La culture de la défaite et les intellectuels défaits par Maher Mas‘ûd

Article  •  Publié sur Souria Houria le 12 septembre 2014

par Maher Mas‘ûd, écrivain syrien in Al-Hayat, 30 août 2014

traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier

http://www.alhayat.com/Opinion/Writers/4361020/ثقافة-الهزيمة-والمثقف-المهزوم

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Que les camarades [du Parti communiste syrien] ouvrent leur parapluie à Damas dès lors que la pluie commençait à tomber à Moscou, cela ne suscitait aucune ironie il y a de cela vingt ou trente ans, contrairement à aujourd’hui.

C’était même une génération au complet d’intellectuels et d’hommes politique qui avaient leur parapluie politique, leurs jugements de valeur et leur propre champ cognitif importés d’un concentré d’idéologie de gauche marxiste-léniniste et de sa mise en pratique stalinienne, et ce mix dialectico-existentialiste entre le penseur, l’homme politique, le chef et le prolétarien pris successivement était encore le blend préféré des grands « prolétaires de la politique » et des maîtres de la culture idéologisée de cette époque (révolue).

En d’autres temps, avant la défaite de 1967 (qui fut une défaite à tous les sens du terme du pouvoir militaire et une preuve absolue de l’échec des militaires à construire un Etat indépendant ou à libérer le moindre territoire), les penseurs et les intellectuels « organiques » s’étaient précipités pour justifier ladite défaite et pour répliquer à la réaction religieuse (ridda dîniyya) qui avait alors balayé le monde arabe, condamnant le « pouvoir athée » et l’éloignement (des Arabes) de la religion, qui avait à ses yeux amené à la défaite.

Mais au lieu de faire sauter les fondements politiques, cognitifs et « existentiels » de la laïcité tragi-comique des militaires qui gouvernait nos pays (arabes) depuis la Nakba en Palestine (1948) en prétendant en tirer la leçon, les intellectuels s’étaient alors consacrés à plein temps à de savantes études du type : « L’héritage (culturel) et nous » et à démontrer d’improbables « tendances matérialistes dans l’Islam », ainsi que la méthode permettant de parvenir « de l’idéologie à la révolution », tandis que les régimes régnants se consacraient quant à eux à édifier leurs temples/palais et leurs dictatures sur le cadavre du combat « élitaire » entre l’authenticité (al-’açâla), la contemporanéité (al-mu‘âçara) et le « constant et le changeant » (al-thâbit wa-l-mutahawwil), d’un côté, et le cadavre de la lutte « populiste » avec le pain quotidien et avec la dignité bafouée à double titre par Israël et par nos régimes « nationalistes », de l’autre.

De même que les intellectuels firent face à « la défaite et à l’idéologie défaite » en profondeur comme des orphelins des temps (révolus) de la montée des idéologies, les intellectuels/hommes politiques firent face à leur défaite à la suite de la chute de l’Union soviétique, à cela près que cette chute fut comme « un choc de la modernité » pour des « fraternités de gauche » allant des nationalistes jusqu’aux communistes en passant par les nassériens.

La fuite en avant et la non prise à bras-le-corps de la défaite qui sont devenus effectivement un héritage cumulatif chez nos intellectuels organiques a installé chez eux une mémoire écrasante qui les a éloignés du terrain politique et qui les a poussés vers les cieux de l’impérialisme où ils ont participé, par « pur hasard », dans une même tranchée avec leurs gouvernants et avec la source de leur déconfiture, à déverser la haine à l’encontre d’« un peuple arriéré et d’un impérialisme jouissant d’une indiscutable supériorité » et dans la profération de malédictions (avec toute cette puissance impérieuse résultant des défaites successives) à l’encontre du capitalisme impérialiste, dont Francis Fukuyama célébrait en son temps la victoire historique et dont il proclamait qu’il incarnait la fin de l’Histoire.

Mais, comme toute épidémie, cette maladie consistant à fuir l’affrontement a atteint non seulement les intellectuels de gauche, mais aussi leurs frères dans la lutte et dans la défaite, j’ai nommé les islamistes.

