'ai été capturé par Daech, ils m'ont transféré dans «la prison des journalistes» au nord est d'Alep dans le sous-sol d'une usine de patates. Le chef de la prison était français, le chef de la torture était belge...»
