16/07/2012 – Nouvel appel d’Avignon à la solidarité avec le peuple syrien

Article  •  Publié sur Souria Houria le 15 juillet 2012

Artistes, universitaires, spectateurs, citoyens, il y a un an déjà, nous lancions d’Avignon un appel à la solidarité avec le peuple syrien* levé pour la conquête de ses libertés. Depuis lors ses souffrances n’ont fait qu’empirer. En douze mois le macabre bilan de la répression a presque décuplé. En guerre contre sa propre société, Bachar Al-Assad s’est affranchi de toute limite. Chaque jour il lance l’armée et ses milices à l’assaut des foules, fait pilonner des villes, raser des quartiers, martyriser des villages, massacrer des familles en s’acharnant sur les enfants et jeter en prison des centaines d’innocents systématiquement soumis à la torture. Par dizaines de milliers les réfugiés cherchent un abri aux portes de la Turquie, du Liban, de la Jordanie et de l’Irak, dont les équilibres sont menacés.

Durant tout ce temps la communauté internationale a donné le spectacle de sa passivité, malgré les efforts de la France et d’autres pays « amis du peuple syrien ». Les résolutions 2042 et 2043 du Conseil de sécurité, dépourvues de contraintes envers le pouvoir en place, traitent sur un même plan les différentes « parties », comme s’il s’agissait de partager les torts entre des assassins équipés de chars et d’hélicoptères, d’une part, leurs victimes et les déserteurs qui tentent de les défendre avec des moyens de fortune, d’autre part. Conçu sur de telles bases, le Plan Annan a connu l’échec qu’illustre l’impuissance de ses observateurs. Les flatteries envers Moscou, qui cherche à monnayer sa capacité de blocage au prix fort, la complaisance vis à vis de Pékin, que l’on sait imperméable aux aspirations démocratiques, l’immixtion dans les négociations de Téhéran, dont le président est le plus fidèle soutien du dictateur, font partie du problème, pas des solutions.

Pour faire progresser la « responsabilité de protéger » proclamée par les conventions internationales, il faut exercer une pression accrue sur ces capitales, afin qu’elles réalisent qu’il est grand temps pour elles de lâcher des dirigeants dont les actes barbares les condamnent devant l’histoire et les mènent à leur perte à plus ou moins brève échéance. La diplomatie retrouvera sa noblesse si, au lieu de courir après l’accord du criminel qu’il s’agit d’empêcher de nuire, elle obtient son départ avant que l’ensemble de la région ne bascule dans le chaos.

Il s’agit avant tout de défendre les civils. L’escalade militaire ne sera évitée que par une résolution, adoptée sous le chapitre VII de la charte des Nations Unies, étendant et durcissant les sanctions économiques et financières en sorte de ne laisser aucun échappatoire aux membres du clan Al-Assad, ainsi qu’aux entreprises, banques et institutions qui servent leurs intérêts. Un semblable texte doit en outre imposer un embargo immédiat sur toutes les livraisons d’armes au régime, saisir la Cour pénale internationale pour juger les crimes contre l’humanité, permettre l’ouverture de corridors humanitaires aux frontières, garantir l’accès des secouristes aux grandes villes où se pressent des masses d’exilés. Sans attendre son vote et son application, l’Union européenne et la Ligue arabe doivent apporter une aide matérielle et financière aux opposants, qui ont notamment besoin d’outils de communication sûrs et mobiles.

Les Syriens appellent au secours. Les citoyens du monde, dont le Festival d’Avignon reflète les espoirs et les rêves, s’impliquent dans le devoir d’assistance à peuple en danger. Ils l’exercent en se mobilisant pour rappeler leurs gouvernements à cette obligation, aussi impérieuse qu’urgente.

Cette déclaration sera lue en public le 16 juillet 2012 à 19h lors d’un rassemblement sur la place du Palais des Papes d’Avignon.

 

Premiers signataires :

Hortense ARCHAMBAULT et Vincent BAUDRILLER, directeurs du Festival d’Avignon
Marcel BOZONNET, comédien, ancien administrateur de la Comédie-Française.
Emmanuel WALLON, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre
Les signatures sont recueillies à cette adresse:

solidariteaveclepeuplesyrien@hotmail.fr

 

* Appel du 20 juillet 2011, signé notamment par :

Marcel BOZONNET, comédien, ancien administrateur de la Comédie-Française
Emmanuel WALLON, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre
Hortense ARCHAMBAULT et Vincent BAUDRILLER, directeurs du Festival d’Avignon
Ariane MNOUCHKINE, metteur en scène, directrice du Théâtre du Soleil
François TANGUY, metteur en scène, Théâtre du Radeau.
Leila SHAHID (à titre personnel), déléguée générale de Palestine auprès de l’Union Européenne
Patrice CHÉREAU, metteur en scène
Wajdi MOUAWAD, auteur, metteur en scène
Ramzi CHOUKAIR, comédien, metteur en scène syrien
Fida MOHISSEN, metteur en scène syrien, Cie Gilgamesh
Stanislas NORDEY, comédien, metteur en scène
Audrey BONNET, comédienne
Denis PODALYDÈS, sociétaire de la Comédie-Française
Pascal RAMBERT, metteur en scène, directeur du Centre dramatique national de Gennevilliers
Bernard FAIVRE D’ARCIER, ancien directeur du Festival d’Avignon
Jack RALITE, sénateur, ancien ministre
François REGNAULT, enseignant, dramaturge
Éric GENOVESE, sociétaire de la Comédie-Française
Jacques BLANC, ancien directeur du Quartz à Brest
Patrick PERNIN, directeur adjoint du Théâtre National de Bordeaux
Jean-Pierre DEMAS, directeur de l’Institut supérieur des techniques du spectacle d’Avignon
Lucien et Micheline ATTOUN, directeurs de Théâtre Ouvert
Jacques OZINSKI, directeur du Centre dramatique national des Alpes
Julie BÉRÈS, metteuse en scène
Serge TRANVOUEZ, metteur en scène
Gilbert FILLINGER, directeur de la Maison de la culture d’Amiens
Marie-Agnès SEVESTRE, directrice du Festival des Francophonies en Limousin
Philippe CUOMO, enseignant à l’académie de Lille
Judith ERTEL, professeur de lettres
Laurent CHARPENTIER, comédien
Mathieu GENET, comédien
Romaine FRIESS, comédienne



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