Bachar Al Assad sur les traces de Pol Pot…? – Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 27 septembre 2011

Avec plus de 3 000 morts, plusieurs milliers de disparus et des dizaines de milliers de manifestants arrêtés et torturés en six mois de protestation en Syrie, le régime de Bachar Al Assad a d’ores et déjà fait aussi bien, si l’on peut dire, que celui d’Augusto Pinochet en 17 ans de pouvoir. Mais, à entendre les déclarations de Mohammed Saïd Bakhitan, un ancien commissaire de police devenu, en 2005, son premier adjoint à la direction du Parti Baath, qui déclarait naguère que « le régime était prêt à sacrifier le tiers de la population syrienne pour rester au pouvoir », on peut craindre qu’il dépasse bientôt dans l’horreur un autre grand démocrate, « Political Potential« , autrement dit Pol Pot.

Chaque jour apporte en effet de nouvelles démonstrations de l’absence de limite dans les agissements de ceux qui prétendent assurer, en recourant à la terreur, à la contrainte et à l’humiliation, le maintien en place du régime syrien. Moukhabarat etchabbiha sont incapables de comprendre que, révulsés par leur comportement, leurs compatriotes en ont décidé autrement : ils veulent désormais la chute du régime. Quel que soit le respect que les manifestants éprouvent pour certains opposants de toujours, qui semblent plaider en ces jours pour un compromis, ils rejettent massivement leur intention de travailler à la mise en place d’une transition avec Bachar Al Assad, comme avec le parti à la tête duquel il a naguère été imposé. Depuis plusieurs semaines il l’ont déjà dit : « Bachar, irhal » (Bachar, tire-toi). Comment cohabiter désormais avec celui qui paraît incapable de renoncer à la force et de manifester la moindre humanité ?

Il y a quelques jours, le pianiste syrien Malek Al Jandali a mis en ligne sur sa page Facebook les photos de son père et de sa mère, violemment agressés par deschabbiha à leur domicile de Homs. Auteur-compositeur et virtuose international, leur fils avait participé à une démonstration de soutien au peuple syrien devant la Maison Blanche, à Washington. Il avait par ailleurs écrit une chanson patriotique, « Watanî anâ« , en appui aux revendications de la population syrienne.

Le Dr Mamoun Al Jandali après son agression

Mme Lina Droubi, mère de Malek Al Jandali

Non contents de satisfaire leur désir de vengeance sur des personnes âgées (77 et 64 ans), totalement étrangères aux agissements de leur fils, ces voyous désormais trop connus ont manifesté leur allégeance et leur dévouement sans limites à la famille Al Assad en brisant le mobilier de la maison de leurs victimes et en emportant, comme les troupes d’occupation syriennes jadis au Liban, tout ce qui leur tombait sous la main.

Le 19 septembre, le Centre de Communication et de Recherches Stratégiques a dénoncé, dans son bulletin quotidien d’information, le recours désormais fréquent au viol des soeurs des activistes recherchés par les moukhabarat ou les chabbiha. Il indique que, enlevées à leur domicile lors des perquisitions destinées à arrêter les animateurs de la contestation, ces jeunes filles sont souvent violées et exécutées, avant d’être restituées à leur famille. Il mentionne le cas de la jeune Zaynab Al Hosni, âgée de 19, qui a été enlevée et tuée parce qu’elle était la sœur de l’activiste Mohammed Dib Al Hosni, ultérieurement lui aussi arrêté, emprisonné, torturé et exécuté. Son père a reçu sa dépouille, une semaine plus tard, enfermée dans un sac poubelle. Sa tête, ses mains et une jambe avaient été sectionnées. Il a été forcé de l’enterrer en toute discrétion, sous la surveillance d’un important détachement d’éléments de la sécurité. Il a également été contraint de signer une déclaration affirmant que sa fille avait été kidnappée, violée et tuée par des « terroristes armés », alors que son arrestation s’était déroulée en plein jour, en présence de nombreux témoins. Ce cas n’est pas isolé : des viols ont eu lieu quotidiennement en Syrie depuis le mois d’avril, mais ils n’ont pas été signalés en raison de la honte et du déshonneur traditionnellement attachés à ce genre de situation dans ce pays. Des faits similaires ont étésignalés à Daraa, Jisr al Choghour, Lattaquié, Tall Kalakh, Talbiseh, Madaya…

Zaynab Al Hosni

Le jour suivant, le même bulletin d’information a signalé que des prélèvement d’organes ont été constatés sur les cadavres de plusieurs manifestants remis à leurs familles. Les incisions relevées sur les dépouilles des victimes montrent qu’il s’agit d’opérations chirurgicales effectuées par des professionnels, vraisemblablement dans le but d’alimenter un trafic. N’en déplaise aux défenseurs des turpitudes du régime et aux sites de « ré-information » sur la Syrie, on ne peut mettre en doute une telle information, des trafics d’organe ayant été signalés à plusieurs reprises en Syrie par le passé, en particulier par le journaliste Ayman Qahf, directeur du site Internet http://www.syriandays.com/ et rédacteur en chef de la revue syrienne « Bourse et marchés », qui peut difficilement être considéré comme un opposant au régime. Sur la base de rapports de police, il faisait état dans son enquête de plusieurs enlèvement d’enfants, le plus souvent rendus à leurs parents avec un rein en moins.

On signalait par ailleurs, jeudi 22 septembre, que les forces armées bombardaient les forêts du Jabal al Zawiyeh, dans lesquelles des milliers d’habitants des villages « libérés » par les militaires syriens ont préféré trouvé refuge au cours des semaines écoulées, pour échapper aux sollicitudes de leurs sauveurs. Pour justifier ce bombardement visant des civils déjà en situation de détresse, en raison des intempéries et du manque de nourriture, le régime fait courir le bruit que cette zone abrite « au moins 4 000 combattants salafistes, qui ne comprennent que le langage des armes ».

Une telle accusation serait plaisante si la situation n’était pas aussi dramatique. On avait plutôt constaté jusqu’ici que, face aux revendications de manifestants pacifiques, c’était le régime – et non la population – qui avait décidé, dès le premier moment, de faire parler les armes et de tirer à balles réelles, à Daraa puis ailleurs, pour effrayer, dissuader et tuer.

Date : 24/9/2011
Source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2011/09/24/bachar-al-assad-sur-les-traces-de-pol-pot/



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