Cinéma, chants et lectures pour ne pas oublier les Syriens

Article  •  Publié sur Souria Houria le 5 juillet 2011

Quand il avait débarqué au Festival de Cannes, le 11 mai, le cinéaste syrien Oussama Mohammad avait passé sa journée à témoigner, dans un étonnant mélange de calme et de virulence, de la répression qui s’abat dans son pays depuis la mi-mars, au moment des premiers soulèvements contre le régime de Bachar Al-Assad. Le pouvoir est en train de tuer le cinéma d’auteur, alors que le pays compte une nouvelle génération de cinéphiles, dénonçait-il aussi. « Les autorités disent que ces films ne sont pas pour le peuple. Qu’ils sont subjectifs et élitistes » (Le Monde du 14 mai). En l’écoutant s’exprimer ainsi, on se demandait comment il allait être (ac)cueilli à son retour. Finalement, Oussama Mohammad n’a pas pris le vol pour Damas… « Trop dangereux », l’ont dissuadé ses amis.

Il était donc à Paris, au Forum des images, lundi 4 juillet, lors de la soirée de soutien au peuple syrien, « Paris-Damas », organisée par la Société des réalisateurs français (SRF) et le groupe Houria Souria (Syrie-Libre). Les exécutions continuent, les artistes répondent avec leurs oeuvres : des films anciens ou créés dans l’urgence, mais aussi des chants et des lectures. « Ce printemps qu’on assassine appartient à tous (…). Ce soir, le cinéma et la musique parlent pour qu’on n’oublie pas la souffrance du peuple syrien », lit-on dans un communiqué d’Houria Souria, qui réunit intellectuels, professionnels et étudiants syriens en France et/ou Français d’origine syrienne.

Pas besoin de sous-titres. Le court métrage The End, du collectif Abounaddara, créé fin 2010, résume l’intenable : durant 1 minute et 20 secondes, un générique de fin égrène les noms des personnes qui sont mortes pour la liberté en Syrie. Un autre, Vanguards (1 minute et 11 secondes), montre des enfants syriens embrigadés et vociférant des messages de propagande, que des cris de manifestants viennent interrompre. Tourné en partie dans le monastère de Mar Moussa, surplombant le désert syrien, le beau Sourire d’Hassan (2004), de Frédéric Goupil, succède à une ode aux martyrs, Ah Ta goreh, interprétée par la chanteuse lyrique Noma Omran. La jeune flûtiste Naïssam Jalal livre sa composition en hommage à la liberté, Horia, accompagnée par le joueur de oud Yann Pitard. Furieux !

Un puissant matériau

Autre « découverte », le premier film documentaire d’Oussama Mohammad, Pas à pas (1978), vaut autant pour sa qualité cinématographique que pour son intérêt politique. Trente-trois ans plus tard, il reste un puissant matériau pour comprendre la Syrie contemporaine. On peut le voir jusqu’au 23 juillet au Centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec (Seine-et-Marne).

Le cinéaste avait éprouvé le besoin de retourner dans son village d’enfance, à Al Ramah, pour observer la façon dont les petits Syriens sont éduqués : à la dure, dirait-on ici, en voyant ce montage de gifles appliquées par l’instituteur. Mais c’est plus que cela. Ces enfants qui, au début du film, répondent, entre deux jeux, qu’ils veulent devenir « ingénieur » ou « professeur », finissent pour certains par être écoeurés par l’école et s’engagent dans l’armée. « Ce sont les tueurs d’aujourd’hui », résumait Oussama Mohammad, en fin de soirée.

Source : Le Monde
Date : 5/7/2011
http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/07/05/cinema-chants-et-lectures-pour-ne-pas-oublier-les-syriens_1544987_3476.html



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