Appel aux cavaliers français en faveur du cavalier syrien Adnan Qassar – par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 20 décembre 2012

"Mohammed Hamcho, meurtrier et financier des chabbiha, d'où tiens-tu ta fortune ?" (25.08.2011)

Dans le cadre du Salon du Cheval, qui s’est tenu au Parc des Expositions de Paris Nord Villepinte au début du mois de décembre 2012, la maison « Gucci » avait organisé une compétition de saut d’obstacles. Au nombre des épreuves figurait, le 2 décembre, un Grand Prix Equidia Life CSI 2*, destiné à « permettre aux cavaliers de former des chevaux en devenir dans des épreuves organisées dans les conditions du haut niveau ». Le vainqueur de cette épreuve a été le jeune cavalier syrien Ahmed Hamcho.

Badge d’Ahmed Hamcho lors des JO de Londres

Des spectateurs et des concurrents se sont étonnés de sa présence. Au début de l’été 2012, sa participation aux Jeux Olympiques de Londres avait suscité un certain émoi. Ses qualités sportives et son droit à représenter son pays, lors d’une compétition censée exprimer la fraternité universelle, étaient moins en cause qu’une déclaration politique faite par lui à la veille des Jeux. Il avait en effet affirmé qu’il entendait, à cette occasion, « représenter non seulement la Syrie, mais aussi et surtout Bachar Al Assad, qui reste notre président ». Il avait ajouté, avec un sens plus que discutable de l’opportunité politique, que le chef de l’Etat syrien, inscrit le 23 mai 2011 sur une liste de responsables sanctionnés pour leur implication dans la répression, « ne fait rien de mal. Il ne cherche qu’à nous protéger des groupes terroristes ».

Affirmer que Bachar Al Assad cherche à « protéger son peuple contre les terroristes » est un mensonge qui n’abuse aujourd’hui plus grand monde. Sur les conseils de ses mauvais génies russes et iraniens, ou de sa propre initiative, il a jugé opportun, au cours de l’année 2011, de relâcher dans la nature des dizaines de « fous de Dieu ». Avec l’aide d’hommes de religion acquis à la cause du jihad et soumis à ses désidératas, il les avait jadis recrutés, formés et envoyés tuer des Américains et des Irakiens en Irak. Il les avait fait arrêter et condamner à de lourdes peines de prison à leur retour en Syrie, pour « atteinte aux bonnes relations du pays avec un Etat voisin ami »… Alors qu’il avait affirmé dès le mois de janvier 2011, sans parvenir à en fournir une seule démonstration réellement convaincante, que des « terroristes » étaient à l’œuvre dans son pays, il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’il attendait d’eux. Qu’ils aient aujourd’hui échappé aux mains du demiurge, est une autre histoire…

Plus tôt dans la même année, Bachar Al Assad avait recruté, dans la région côtière du pays qui abrite le village de Qardaha, berceau de sa famille, des milliers de voyous connus depuis longtemps pour leur violence et pour leurs exactions en tous genres, auxquels le service de la famille présidentielle garantissait une totale impunité. Pratiquant un autre genre de « terrorisme », étranger à toute idéologie mais hautement rémunérateur, ils se sont rendus coupables à ce jour de la mort brutale de milliers de leurs compatriotes. Or, parmi les principaux financiers de ces sicaires, le père du jeune Ahmed Hamcho figure en bonne place. Il était normal, en effet, qu’il rende à ceux auxquels il devait sa récente fortune, et en particulier à son « parrain » et protecteur Maher Al Assad, frère cadet du chef de l’Etat, les services qui lui ont permis de devenir, en quelques années, l’un des principaux hommes d’affaires de Syrie. L’Union Européenne ne s’y est pas trompée. Le 23 mai 2011, elle avait fait figurer le nom de Mohammed Hamcho sur la liste des responsables de la répression déjà mentionnée.

