Ce qui se passe en Syrie (1/3) – Pierre Alain Sohier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 12 juillet 2012

(Syrie, juillet 2012 - Anonymous/AP/SIPA)

Ce qui se passe aujourd’hui en Syrie après les massacres de Homs et de Houla ne peut se réduire à une guerre civile ou une simple guerre de religion. C’est une révolution. Connaisseur de longue date de l’histoire de la Syrie, le chercheur en sciences sociales Pierre Alain Sohier poursuit pour Marianne son analyse de la situation en Syrie. Nous publions aujourd’hui le premier volet.

MILITAIREMENT

Les points les plus chauds actuellement sont Homs, Hamat, Idlib et Dar’a. Les trois premières villes représentent une ligne vitale aussi bien pour le régime que pour les forces révolutionnaires. Elles forment une ligne de séparation démographique entre la majorité sunnite de la Syrie centrale et la minorité nussayrite du régime. Homs spécialement est le cœur de la Syrie centrale et l’espace stratégique qui peut étrangler le régime en lui coupant la route qui vient de Damas et qui se dirige ensuite vers deux directions : la première vers Idlib et Alep (frontière turque) et la seconde vers la région montagneuse, nussayrite en majorité, et les villes côtières de Tartous, Banias, Geblé et Lataquié, en majorité sunnites et chrétiennes. Celui qui contrôle cet axe, dont Homs est le centre, peut ainsi contrôler toute la Syrie en faisant de Damas le dernier refuge du régime. En ce moment, la banlieue de Damas et Dar’a, à la frontière jordanienne, sont déjà presque en dehors du pouvoir du régime. La frontière libanaise, quant à elle, est ouverte entre Tripoli et le nord-ouest de la Syrie en direction de Homs.

STRATÉGIQUEMENT

 Le régime a essayé, dès le 15 mars 2011, d’écraser la révolte à Homs en frappant et détruisant une partie de la ville, avec la bataille de Bab-‘amr, mais sans parvenir à ses fins. La ville résiste toujours et se montre bien décidée à tenir jusqu’au bout. La bataille de Homs reste engagée jusqu’à l’arrivée des forces révolutionnaires dans la banlieue de Damas et au cœur du pouvoir. A Homs, et dans sa banlieue jusqu’à Hamat, la régime a commis de nombreux massacres dans les villages sunnites tels Houla et Koubeir ainsi que dans la région de Idlib. Le but de cette action militaire extrêmement sanglante a été d’isoler les villages sunnites se trouvant dans les montagnes nussayrites  de l’axe central sunnite dont le cœur est Homs. Cette stratégie du régime repose sur le calcul suivant : s’il tombe dans la capitale, il pourra rapidement se replier sur Homs, c’est-à-dire au plus près de la région de sa communauté. Ainsi il sera plus fort pour négocier son avenir.

Cette stratégie du régime n’est pas nouvelle car les officiers nussayrites ont commencé à plannifier la « nussayrisation » de la Syrie depuis leur coup d’état du 8 mars 1963, par la reprise en mains de toutes les écoles militaires – terre, mer air – au profit des jeunes de leur communauté et par l’occupation de tous les postes clé de l’armée et des services secrets, les postes diplomatiques et ceux des gouverneurs des régions. Ils n‘ont ainsi laissé à la majorité sunnite que les postes de deuxième ou troisième catégorie.

GUERRE CIVILE OU GUERRE CONTRE AL QUAIDA ?
Dès le début de la révolution, le régime a su jouer sur la peur des Américains vis à vis du terrorisme d’Al Quaida même si ce dernier n’a aucune crédibilité en Syrie. Bachar lui a formé des groupes terroristes bien plus redoutables que celui de Ben Laden. Les services secrets du régime sont en effet responsables depuis quarante ans de tous les attentats et tueries commis au Liban, en Iraq, en Jordanie et même en Turquie, via le PKK. Bachar possède tous les moyens matériels ainsi qu’un territoire géographique stable, la Syrie et le Liban, ce qu’Al Quaida n’a pas. Il a de plus, en tant que président, les moyens financiers et le contrôle de toute l’économie syrienne. Il bénéficie par ailleurs du soutien de l’Iran et du Hezbollah , ce dernier étant responsable des assassinats et des attentats perpétrés au Liban. Ces trois forces réunies, Syrie, Iran, Hezbollah, constituent depuis 1982 un groupe terroriste unique au proche-orient, voire dans le monde. Sans entrer dans le détail de leur action criminelle, rappelons seulement les massacres de ce régime perpétrés contre les Syriens : 82.000 victimes par Hafez el Assad à Hamas, Alep, Homs et Jusrachougour en 1982, 30.000 victimes lors de la guerre du Liban. Quant aux victimes libanaises, elles sont au nombre de 300.000. Et nous ne parlons même pas des assassinats politiques, comme celui de Rafic Hariri, ou ceux d’intellectuels libanais et syriens. Depuis 16 mois, Bachar el Assad est responsable de la mort d’une trentaine de milliers de Syriens.


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