Alep, la guerre et les enfants jouant au Foot – par Ziad Majed

Article  •  Publié sur Souria Houria le 29 janvier 2017

Ci-dessous, le « Bloc Notes » de Ziad Majed paru dans le numéro de janvier 2017 de « La Chronique », le magazine d’Amnesty International France, sur Alep, les Graffitis, et les enfants jouant au foot entre deux bombardements.

Alep
La deuxième ville de Syrie, l’une des plus anciennes au monde habitée de façon continue, est devenue en 2016 une ville-martyre. Elle a subi des destructions systématiques d’hôpitaux, de boulangeries et d’habitations. Une partie de sa population a enduré des sièges, la déportation, les arrestations et la torture. Les ruines des quartiers Est de cette ville en disent long sur la machine de guerre russe et du régime Assad qui les a dévastées. Elles en disent long aussi sur l’impuissance de la « communauté internationale » qui a laissé faire. Mais le pire, face au martyre d’Alep, a été l’émergence d’un discours négationniste, une propagande motivée par la haine et le mépris des syriens pauvres, quand elle n’est pas véhiculée par l’ignorance et la « culture des rumeurs ». Ce négationnisme abject a nié ouvertement le calvaire de centaines de milliers d’Alépins, et justifié les pires crimes contre eux.

Graffitis
Dans les quartiers Est d’Alep, quartiers fantômes, lieux de souvenirs, cimetières où sont laissés dans le froid et la solitude des êtres chers, se dressent toujours des murs. Ils figurent sur les dernières photos, apparaissent à travers les dernières larmes, les derniers rayons de soleils. Comme les pages d’un livre sacré, ces murs récoltent un reste d’espoir: celui de la liberté, de l’amour et du retour, unhttps://souriahouria.com/wp-admin/upload.php jour.

Guerre et foot
En Syrie, dans les quartiers bombardés et assiégés, à chaque fois que je vois des images d’enfants jouant au foot, je me dis que c’est plus qu’un sport, plus qu’un art, plus qu’une passion. Pour ces enfants, le fout est une forme de thérapie, de lutte contre le temps et la peur.

J’ai personnellement connu la guerre du Liban (1975 – 1990). Pendant ces premières années, mes moments de bonheur se nichaient entre deux bombardements, lorsque j’arrivais à m’évader avec les voisins pour courir derrière un ballon. En 1982, Beyrouth fut assiégée et pilonnée pendant 3 mois par l’armée israélienne. C’était la coupe du monde et nous étions privés d’électricité ! C’est dans ces moments de nécessité vitale que le génie des gens s’exprime en termes de bricolage et d’adaptation aux conditions extrêmes : les batteries des voitures se sont vite transformées en générateurs afin d’alimenter des petits postes de télévision, en noir et blanc. L’attente fébrile de chaque match, ses actions, ses rebondissements et toute l’effervescence qui l’entouraient, nous transportaient chaque soir loin de la mort rôdant autour de nos quartiers…

Le mois dernier, les enfants d’Alep Est jouaient encore au foot. J’imagine qu’ils le font toujours dans les lieux vers lesquels ils ont été déportés. Idem pour des enfants de la Ghouta de Damas et du quartier Waar à Homs, assiégés depuis trois ans. Pour eux, comme pour moi à Beyrouth bien avant, peu importe si en fin de journée l’eau n’est pas chaude ou insuffisante pour se doucher. Pendant des heures, ils ont oublié la terreur, et leur sommeil la nuit est parsemé d’étoiles et de jolis buts.



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