Ainsi, la culture islamiste savante s’est orientée vers le plaisir de réformer l’Islam d’en-haut et de « penser en des temps d’anathémisation » (al-tafkîr fî zamani-t-takfîr) ou vers la jouissance qu’il y a à répéter « L’Islam est la solution ! » (« Al-’Islâm huwa-l-hall ») ou d’être certain que l’Islam se doit d’allier la religion à la gestion de l’Etat (’al-’Islâm dîn wa dawla), sans compter la fierté d’être comptée à tout coup parmi les ennemis de l’impérialisme au sens le plus large, tandis que l’Islam politique accumulait son opportunisme et son commerce préféré, à savoir celui des prises de position, de même qu’il a accumulé sa vitimitude intériorisée et sa monopolisation lustrale du sens du « bien politique » (ma‘nâ-l-khayri-s-siyâsiyyi).

Les défaites ont aussi leur charme (au sens d’envoûtement), mais entre le fait que la soldatesque ait été défaite en 1967 et celui que la politique et l’idéologie aient été défaites en 1989, la culture, l’éducation et les sociétés ont été défaites du fait du régime de l’irrédentisme (nizâmu-l-mumâna‘a) et de ses frères ennemis en Irak et en Egypte, dans les années 1980, sans que les politico-cultureux ne changeassent rien à leurs méthodes et à leurs visions politiques, et sans qu’ils assumassent leurs responsabilités et leur propre histoire avec un esprit de reconnaissance des faits et d’autocritique, et sans qu’émanât d’eux ne serait-ce qu’un seul ouvrage qui aurait appelé les choses par leur nom et qui aurait porté sur le tyran, et non pas sur la tyrannie de manière générale, sur le gouvernant militaire, et pas sur le gouvernant arabe de manière générale, et sur la république royale barbare, et non pas sur un monde arabe qu’ont divisé et le colonialisme et ses agents au sein des régimes (arabes), etc.

Tout ce désespoir et toute cette « fuite de la liberté », cette tendance masochiste, avant même l’esprit des défaites répétées, toute cette histoire faite de défaites… nous amène aujourd’hui à comprendre les phénomènes de minorisation mimétique avec les tyrans, tel le phénomène braillard qu’incarne Adonis, Haytham al-Mannâ‘ et Ziyad al-Rahbânî, voire Georges Tarâbîshî, Yûsuf Zaydân et bien d’autres (auteurs) d’un moindre calibre et d’une moindre influence.

Ni individuellement ni de manière partisane nos intellectuels et nos hommes politiques « vétérans » n’ont fait face à leurs défaites.

Notre culture n’a pas su faire face à la sienne en se l’avouant, en en faisant la critique et en la transcendant.

Mais la Révolution syrienne est le moulin de la grande confrontation.

Sa meule nous écrase(ra) tous afin de nous reconstituer à partir de la cendre de… (nos) défaites.

 

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ثقافة الهزيمة والمثقف المهزوم

ماهر مسعود *

أن تمطر في موسكو فيرفع الرفاق المظلات في دمشق، لم يكن أمراً يثير السخرية قبل عقدين أو ثلاثة مثلما هي الحال اليوم. بل إن جيلاً كاملاً من المثقفين والسياسيين، كانت مظلتهم السياسية وأحكامهم القيمية وحيزهم المعرفي، مُستقدمة من التكثيف اليساري للماركسية واللينينية و»طباقهما» الستاليني، كما أن تلك الخلطة الديالكتيكية- الوجودية بين المفكر والسياسي والقائد والبروليتاري على التوالي، بقيت كخلطة مفضلة عند كبار «عمال السياسة» وأرباب الثقافة المؤدلجة في وقتها.

في وقت سابق، وبعد هزيمة 67 التي كانت هزيمةً (كليّة المعاني) للحكم العسكري، ودلالة مطلقة على فشل العسكر في بناء الوطن المستقل أو تحرير الأرض، هرع المفكرون والمثقفون «العضويون» لتبرير الهزيمة، والرد على الردّة الدينية التي اجتاحت العالم العربي، تدين «الحكم العلماني» والابتعاد عن الدين الذي أدى للهزيمة باعتقادها. ولكن بدل نسف الأساس السياسي والمعرفي و»الوجودي» لعلمانية العسكر المضحكة المبكية التي حكمت دولنا منذ نكبة فلسطين وبدلالتها، تفرّغ المثقفون وقتها «لنحن والتراث» وإثبات «النزعات المادية في الإسلام» وكيفية الوصول «من العقيدة إلى الثورة». بينما تفرّغ الحكام لبناء معابدهم وديكتاتورياتهم على جثة الصراع «النخبوي» بين الأصالة والمعاصرة و»الثابت والمتحول» من جهة، وجثة الصراع «الشعبوي» مع لقمة العيش والكرامة المهدورة بشكل مضاعف على يد إسرائيل وأنظمتنا «الوطنية» من جهة أخرى.

