Brèves syriennes (13). Les agents de l’Etat appelés en Syrie à choisir leur camp – par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 11 avril 2013

Le site d’information en ligne All4Syria a publié, le 10 avril, un « appel urgent aux agents de l’Etat syrien« . S’adressant aux « responsables et autres fonctionnaires ayant le sens de l’honneur », et justifiant son interpellation par sa peur pour leur vie, il leur « conseille de faire montre de prudence, de rester sur leurs gardes et de faire défection au plus tôt, dès qu’ils en auront l’occasion ».

Assassinat du cheykh Al Bouti

La fin tragique du Dr Mohammed Saïd Ramadan Al Bouti constitue en effet une leçon d’une extrême gravité. Elle s’adresse à tous. Elle signifie que le régime ne peut accepter que quiconque reste neutre. Il ne peut se satisfaire d’un simple soutien oral, même quand il atteint le niveau de celui que lui apportait le défunt cheykh.

Le régime ne laisse de choix aux Syriens qu’entre deux options : soit ils participent aux meurtres et aux crimes, en actes et pas seulement en paroles ; soit ils sont considérés comme des ennemis, susceptibles d’être liquidés à tout moment s’il le juge nécessaire.

L’assassinat du Dr Al Bouti n’est pas le premier du genre. Il ne sera pas le dernier. Il y a 5 mois environ, le 3 novembre 2012, All4Syria avant en effet publié l’information suivante :

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Ils ont assassiné le gouverneur de Lattaquié… et prétendu qu’il avait glissé dans l’escalier

All4Syria a appris que l’ancien gouverneur de Lattaquié, le général Abdel-Qader Mohammed Al Cheykh, décédé le 25 septembre 2012, n’est pas mort comme l’ont prétendu les sites internet pro-régime. A les croire, il aurait perdu connaissance suite  à un malaise et ne se serait pas réveillé. Mais, selon des renseignements concordants, il a été tué d’un coup puissant porté à la tête avec un gourdin. Le régime a demandé à sa famille et à son fils, le Dr Anas, de raconter qu’il était tombé dans un escalier, alors qu’il montait sur la terrasse de son domicile. Mais ce récit n’a aucune crédibilité.

Après avoir été remercié, le général s’était installé avec sa famille dans le quartier d’Alep al-Jadida. Comment serait-il monté sur la terrasse en plein jour, alors que sa maison était située à proximité immédiate de lieux où se déroulaient de violents combats ? Comment aurait-il pris le risque d’atteindre une citerne d’eau en empruntant l’escalier étroit de sa terrasse, tout en sachant que des francs-tireurs se trouvaient dans les parages ?

Le général bénéficiait d’une protection rapprochée forte de 4 éléments desmoukhabarat. L’ordre de le supprimer a été donné par une autorité supérieure. Nous nous abstiendrons de révéler pour le moment les causes de son assassinat pour préserver la vie d’autres personnes toujours présentes en Syrie.

Né en 1946, originaire des environs de la ville d’Idlib et père de sept enfants, le général Al Cheykh était à la retraite lorsqu’il a été nommé, le 23 avril 2011, gouverneur de Lattaquié, avant d’être remercié quinze mois plus tard, le 10 juillet 2012. Avant d’être nommé à l’Etat-major, il avait successivement occupé les fonctions de chef de la 3ème brigade, commandant de la 5ème division basée à Soueïda, doyen de l’Ecole de Guerre, directeur des opérations à Tripoli du Liban et directeur de la logistique et des approvisionnements de l’armée arabe syrienne.

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Le site conclut en interpellant à nouveaux les agents de l’Etat : « En dépit des détails divergents, il existe entre le meurtre du Dr Al Bouti et l’assassinat du général Al Cheykh bien des ressemblances. Vous pouvez être sûrs que le régime ne laissera pas vivants les témoins de ses crimes. Vous n’aurez donc pas d’autre choix, en restant de son côté, que de devenir vous aussi des criminels actifs, comme leschabbiha qui le servent, ou de mourir de sa main ».

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2013/04/10/breves-syriennes-13-les-agents-de-letat-appeles-en-syrie-a-choisir-leur-camp/

date : 10/04/2013



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