Chauffeur de bus en Syrie, métier le plus dangereux du monde

Article  •  Publié sur Souria Houria le 7 février 2015

Des voyages de 300 à 400 kilomètres à travers des zones de combats. Même en temps de guerre, les transports publics continuent à sillonner la Syrie. Leurs conducteurs savent qu’ils risquent leur vie tous les jours, mais étant donné la situation économique du pays, ils continuent d’assurer ces voyages entre Beyrouth, la capitale libanaise, Alep, la ville de l’ouest de la Syrie réduite en tas de gravas par les ravages de la guerre, et Rakka, la capitale de fait de l’organisation Etat islamique, qui irradie jusqu’en Irak.

Un bus victime d'une explosion à Damas REUTERS/SANA/Handout via Reuters

 

Le quotidien britannique The Independent a rencontré ces hommes qui, plusieurs fois par semaine, parcourent les routes de ce pays dévasté par la guerre depuis près de quatre ans. Au volant de leur véhicule, ils doivent traverser des lignes de front, accélérer dans les zones d’affrontement et prier pour ne pas se faire kidnapper par les troupes armées du régime de Bachar Al-Assad ou par les djihadistes.

Ces conducteurs assurent le voyage pour les gens qui, malgré la guerre civile qui ravage le pays, veulent toujours aller rendre visite à leur famille ou inspecter ce qu’il reste de leurs propriétés.

Navigation à vue entre l’armée, les rebelles et les djihadistes

L’un de ces conducteurs, Mohammed, un quadragénaire élancé, assure plusieurs fois par semaine l’aller-retour entre Alep et Beyrouth. Il raconte :

« Mon bus a été la cible de tirs à plusieurs reprises. J’ai déjà conduit au travers des combats entre les groupes armés et les troupes du régime. »

Au-dessus de son œil gauche, une large cicatrice témoigne du danger qu’il court chaque jour. « J’étais sur l’autoroute quand tout à coup nous sommes arrivés au plein cœur d’une bataille. J’ai ouvert la porte du conducteur et commencé à courir, mais un obus a explosé à côté de moi. Les éclats du projectile ont coupé mon visage et cassé mon bras », explique-t-il.

Un bus à Alep (AFP PHOTO / AMC / ZEIN AL-RIFAI)

La situation à Alep est en effet particulièrement complexe. La moitié ouest de la ville est occupée par les troupes de l’armée du régime, tandis que la moitié est est sous contrôle des milices rebelles. Autour de ce nœud se succèdent en cercles concentriques des zones contrôlées par le régime, d’autres par les rebelles et par les djihadistes de l’Etat islamique (EI).

Récemment, le président Bachar Al-Assad a commencé à autoriser les transports publics à emprunter une route militaire permettant d’éviter un nombre non négligeable de zones d’affrontement. Mais cette amélioration notable des conditions de travail n’occulte pas le fait que les miliciens n’hésitent pas à se remplir les poches avec ce qu’ils réussissent à soutirer aux passagers.

Au travers des points de contrôle de l’EI

A Rakka, la situation est différente. Cette ville située à quelque 400 kilomètres de Beyrouth est entre les mains des djihadistes de l’Etat islamique qui y ont établi la charia. Pour passer les contrôles, Abed a dû se laisser pousser une épaisse barbe. Les passagers qu’il embarque depuis Rakka à destination du Liban sont essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées fuyant la guerre. Parmi eux, pas de jeunes hommes. L’organisation leur défend de quitter la ville, de peur qu’ils ne rejoignent les rangs des combattants du régime. Abed rapporte :

« Si vous êtes à Rakka, un homme, et né après 1985, je ne peux pas vous vendre de ticket. Les femmes doivent, elles, être accompagnées par un homme et avoir une claire et solide raison pour être autorisée à partir. »

Bien sûr, nombre de leurs collègues sont déjà morts au cours de leur service, tués par un obus ou par une balle tirée par un sniper. Certains d’entre eux sont partis travailler et ne sont jamais revenus, probablement kidnappés par l’une ou l’autre des milices armées.

 

source : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/02/06/chauffeur-de-bus-en-syrie-metier-le-plus-dangereux-du-monde/

date : 06/02/2015

 



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