Appel: L’urgence d’agir aux côtés du peuple syrien

Article  •  Publié sur Souria Houria le 16 novembre 2012

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L’urgence d’agir aux côtés du peuple syrien

Le peuple syrien vit une tragédie depuis vingt mois. Ayant osé s’exprimer massivement et pacifiquement pour la liberté, la démocratie, les revendications sociales contre la dictature de Bachar Al-Assad, celui-ci a répondu en tirant au revolver, au fusil, à la mitrailleuse, au canon, de ses chars, ses hélicoptères, ses avions, ses navires, sans oublier l’arme blanche et les terribles bombes à fragmentations, tout cela visant les hommes et les femmes jusqu’aux enfants. L’arithmétique de la mort atteint les 40 000 personnes, 100 000 autres arrêtées, torturées, disparues, des centaines de milliers de déplacés, 450 000 ont gagné l’étranger. C’est une guerre contre les civils, une horrible tempête détruisant les maisons, les outils de travail à la ville et à la campagne, les services publics.

Le peuple syrien s’affronte à « l’ensauvagement » de sa vie par un bourreau haineux et dominateur qui recourt à des crimes contre l’humanité. Le droit de vivre en Syrie est un devoir d’humanité pour chacun de nous. Là-bas, c’est ici, là-bas agissent des compagnons simples et lumineux, ici nous devons clamer notre colère.

Chacun doit se dire : « si je ne dis pas, ne serait-ce qu’un mot, alors qui ? Si je ne le dis pas tout de suite, alors quand ? » Là-bas se trouve un peuple souffleur de conscience refusant l’intimidation et surmontant la peur, ici peut et doit se trouver un peuple qui se compromette avec la dignité, la liberté des Syriens en décidant de dire et de faire une solidarité intrépide et courageuse en direction de tous les détenteurs d’autorité en France, en Europe et dans le monde qui se font surtout remarquer par leur défaillance. Bachar Al-Assad brutalise à l’extrême la Syrie, les manifestants pacifiques la civilisent. Bachar Al-Assad et son clan ont perdu leur légitimité mais persistent dans la répression d’une société pleine d’êtres enfermés de naissance contre laquelle l’Armée syrienne libre se trouve en première ligne.

Le monde ne fait même pas le minimum. L’ONU est aphone, impuissante, incapable de la moindre réaction humaine efficace. Le Conseil de sécurité, dans sa forme actuelle, bafoue sa « responsabilité de protéger «  les civils de tous âges pris pour cible. Il se limite à enregistrer régulièrement les vetos inexcusables de la Russie et de la Chine qui, par ailleurs, contribuent à armer Bachar Al-Assad. En attendant une réforme de l’ONU, pourquoi ignorer que, lorsque le Conseil de sécurité est bloqué par un veto, il est possible de saisir l’Assemblée générale qui bénéficie alors d’un large pouvoir ? Elle peut, dans ce cadre, prendre des initiatives appropriées à la situation tragique du peuple syrien. Sans oublier la saisine de la Cour pénale internationale.

L’Europe a certes décrété des sanctions mais leur réussite est mise en cause par les diverses livraisons de la Russie et de l’Iran. L’Europe ne devrait pas oublier le conseil de Walter Benjamin : « Laisser aller le cours des choses, voilà la catastrophe. »

La France a une parole généreuse, mais qui s’est trop longtemps évanouie dans une posture velléitaire, réclamant une démocratie à l’occidentale ignorant la grande diversité ethnique et confessionnelle du peuple syrien et le travail inouï que représente son rassemblement pour lequel milite notamment un mouvement laïc très ancien. La Syrie continue de connaître des centaines de manifestations pacifiques avec un mot d’ordre d’unité : « Un, un, un, le peuple syrien est un. » C’est « sa belle manière d’être avec les autres » dirait Eluard.

Vendredi dernier, 9 novembre, les mots d’ordre des manifestations pacifiques à Alep étaient : « Non au confessionnalisme, oui à l’unité nationale », « Non à la défiguration de notre révolution syrienne », « La Syrie est pour les Syriens », « Un seul pays pour un seul peuple », « L’unité nationale est notre boussole », « Le confessionnalisme est une balle contre notre révolution », « On va reconstruire, fils de martyrs, ta mère, la patrie », « Je suis un Arabe mais je défendrai les droits de mes frères kurdes et je salue la fraternité entre Arabes et Kurdes »… Chacun peut en avoir la preuve en consultant les sites des comités de coordination de la révolution syrienne.