ومثلما كان المثقفون، الذين واجهوا «الهزيمة والأيديولوجيا المهزومة» في عمقها، أشبه باليتامى في زمن الصعود الأيديولوجي، كذلك كانت حال المثقفين/السياسيين الذين واجهوا هزيمتهم بعد سقوط الاتحاد السوفياتي، مع أن ذلك السقوط كان أشبه «بصدمة الحداثة» بالنسبة «للأخويات اليسارية» من القومية إلى الشيوعية وصولاً إلى الناصرية المبجلة.

الهرب للأمام وعدم مواجهة الهزيمة الذي بات تراثاً فعلياً وتراكمياً عند مثقفينا العضويين جعل لديهم ذاكرة قهرية أبعدتهم عن أرض السياسة نحو سماء الإمبريالية، ليتشاركوا «بالمصادفة» و»في خندق واحد» مع حكامهم ومصدر قهرهم في عداء «الشعب المتخلف» والإمبريالية المتفوقة، وصبّ اللعنات، مع كل تلك الشحنة القهرية الناتجة من الهزائم المتوالية، نحو الرأسمالية الإمبريالية التي كان فرانسيس فوكوياما، في وقتها، يحتفل بانتصارها التاريخي وإعلانها نهاية التاريخ.

لكن وباء الهرب من المواجهة، وكأي وباء، لم يصب اليساريين وحدهم، بل أصاب أخوتهم في الصراع والهزيمة أيضاً، أي الإسلاميين، فقد اتجهت الثقافة الإسلامية العالِمة نحو متعة إصلاح الإسلام من فوق و«التفــكير في زمن التكفير»، أو بهجة «الإسلام هو الحل»، أو وثوقية «الإسلام دين ودولة»، بالإضــافة للجــلوس الأكيد في مجــلس العداء للإمبريالية الواسع، بينما راكم الإســلام الســياسي انتـــهازيته وتجارته المفــــضلة في المواقف، مثلما راكم مظلوميته الباطنية واحتكاره الطهراني لمعنى «الخير السياسي».

للهزائم سحرها أيضاً، ولكن أن تهزم العسكرة في الـ 67، وتـــهزم الســياسة والأيديـــولوجيا في الـ 89، وبينهما تُهزم الثقافة والتربية والمجتمعات على يد نظام الممانعة، وأخوته الأعداء في العراق ومصر، في الثمانينات، من دون أن يغير الــسياسيثقافيون مناهجهم ورؤاهم الســياسية، أو يواجهون مسؤولياتهم وتاريخهم ذاته بروح الاعتراف والنقد، أو يَصدر عنهم كتاب واحد يسمي الأشياء بأسمائها ويتناول المستبد لا الاستــبداد عموماً، والحاكم العسكري لا الحاكم العربي عموماً، والجمهورية الملكية البربرية لا الوطن العربي الذي فرّقه الاستعمار وعمالة الأنظمة…الخ، كل ذاك اليأس و»الهروب من الحرية» والنزعة المازوخية أمام روح الهزائم المتكررة. وكل ذلك التاريخ القهري، يجعلنا نستوعب اليوم ظواهر نكوصية متماهية بالمتســلّط مثل ظاهرة أدونيس المطنطنة، أو هيثم مناع وزياد الرحــباني أو حتى جورج طرابيشي ويوسف زيدان وغيرهم كثر من الأصغر عياراً والأقل تأثيراً.

لم يواجه مثقفونا وسياسيونا «القدامى» لا فردياً ولا حزبياً، هزائمهم. ولم تواجه ثقافتــنا هــزيمتها بالاعتراف والنقد والتجاوز، لكن الثورة السورية هي مطحنة المواجهة الكبرى، تطحننا جميعاً لتعيد خلقنا من رماد الهزائم.

* كاتب سوري