Arrestation de deux opposants syriens ayant participé à la réunion de Riyad

Article  •  Publié sur Souria Houria le 3 janvier 2016

Un enfant syrien blessé par des raids aériens à Douma, à l’est de Damas. Abd Doumany/AFP

Les autorités syriennes ont arrêté hier deux figures du principal bloc d’opposants de l’intérieur, a annoncé le Comité de coordination nationale pour les forces du changement démocratique. Ahmad al-Asrawi et Mounir al-Bitar, deux figures de ce mouvement, « ont été arrêtés par les autorités syriennes à la frontière avec le Liban », a indiqué à l’AFP son secrétaire général Yehia Aziz. Tous deux avaient participé à la conférence de Riyad le 10 décembre et font partie de la « Haute Commission » de l’opposition, instance formée à l’issue de cette conférence pour préparer d’éventuelles négociations avec le régime. Hier, ils étaient en route pour l’Arabie saoudite, où ils devaient assister à une nouvelle réunion de la Haute Commission, selon M. Aziz qui a précisé que les deux opposants ont été transférés vers « un lieu inconnu ». M. Aziz a dénoncé ces arrestations, estimant que « lorsque l’on souhaite une solution politique (au conflit), on n’a pas recours à de tels procédés ». « Cette mesure abusive va à l’encontre des efforts politiques de la communauté internationale (…) et ruine la résolution du Conseil de sécurité pour une solution politique négociée », a estimé dans un communiqué le CCND, exigeant la « libération immédiate » des deux hommes. De son côté, le Premier ministre syrien Waël al-Halqi a réaffirmé hier que le régime était prêt à participer aux pourparlers qui devraient s’ouvrir le 25 janvier à Genève.

Bilan accablant pour Moscou

Ces arrestations interviennent dans un contexte où l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) communique le bilan accablant des frappes aériennes menée par la Russie, alliée du régime de Damas.
Les raids ont fait 2 371 morts, dont près d’un tiers de civils, depuis le début de l’intervention militaire de Moscou il y a trois mois, a indiqué hier l’OSDH. Ces raids ont tué 655 membres du groupe État islamique (EI) et 924 combattants de groupes rebelles et du Front al-Nosra, branche syrienne d’el-Qaëda, a précisé l’ONG qui a recensé 792 victimes civiles, dont 180 enfants de moins de 18 ans et 116 femmes.

Washington avait affirmé mardi que des centaines de civils avaient été tués dans des frappes aériennes russes « aveugles ». Cependant, le ministère russe de la Défense a rejeté hier ces accusations « infondées » et « absurdes » selon lesquelles des frappes russes ont visé et tué des centaines de civils en Syrie.
« Toutes ces déclarations anonymes et infondées sur la prétendue utilisation de l’aviation russe contre des cibles civiles en Syrie nous rappellent de plus en plus les performances d’un hypnotiseur de cirque ambulant », a ironisé le ministère russe dans un communiqué. Le ministère a également dénoncé le « silence absolu concernant les opérations et, surtout, les résultats des bombardements de l’aviation des États-Unis dans cette région », qui ont mené à « des pertes massives (de civils), impossibles désormais à cacher ou à imputer à quelqu’un d’autre ».

L’aviation russe aurait effectué 121 vols et frappé 424 « cibles terroristes » en Syrie depuis le 28 décembre, a annoncé le ministère dans le même communiqué. L’armée russe a annoncé avoir notamment bombardé près de Raqqa, le bastion de l’EI dans le nord de la Syrie, un bâtiment où se tenait une réunion de « commandants locaux du groupe État islamique ». « Le bâtiment et tous ceux qui étaient dedans ont été éliminés », a ajouté le ministère.

Avancée à Cheikh Massine

Sur le terrain, l’armée régulière syrienne a annoncé hier avoir pénétré dans le centre de la ville stratégique de Cheikh Maskine, à la faveur d’un assaut appuyé, selon les insurgés, par les plus importants raids aériens menés par l’aviation russe jusqu’à présent dans le sud de la Syrie. Les soldats gouvernementaux ont atteint la place principale de la ville et pris les quartiers est et nord de la ville, a précisé l’armée dans un communiqué. De source rebelle, on confirme que l’armée est entrée dans la banlieue de la ville mais on ajoute que de violents combats se poursuivent à Massaken, dans la banlieue est de la ville. L’un des commandants d’un groupe rebelle actif dans le secteur a estimé que les bombardements russes contre ses positions avaient joué un rôle décisif en faveur de l’armée de Bachar el-Assad. « Il s’agit des plus importants bombardements russes aux côtés du régime dans la région de Deraa. Sans cela l’armée, aux effectifs clairsemés, n’aurait pas progressé comme elle l’a fait », a dit Djabhat Souwar Souria, un groupe rebelle engagé dans les combats.

L’artillerie rebelle a pour sa part bombardé des positions de l’armée dans la ville d’Izraa, tenue par les loyalistes à l’est de Cheikh Maskine. L’attaque de Cheikh Maskine s’inscrit dans le cadre de la première grande offensive de l’armée syrienne dans le sud de la Syrie depuis que la Russie a entamé des bombardements aériens, le 30 septembre, en soutien à Bachar el-Assad.



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