La France doit s’engager concrètement et ardemment aux côtés de la société civile, des réseaux sociaux, des comités locaux dans les quartiers populaires et les villages, de la coordination nationale entre le mouvement insurrectionnel et la continuation de la société civile. Les Syriens ont besoin de nourriture, de médicaments et de matériel hospitalier, de fournitures scolaires, de matelas, de couvertures contre le tout proche hiver, très froid en Syrie.

La France, l’Europe, le monde doivent apporter la bonne réponse à l’agitation de l’épouvantail djihadiste, si précieux pour Bachar Al-Assad. La présence djihadiste encore marginale en nombre est un danger réel si le peuple syrien est abandonné à lui-même. Ne pas céder à la peur est la meilleure arme contre l’islam radical. Les journalistes courageux qui sont allés là-bas le confirment. Bien meilleure encore est l’arme d’un appui à tous ceux dont nous approuvons la lutte, celle de leur liberté contre un régime tortionnaire.

Ne laissons pas détruire ce pays dont l’histoire a été si précieuse pour toute l’humanité. C’est là qu’a été construite la première maison, qu’est apparu le premier alphabet, qu’ont été construits des édifices classés par l’Unesco Trésor de l’Humanité. Le peuple syrien, traditionnellement si hospitalier et pacifique, réclame et espère un appui rapide, efficace, sur place et dans les camps de réfugiés, une aide logistique et financière, et la reconnaissance de sa capacité à se créer un avenir de paix, de justice et de liberté.

Ajoutons qu’aujourd’hui, l’opposition syrienne évolue en se structurant mieux et en améliorant sa coordination. L’élection à la présidence du Conseil national syrien de Georges Sabra, figure historique de la résistance, qui a passé huit ans dans les prisons du régime, ainsi que la création d’une coalition  réunissant  d’autres formations et de grands résistants de l’intérieur, tels Riadh Seif, marquent une étape importante qui pourrait précipiter la chute du régime de Bachar Al-Assad. Dès lors qu’une bonne partie de la communauté internationale aura considéré, à l’instar de la France,  cette coalition nationale comme seule représentante légitime du peuple syrien, tous les moyens doivent lui être fournis pour assurer sa protection.

 

Il y a un an, beaucoup d’entre nous étaient au  Théâtre de l’Odéon, archi plein, dans une première action de solidarité avec le peuple syrien. Nous n’avons cessé depuis d’exprimer cette solidarité. Aujourd’hui, notre devoir est de continuer et de faire plus, à travers deux grandes initiatives à caractère culturel, humain et politique que nous vous proposons.

 

Lundi 19 novembre 2012, de 18 heures à 22 heures au Centquatre, en présence d’artistes d’ici et d’ailleurs, des opposants syriens, des journalistes, des spécialistes de la région et de grands témoins feront le point sur la situation syrienne et les perspectives d’action internationale lors d’une rencontre publique de solidarité avec la résistance. Cette initiative, qui a le soutien du Théâtre du Rond-Point, du CentQuatre, du Monfort Théâtre et du journal Libération, établira un cahier d’exigences en faveur du peuple syrien.

Adresse du Centquatre : 5, rue Curial, Paris 19e.

 

Le mardi 11 décembre 2012, un « Train pour la liberté du peuple syrien » partira à 10 heures de la gare de l’Est. Il se rendra à Strasbourg où, après un rendez-vous-débat au Théâtre national de Strasbourg, entre les voyageurs du train et les amis strasbourgeois du peuple syrien, des délégations pluralistes et internationales iront entre 15h30 et 18h30 à la rencontre des élus et des autorités du Parlement européen pour leur transmettre des propositions d’action. Ce train est parrainé par le Syrian Business Forum.

Réservation pour le « Train de la liberté » (aller-retour dans la journée) : train@souriahouria.com (participation aux frais : 20 €). Une collation sera offerte pour le déjeuner.

