Nos mères et nos pères ont choisi la date de l’indépendance de la Syrie par l’occupation française en 1946 comme jour de fête nationale et aussi comme le début pour la réalisation de l’identité nationale syrienne. Cependant ce processus ne s’est pas déroulé comme une ligne droite, il a rencontré plein de vicissitudes sous l’effet de coups d’état et de tiraillements politiques, tel que l’unification avec l’Egypte puis la dissolution de cette union, la main mise d’un parti unique au pouvoir en1963, et, suivi, par l’installation au pouvoir d’une famille unique instaurée par Hafez El Assad.
Ce pouvoir a traité et dirigé la Syrie comme une ferme et une exploitation privée avec des citoyennes et citoyens opprimés, privés de leurs droits élémentaires et de tout sens de citoyenneté. L’héritier a poursuivi dans la même veine, pratiquant le pouvoir de la même manière,
transformant la patrie en une immense prison, dans laquelle, le seul horizon envisageable pour ses filles et ses fils était d’immigrer pour trouver leur salut.
En mars 2011 les voix des Syriennes et Syriens se sont élevées résonnant dans un cri, un mot : « liberté ». Car ils savaient qu’une patrie ne se construit pas uniquement en se libérant d’un oppresseur extérieur, mais à la condition que tous ses enfants, femmes et hommes puissent jouir de la liberté et de droits égaux .
Avec la chute du régime despotique, les espoirs pour le changement se sont renouvelés; mais, aujourd’hui, dix sept mois après la chute du régime, la vie politique demeure entravée. Aucun agenda précis n’a été établi dans lequel le pouvoir transitionnel s’est engagé; même l’assemblée du peuple qui a été constituée d’une manière opaque et anti-démocratique ne peut pas agir ni remplir son rôle.
Quant aux massacres survenus sur la côte en mars 2025 et à Soueida au mois de juillet de la même année, ils ont eu pour effet de creuser encore plus profondément les blessures et menacent aujourd’hui l’unité du pays et son avenir comme seule patrie. Parallèlement à cela des
opérations de restrictions de liberté sévissent dans certains régions et les droits y sont bafoués . Tout cela empêche la réparation du tissu social et réduit les marges d’espoir.
Économiquement, la situation se dégrade; la pauvreté et le chômage se répandent et les prix à la consommation augmentent exponentiellement, notamment après que le soutien aux prix des denrées essentielles a été supprimé. Les nouvelles de faillites d’usines et de petites d’entreprises se succèdent alors que les denrées importées affluent notamment en provenance de Turquie. De même, des accords commerciaux à hauteur de milliards de dollars sont annoncés pour la plupart en effet d’annonce et propagande, alors que très peu de projets sont destinés au développement durable.
En plus de tout cela, la souveraineté nationale est absente avec la poursuite des violations territoriales par Israël, et la prolifération des armes en dehors du contrôle de l’Etat et cela en dépit des promesses répétées de vouloir contrôler la possession des armes et les restreindre dans les mains des forces gouvernementales.
Bien que la situation soit bien sombre, nous ne souhaitons pas nous abandonner au désespoir ou le généraliser; notre objectif est d’attirer l’attention sur, et pointer les défis qui entravent la marche et l’avancement de la Syrie vers un pays libre dans lequel tous ses enfants femmes et hommes seraient traités à égalité.
Nous croyons et sommes confiants, que la deuxième indépendance, bâtie sur la liberté et la dignité, est à venir avec certitude, puisant sa force dans les efforts des Syriennes et le Syriens, à l’extérieur, comme à l’intérieur du pays, et, par leur lutte permanente et leur dialogue national sincère pour l’avènement d’un état de droit et de dignité humaine .
Souria Houria
17 avril 2026
