« Nous pouvons organiser la transition démocratique en Syrie » – par Marie Kostrz

Article  •  Publié sur Souria Houria le 14 novembre 2011

Abdel Hamid Al-Atassi, signataire de la déclaration de Damas, est membre du secrétariat général du Conseil national syrien (CNS), organisation qui fédère un large spectre d’opposants au régime de Bachar el-Assad. Il explique à Rue89 pourquoi le CNS considère que la suspension de la Syrie par la Ligue arabe est un événement en faveur de la révolution syrienne.

Rue89 : Vous dites que la décision de la Ligue arabe est une victoire pour la révolution et pour le Conseil national syrien (CNS), pourquoi ?

Abdel Hamid Al-Atassi : En septembre dernier, nous avons réussi à créer une organisation qui réunit la plus grande majorité des opposants syriens :

  • ceux de de l’intérieur, qui sont majoritairement des jeunes qui organisent l’opposition sur le terrain :
  • l’opposition traditionnelle qui a rejoint le mouvement ;
  • les Syriens de la diaspora.

A nous tous, nous représentons 80% des forces de l’opposition. Nous avons réussi à passer un accord politique et nous nous somme dotés d’une entité exécutive et constitutionnelle (cinq bureaux : relations extérieures, information, finances, secours et défense des droits de l’homme).

En effet, après six mois de révolte et de répression, il nous était apparu indispensable de se doter d’un représentation physique et d’un programme, afin d’apparaître comme un interlocuteur crédible aux yeux de la Ligue arabe et des Occidentaux. Petit à petit, nous avons cherché à montrer que nous sommes capables de prendre le relais : nous avons a un projet de programme politique et de statuts.

Et on en voit aujourd’hui le résultat : la décision prise par la Ligue arabe prouve qu’elle croit en notre projet. Nous avons fait pression pour qu’elle cesse de donner des délais à Bachar el-Assad. Nous sommes son interlocuteur privilégié et elle croit que nous pouvons organiser la transition démocratique en Syrie.

Depuis sa création, le CNS a été suivi avec beaucoup d’intérêt, de plus en plus d’ambassades étrangères demandent aussi à nous rencontrer et sont attentifs à notre discours.

Les mesures contre la Syrie prévues par la Ligue arabe peuvent-elles vraiment avoir une influence sur la révolte syrienne ?

Le 16 novembre, le délai donné à la Syrie arrivera à échéance et il est fort probable que le régime n’aura pas changé de position. On espère que les mesures que la Ligue arabe a prévu d’appliquer dans ce cas vont désolidariser les derniers soutiens de Bachar el-Assad.

Par exemple, les sanctions économiques, qu’elle a menacé d’appliquer, vont étouffer le pays. Cela peut encourager la bourgeoisie commerçante qui continue pour le moment à soutenir Bachar el-Assad par peur de perdre ses intérêts économiques en cas de changement de régime, à rejoindre l’opposition. Avec ses sanctions, l’Etat sera mis encore plus en difficulté car il aura également du mal à payer ses fonctionnaires.

C’est aussi une grande perte de légitimité pour le régime syrien, vu que les pays arabes ont prévu de retirer leurs ambassadeurs. On va vers l’isolement. Seuls deux pays se sont opposés à la suspension de la Syrie (le Liban et le Yemen) et l’Irak s’est abstenu : cela prouve que les pays arabes ne sont plus du côté de Bachar el-Assad.

Les Occidentaux ont aussi manifesté leur approbation à la Ligue arabe. C’est une bonne nouvelle car cela montre aux Syriens qu’ils ne sont plus tous seuls, et notre but est de continuer à les encourager à sortir dans la rue.

L’étape suivante est-elle une intervention de l’ONU ?

Oui, on ne vas pas s’arrêter là. La deuxième étape est que la Ligue arabe porte le dossier syrien aux Nations unies afin que le Conseil de sécurité prenne une résolution pour :

  • protéger la population civile ;
  • prendre des mesures punitives contre le régime de Bachar el-Assad.

Certaines personnes sont déjà en train de travailler sur les dossiers qui seront transmis aux Nations unies. Le but est de changer l’équilibre des forces sur le terrain, parce que pour le moment il est encore fort.

Par exemple, si l’ONU crée une zone libre où les soldats qui ont fait défection pourraient se réfugier, cela encouragerait des bataillons entiers à le faire, car on se rend bien compte que pour le moment ils n’ont nulle part où aller. Le régime serait ainsi obligé de revoir sa position.

Le but est dans tous les cas d’éviter de militariser la révolte. L’objectif est de forcer Bachar el-Assad à s’en aller tout en gardant le caractère pacifique de la révolution.

Ne pensez-vous pas que la Russie et la Chine vont mettre leur véto, comme ça a déjà été le cas ?

Je ne pense pas qu’ils l’utiliseront une deuxième fois. Ce n’est pas du tout dans leur intérêt. Le rapport de force est en train de se renverser. Si par exemple la Russie souhaite conserver ses intérêts en Syrie après la révolution, elle a tout intérêt à cesser dès à présent de soutenir le régime de Bachar el-Assad.

source: http://www.rue89.com/2011/11/14/syrie-les-pays-arabes-ne-sont-plus-du-cote-de-bachar-el-assad-226515



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