 

Premiers signataires 

Michel Piccoli, comédien
Pierre Arditi, comédien
Jeanne Moreau, comédienne
Ariane Mnouchkine, metteuse en scène
Patrice Chéreau, metteur en scène, cinéaste
Jacques Glowinski, professeur (h) au Collège de France, membre de l’Académie des Sciences
Hélène Cixous, écrivaine
Jack Ralite, ancien ministre
Stéphane Hessel, ambassadeur de France
Marcel Bozonnet, metteur en scène
Emmanuel Wallon, sociologue
Farouk Mardam Bey, éditeur
Samar Yazbek, écrivaine (Syrie)
Père Paolo Dall’Oglio (Syrie-Italie)
Costa-Gavras, cinéaste
Catherine Hiegel, comédienne
Robert Guédiguian, cinéaste
Roger Chartier, professeur au Collège de France
Bernard Lavillier, artiste
Bulle Ogier, actrice
Florence Malraux
Rithy Panh, cinéaste (Cambodge)
Jean-Luc Godard, cinéaste
Macha Makeieff, metteur en scène, directrice du théâtre de la Criée
Carlo Ossola, professeur au Collège de France (Italie)
Maguy Marin, chorégraphe
Jonathan Littell, écrivain
Rony Brauman, médecin
Hortense Archambault et Vincent Baudriller, codirecteurs du Festival d’Avignon
Dominique Blanc, comédienne
Ariane Ascaride, comédienne
Laurent Gaudé, écrivain
Chantal Morel, metteuse en scène
Jean-Luc Nancy, philosophe
Mohamad Al-Roumi, photographe et réalisateur (Syrie)
Marie-Christine Barrault, comédienne
Jane Birkin, comédienne et chanteuse
Julie Brochen, metteuse en scène, directrice du TNS
Pascal Ory, historien
Denis Guénoun, philosophe
Jacques Lassalle, metteur en scène
Didier Bezace, metteur en scène, comédien, directeur du TCA
Denis Podalydès, comédien, metteur en scène
Bernard Faivre d’Arcier, consultant
Michel Cantal-Dupart, architecte
Laurent Fleury, sociologue
Roland Monod, comédien et metteur en scène
Muriel Mayette, administratrice de la Comédie-Française
Noëlle Châtelet, écrivaine
Lucien et Michèle Attoun, directeurs du Théâtre Ouvert
Joël Huthwohl, conservateur des bibliothèques
Louis Sclavis, compositeur, musicien
Philippe Caubère, comédien
Laure Adler, journaliste, écrivaine
Catherine Dolto, médecin
Robin Renucci, comédien et metteur en scène
Anne Alvaro, comédienne
Bernard Noël, écrivain
Michèle Manceau, écrivain, journaliste
Olivier Py, écrivain et metteur en scène
Emmanuel Ethis, sociologue
Emmanuel Demarcy-Motta, directeur du Théâtre de la Ville
Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France
Louis Joinet, magistrat
Monique Chemillier-Gendreau, juriste
Alain Joxe, géopolitologue
Noémie Kocher, comédienne
Marina Vlady, comédienne
Jacques Rosner, metteur en scène
Maurice Buttin, président du Comité de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient
Jean Bois, acteur, dramaturge
Dominique Constantin, comédienne
Gérard Alezard, syndicaliste, vice président honoraire du Conseil économique et social
Jacques Gamblin, comédien
Christian Schiaretti, metteur en scène, directeur du TNP
Nicolas Peigney, pianiste et compositeur
Elias Khoury, écrivain (Liban)
Florence Aubin, plasticienne
Abdellatif Laâbi, écrivain (Maroc)
Jacques Gaillot, évêque
Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien
Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture
Pierre Santini, comédien
Daniel Mesguich, directeur du Conservatoire national supérieur d’art dramatique
Didier Daeninckx, écrivain
José Garçon, journaliste
Nedim Gursel, écrivain (Turquie)
Béatrice Soulé, productrice
Michel Broué, mathématicien
Dan Franck, écrivain
Christian Boltanski, artiste plasticien
Sarah Moon, photographe
Patrick Weil, historien
Annette Messager, plasticienne
Daniel Buren, sculpteur
Pierre Hassner, politologue
Michel Tardieu, professeur (h) au Collège de France
Jean-Pierre Mignard, avocat
Michel Tubiana, président du réseau Euromed des droits de l’Homme
Gérard Lauton, enseignant-chercheur et syndicaliste
Michel Morzière, ingénieur
Jean-Michel Frodon, critique cinématographique
