« Arrested cinema », la Syrie au Cinéma du réel – Par Elisabeth Lequeret

Article  •  Publié sur Souria Houria le 2 avril 2012

vendredi 30 mars 2012

« Arrested Cinema », une initiative du Cinéma du réel, ce samedi 31 mars au Centre Pompidou à Paris

Cette année, de nombreux cinéastes, documentaristes ou simples manifestants armés de portables ont filmé les soubresauts politiques de leur pays. De l’Iran à la Chine, de la Syrie à la Tunisie, nombre d’entre eux ont été arrêtés, emprisonnés, assignés à résidence ou tués. Ce samedi 31 mars, le Cinéma du réel, Festival international de films documentaires à Paris, dédie un espace aux images de ces auteurs confirmés ou anonymes. Une journée spécialement dédiée à la Syrie avec des témoignages et la projection de films tournés depuis le début de la révolte syrienne, en février 2011.

Nidal Hassan est un jeune cinéaste syrien. En février 2011, il commençait le tournage d’un film sur la condition des femmes en Syrie. Lors que les premières émeutes ont éclaté, il a lâché acteurs et scénario pour descendre dans la rue et filmer les manifestants. Son film, Histoires d’amour, de mort et de révolution, est projeté ce samedi 31 mars au Centre Pompidou.

« Je voulais aller vers les citoyens syriens, voir leur rêves, leur besoin de dignité, leur soif de liberté, explique Nidal Hassan. Je ne voulais pas en rester aux images des médias qui ne montrent que de la mort, du sang et des choses terribles. Bien sûr, ce n’est pas ni évident ni facile de filmer dans la rue. C’est un vrai risque, mais je ne pouvais pas ne pas le prendre. Pour moi, il était indispensable de capter ce moment, d’en garder ces images, qui, un jour, seront des images d’archives historiques. » « Ils font un seul film et meurent pour ça » Envers et contre tout, des films se tournent en Syrie. Ils circulent, défiant la répression, et franchissent les frontières. Depuis Paris, où elle vit depuis dix ans, la cinéaste Hala Alabdalla s’est chargée de les faire sortir du pays : « Pendant 40 ans, on avait ce mur où personne n’entendait parler de la Syrie, personne ne savait qu’il y a un peuple qui souffre. Donc le cinéma a un très grand rôle dans ce sens, contre ce silence, pour casser ce mur, pour faire des trous dans ce mur. Ces manifestants, ils ont compris cela dès le début. Donc ils sont devenus presque tous des reporters, des cinéastes. Pour moi, ce sont des vrais documentaristes qui font des fois une seule fois un seul film et qui meurent pour ça. »

 

Hala Alabdalla, cinéaste syrienne

(01:29)

Le cinéma syrien était une belle endormie. La révolution l’a réveillé. Aujourd’hui, ce sont les cinéastes reconnus qui apportent leur expérience aux amateurs. « Il y a des choses qu’ils se découvrent entre eux. Il y a des gens où l’on n’a jamais pensé qu’on peut travailler avec eux pour faire ou pour finir un film, pour confier des disques durs, pour pouvoir faire passer des images… On découvre tous les jours qu’il y a des capacités cachées, endormies. Et tout cela se réveille. C’est comme un champ de coquelicot, on voit des couleurs qui en sortent partout. C’est magnifique. » Ces « coquelicots » sont-ils pour autant l’annonce d’un printemps du cinéma ? Ces images, faites dans la fièvre, l’urgence et la clandestinité, vont en tout cas changer à jamais le cours de la fiction et du documentaire syrien. _________________________________________________

Cinéma du réel, Festival international de films documentaires, du 22 mars au 3 avril 2012, au Centre Pompidou à Paris.

Arrested cinema, une soirée dédiée aux cinéastes syriens, le samedi 31 mars à 21h au festival Cinéma du réel, au Centre Pompidou, Paris. Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Ecouter les explications de Javier Packer-Comyn, directeur artistique du Cinéma du réel, sur l’initiative Arrested cinema.



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