Que le jeune Ahmed Hamcho, qui a fêté ses 20 ans le 25 novembre dernier, ne soit responsable ni des magouilles, ni des crimes financés par son père est évident. Mais les moyens dont il dispose, les chevaux qu’il monte ou ceux sur lesquels il s’entraîne pour se livrer à sa passion, et ses propres « projets d’investissement », sont directement issus du business de son géniteur, des passe-droits dont il a profité et de la corruption qu’il a contribué à entretenir. Or tout cela est aujourd’hui dénoncé par les Syriens qui réclament dans les rues, depuis le mois de mars 2011, un changement de régime. Par ailleurs, qu’il prétende faire la promotion de Bachar Al Assad, qui se comporte en vulgaire chef de clan, qui assure l’immunité aux mercenaires à ses ordres et qui se venge de sa population en ordonnant la destruction méthodique des villes et des villages de son pays, est totalement inadmissible.

Alors que la répression sauvage a déjà provoqué la mort en Syrie de plus de 3 700 enfants, dont plusieurs dizaines sont décédés sous la torture, Ahmed Hamcho avait-il sa place dans une compétition dont une épreuve, « Style & Competition for AMADE » (Association Mondiale des Amis de l’Enfance), est précisément destinée à lever des fonds en faveur des enfants ? Etait-il judicieux d’autoriser sa participation, alors que les responsables syriens exploitent avec délectation ce genre de situation pour affirmer haut et fort que leur mise au ban des nations civilisées n’est pas sérieuse et que les Etats « Amis du Peuple syrien » n’ont pas encore décidé d’en finir avec eux ? Fallait-il le laisser concourir alors que ces mêmes responsables font de tout succès sportif l’occasion d’affirmer que, en Syrie, jusqu’à aujourd’hui et en dépit des 49 809 morts recensés – pour ne rien dire des blessés (+ 137 000), des disparus (+ 76 000) et des prisonniers (+ 216 000) -, « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes » ?

L’exclusion de toute compétition a jadis contribué à convaincre l’Afrique du Sud de renoncer à l’apartheid. Est-il déraisonnable de suggérer aux cavaliers français, qui entendent respecter les principes de leur sport sur les pistes et en-dehors, de refuser la participation momentanée de tout Syrien aux concours hippiques se déroulant en France ou en Europe ? A défaut, si cela ne leur paraît pas judicieux, pourraient-ils au moins réclamer à la Fédération syrienne des Sports Equestres des informations sur le sort d’un autre cavalier syrien, Adnan Qassar, que certains d’entre eux ont peut-être connu ? Voire même demander sa libération ?

Adnan Qassar, capitaine de l’équipe syrienne de saut d’obstacle, emprisonné depuis 1993

Capitaine de l’équipe syrienne de saut d’obstacle, Adnan Qassar a été arrêté en 1993. Il est depuis 20 ans emprisonné sans jugement pour avoir « humilié » Basel Al Assad : il avait fait mieux, au cours d’une compétition, que ce cavalier émérite, fils aîné et héritier présomptif de Hafez Al Assad, dont beaucoup regretteraient presque aujourd’hui qu’il ait été empêché par un stupide accident de la route de succéder à son père au lieu et place de son frère, le Dr Bachar Al Assad. Après avoir transhumé par la plupart des grandes prisons syriennes, où il était soumis chaque année à une séance de torture à la date anniversaire du décès de Basel… intervenu un an après son arrestation mais dont il était symboliquement tenu responsable, Adnan Qassar croupit depuis 2008 à la prison centrale d’Adra, dans la banlieue de la capitale.

En Syrie, il y a cavalier… et cavalier. Il y a Ahmed Hamcho… et Adnan Qassar. Le premier bénéficie de tous les moyens, il jouit de toutes les protections et il a tous les droits. Le second n’a rien et, « oublié » comme des dizaines d’autres Syriens dans la prison où il a jadis été jeté par une décision arbitraire, il est voué à y rester si personne ne réclame sa libération.

En se mobilisant en sa faveur, les cavaliers français se grandiraient. Ils confirmeraient que leur passion ne se limite pas aux chevaux, mais inclut la solidarité, le sens de l’honneur et le respect de la liberté qui distinguent les simples cavaliers des véritables chevaliers.

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/12/19/appel-aux-cavaliers-francais-en-faveur-du-cavalier-syrien-adnan-qassar/

date : 19/12/2012



Inscrivez-vous à notre newsletter