Ali Othman, témoin livré aux sbires du régime syrien – Par Edith Bouvier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 3 avril 2012

Publié le 3 Avril 2012 à 17:15

Ali Othman a participé à l'évacuation des reporters étrangers blessés à Homs.
Ali Othman a participé à l’évacuation des reporters étrangers blessés à Homs.Crédits photo : DR

Le «journaliste citoyen» qui avait accueilli et sauvé Édith Bouvier à Homs est emprisonné et torturé à Damas.

Malgré les promesses du régime, les violences continuent en Syrie, le nombre de victimes augmentant chaque jour, jusqu’à frôler les 10.000 morts. Le plus souvent, les cibles ne sont pas des combattants, mais de simples habitants, voire des «journalistes citoyens» qui tiennent la chronique de la guerre en Syrie. Ali Othman est l’un d’eux. Il a notamment participé à l’évacuation des reporters étrangers blessés à Homs. Il est depuis quelques jours en prison à Damas, torturé et menacé de mort par le pouvoir.

De taille moyenne, brun et le regard doux, Ali Othman est connu de tous les journalistes passés par Homs et le quartier de Baba Amr. Dans sa ville, il est surnommé «El Jed», le grand-père. Une fine barbe pousse sur ses joues et vieillit ce jeune homme de plusieurs années. Sa voix grave et posée accompagne la plupart des reportages diffusés en France comme à l’étranger: il y témoigne des violences commises par le régime, des civils tués par les soldats et des destructions subies par son quartier. À d’innombrables reprises, il a accompagné les reporters pour leur montrer la réalité de la vie à Baba Amr. Quand il ne joue pas les guides, Ali Othman filme et photographie les exactions du pouvoir.

«Collusion avec un pays hostile», la France

Depuis le début de la révolution, plusieurs «journalistes citoyens» comme lui ont déjà été arrêtés, torturés et probablement assassinés par les autorités syriennes. Compte tenu des difficultés d’accès pour les médias étrangers, le rôle de ces activistes est essentiel pour avoir connaissance de l’horreur de la répression dans le pays. Sans eux, les quelque 10.000 victimes du régime seraient mortes dans l’ignorance ou l’indifférence de tous.

«El Jed» était l’un des trois responsables du centre de presse de Baba Amr. Lorsque nous y sommes arrivés en février dernier, avec William Daniels et Rémi Ochlik, c’est lui qui nous a accueillis. Le lendemain, quand les obus sont tombés sur la maison, tuant Rémi et Marie Colvin, me blessant à la jambe ainsi que Paul Conroy du Sunday Times, il a contribué à nous sortir de ce piège et nous a accompagnés à l’hôpital pour y recevoir les premiers soins. Présent tout au long de notre séjour dans le quartier meurtri et ravagé, Ali Othman a joué un rôle clé dans notre exfiltration de Baba Amr, prenant de grands risques pour nous sauver la vie.

Quand la révolution a éclaté en Syrie, ce marchand de légumes s’est transformé en résistant de l’information, jusqu’à devenir l’un des plus actifs du pays. Chaque jour, il filmait les manifestations ou les destructions et les postait sur Internet afin de témoigner de l’enfer que vivaient les habitants du quartier de Baba Amr.

Après notre départ et la prise du quartier par les autorités syriennes, Ali Othman a été contraint de fuir pour se réfugier plus au nord, à Alep. Il n’a jamais tenté de sortir du pays, décidé à aider les siens jusqu’au bout. Interpellé par les services de renseignements syriens le 28 mars dernier, il a été transféré le surlendemain à Damas. Quelques jours plus tôt, dans l’une de ses dernières communications sur Internet, il avait exprimé sa crainte d’être accusé de «collusion avec un pays hostile», la France, et de payer de sa vie notre libération.

Son arrestation, en même temps que celle de Noura al-Jizawi, une autre activiste, a entraîné la capture de vingt personnes du réseau d’activistes syriens.

Source: http://www.lefigaro.fr/international/2012/04/03/01003-20120403ARTFIG00573-ali-othman-temoin-livre-aux-sbires-du-regime-syrien.php

 



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