Philippe Herzog, économiste
Claude Fischer, présidente de Confrontations Europe
Paul Fourier, responsable national de la CGT
Janine Mossuz-Lavau, politologue
Valérie Dreville, comédienne
Jacques Téphany, directeur de la Maison Jean Vilar
Julie Bertuccelli, réalisatrice
Alan George, politologue
Fabrice Puchault, directeur de l’unité documentaire de France 2
Caroline Casadesus, chanteuse lyrique
Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes
Paul Rondin, administrateur de théâtre
Michel Reynaud, psychiatre
Virginie Dörr, graphiste
Rafik Schami, écrivain (Allemagne)
Ammar Abd Rabbo, photographe (Syrie)
Christophe Ruggia, réalisateur
Jean-Pierre Sinapi, réalisateur
Cécile Paoli, comédienne
Denise Chalem, actrice, réalisatrice, scénariste
Nathalie Griesbeck, maitre de conférence de l’Université et députée européenne Grand Est
Vincent Goethals, directeur du théâtre du Peuple de Bussang
Claire Duhamel, comédienne
Colette Corber, libraire
Béatrice Bastide
Arlette Namiand, auteur
Jean-Paul Wenzel, auteur, metteur en scène
Vladimir Velickovic, peintre
José Chidlovski, producteur, réalisateur,
Mémé Perlini, metteur en scène (Italie)
Salvino Raco, metteur en scène (Italie)
Jean-François Louette, professeur de littérature française à l’Université Paris-Sorbonne
Geneviève Brisac, écrivaine
Jean-Pierre Thibaudat, critique dramatique
Alain Gresh, journaliste
André Markowicz, traducteur
Françoise Morvan, traductrice
François Tanguy, metteur en scène
Laurence Chable, comédienne
Jean-Manuel Gonçalvès, directeur du Centquatre
Sophie Cluzan, archéologue
Stefan Weber, directeur du département islamique du Pergamon Museum (Allemagne)
Ignacio Gutiérrez de Terán Gómez Benita, Université autonome de Madrid (Espagne)
Fernando Garcia Burillo, éditeur (Espagne)
Immaculada Jiménez Morell, éditrice (Espagne)
Clara Janés Nadal, poète (Espagne)
Moustafa Khalife, écrivain (Syrie)
Darina Al Joundi, comédienne (Syrie)
Ziad Majed, politologue (Liban)
Maram Al Masri, poète (Syrie)
Rania Samara, traductrice (Syrie)
Clio Makris, sculptrice (Grèce)
Zizi Makris, artiste peintre (Grèce)
Wladimir Glasman, ancien diplomate
Bahram Hajou, peintre (Allemagne)
Michel Kail, philosophe
Bernard Moninot, plasticien
Jean-Baptiste Para, écrivain
Yassin Al Haj Saleh, écrivain (Syrie)
Youssef Courbage, démographe
Philippe Queyras, artiste plasticien
Anne et Patrick Poirier, plasticiens
Cristina Crevillen, auteure
Subhi Hadidi, journaliste (Syrie)
Bashar Rahbaii, journaliste (Syrie)
Rosa Martinez, productrice
Robert Fortune, metteur en scène
Patrick Sommier, directeur de la Maison de Culture 93
Bernard Vasseur, philosophe, directeur de la Maison Aragon-Elsa Triolet
Yves Clot, professeur de psychologie du travail au CNAM
Jean-Pierre Moulin, comédien
Dominique Vidal, historien et journaliste
Alain Libolt, comédien
Agnès Sourdillon, comédienne
Henri Vart, producteur
Luc Béraud, cinéaste
Annie Miller, productrice de cinéma
Georges Caudron, comédien
Olivia Grandville, chorégraphe
Jean-Louis Martinelli, directeur du théâtre Nanterre-Amandiers
Sylvie Debrun, comédienne
Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue
Nicolas Monquaut, syndicaliste
Le Syndeac
Adel Abdessemed, sculpteur
Caroline Bourgeois,
Colette Korber, libraire
Béatrice Bastide, cadre culturel
Martine de Rabaudy, journaliste
Michel Marcus, magistrat
André Pomarat, comédien, directeur de théâtre jeune public
Nicolas Monquaut, syndicaliste
Roger Chartier, directeur d’étude à l’EHESS
Fernand Thuil, président de l’AJPF (jumelage entre camps palestiniens et villes françaises)

voir l’appel dans le journal Libération(pdf) 2012-11-16~1663@LIBERATION, ou sur le lien:http://www.liberation.fr/monde/2012/11/15/l-urgence-d-agir-aux-cotes-du-peuple-syrien_860721



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