Compte-rendu de la conférence “défis de l’organisation de l’opposition révolutionnaire syrienne”

Article  •  Publié sur Souria Houria le 9 novembre 2011

Cette conférence organisée à Sciences Po le 24 octobre 2011 née d’un partenariat entre Sciences Po Monde Arabe et Amnesty Sciences Po s’inscrit dans une double perspective : une meilleure compréhension des circonstances dans lesquelles évoluent les opposants syriens (présentation du travail d’Amnesty International) ; et une réflexion sur les défis de l’organisation des forces d’opposition comme alternative structurée au régime de Bashar Al-Assad après la formation du Conseil National Syrien. Avec l’aimable participation de : Abdelhamid Al Atassi, membre du secrétariat général du Conseil National Syrien et signataire de la Déclaration de Damas de 2005, opposant de gauche en exil en France depuis les années 1970. Françoise Lemelle, coordinatrice Syrie d’Amnesty International France. Le dernier rapport d’Amnesty et la carte Eyes on Syria. Oussama Charbaji pharmacien biologiste, activiste et ancien détenu, membre du Conseil National Syrien. Cham Daoud, cofondatrice de Souria Houria (association Syrie Liberté). Le groupe Facebook et le site de Souria Houria. Chady Joneid, médecin, membre du Conseil des révolutionnaires de Deir Ezzor, membre du Conseil National Syrien. Introduction Mélissa Rahmouni et Tamer Mallat de Sciences Po Monde Arabe accompagnés de Léa Clouteau d’Amnesty International prennent brièvement la parole en introduction pour rappeler que l’organisation de cet évènement en seulement une semaine n’était pas aisée mais que les équipes SPMA et Amnesty tiennent à remercier toutes les personnes qui ont rendu possible sa concrétisation, notamment M. Majed, Mlle Jaber, l’association Souria Houria et bien entendu Sciences Po qui a soutenu le projet jusqu’aux derniers détails de l’organisation. Ils évoquent également le contexte particulier dans lequel se tient la conférence puisque plusieurs réunions du CNS sont actuellement en cours en Turquie ce qui explique l’absence de Mme B. Kodmani. La conférence se déroule en trois temps : une première partie axée sur la dénonciation des violations des droits humains et le travail d’Amnesty en Syrie; la seconde centrée sur les défis politiques de l’opposition en présence d’acteurs de l’opposition aux différents profils. Enfin, les trente dernières minutes sont consacrées aux questions du public et au débat. Première Partie : le travail d’Amnesty en Syrie, violations des droits de l’homme en Syrie et à l’étranger Françoise Lemelle, coordinatrice Syrie d’Amnesty France, commence par une note personnelle « je suis heureuse d’être aux côtés des membres du Conseil National Syrien ». Elle rappelle tout d’abord les difficultés qu’Amnesty rencontre pour accomplir son travail en Syrie les frontières étant fermées aux journalistes, ONG et observateurs étrangers. Étant dans l’impossibilité d’obtenir une autorisation officielle, les correspondants se rendent donc dans les pays limitrophes (Jordanie, Liban, Turquie) et conduisent des entretiens avec les réfugiés ou avec des militants et manifestants grâce aux entretiens téléphoniques et à l’envoi de vidéos. Amnesty porte une attention particulière à la vérification des données en Syrie : les vidéos et autres données sont étudiées pour évaluer la portée des évènements par soucis d’authentification. Ceci explique en partie les chiffres publiés dans les rapports qui ne font état que des victimes certaines mais « la réalité est certainement supérieure à ces données » affirme Mme Lemelle. Amnesty informe mais publie également plusieurs rapports faisant état de la situation sur place. Trois rapports ont d’ores et déjà été publiés depuis le début des évènements et un quatrième devait paraître le lendemain de la conférence. Le premier rapport traite des opérations de police conduites au mois de mai dans la ville de Talkalakh où des opposants ont été arrêtés et torturés. Cette « terreur » a entraîné la fuite de milliers de personnes vers le Liban dont certains ont été abattus sur le chemin. De même, les familles d’opposants ont subi de lourdes représailles. Ce rapport fut préalablement vérifié, validé et comporte des informations précises et noms propres pour garantir le crédit de la recherche effectuée. Le second rapport « deadly detention: death in custody » fut publié à la fin du mois d’août et relate la très forte augmentation du nombre de morts en détention (88 en cinq mois contre 5 morts en détention/an sur les années précédentes), et dans la plupart des cas on constate des traces de tortures ayant contribué ou provoqué la mort. Des médecins légistes visionnent les vidéos avec Amnesty pour certifier les atrocités pratiquées sur les corps. Parmi ces détenus « on compte dix mineurs dont le plus jeune avait 13 ans » rappelle Mme Lemelle. Pour sensibiliser et communiquer sur la situation humanitaire en Syrie, Amnesty a mis en ligne sur son site une carte interactive avec le lieu d’origine des morts en détention et la possibilité pour les personnes concernées et compatissantes d’envoyer les photos des détenus. Le troisième rapport aborde le « bras long » des moukhabarat, les violences perpétrées par les services du gouvernement syrien à l’encontre des syriens de l’étranger qui ont manifesté leur opposition au régime Assad. Le rapport dénonce également les représailles sur leurs familles résidant en Syrie. Ils sont physiquement agressés, surveillés par le personnel de l’ambassade ou par des personnes se réclamant du régime. Ce rapport expose le cas de huit pays et dix militants, en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, Suède, au Canada, aux Etats-Unis, au Chili. A la suite de ce rapport, une pétition en ligne sur le site Amnesty.org fut lancée pour faire pression sur les services de sécurité des pays concernés afin d’empêcher le reproduction de ces agissements. La manifestation du 15 octobre à Paris y a fait suite, à l’appel de partis politiques, de syndicats, d’associations syriennes et françaises des droits de l’homme. Enfin, Mme Lemelle évoque les grandes lignes d’un rapport à paraitre le lendemain (Mardi 25, ndlr), concernant les « Hôpitaux de l’horreur ». En effet, des violences terribles sont perpétrées dans les hôpitaux qui reçoivent les manifestants blessés, au mépris du serment d’Hippocrate. Certains blessés sortent plus mal en point qu’ils ne sont entrés, des blessures légères finissant par une amputation ou un meurtre constatés à la sortie du bloc. La violence est également subie par le personnel des hôpitaux subissant l’intrusion de représentants du régime. Mme Lemelle poursuit en rappelant que “le lobbying est la seconde activité principale d’Amnesty”. Moins connue, elle s’élabore auprès du gouvernement français et du Conseil de sécurité des Nations Unies. Vis-à-vis du gouvernement Français, Mme Lemelle explique q’Amnesty “communique directement avec le Ministère des Affaires Etrangères (MAE), et participe occasionnellement à des réunions”. Le MAE suit donc l’évolution de la situation en Syrie de très près, l’Elysée également. Récemment, une lettre fut adressée au président Sarkozy en sa qualité de président du G20, le priant d’oeuvrer à la condamnation des crimes contre l’humanité perpétrés en Syrie (lettre publiée dans Le Monde du 22 octobre). Amnesty a également demandé des mesures plus fermes à l’égard de la Syrie par la saisine de la CPI, un embargo sur les armes vers la Syrie et le gel des avoirs étrangers de la famille Assad et de ses collaborateurs. L’Afrique du Sud, l’Inde et le Brésil se sont abstenus mais avaient pourtant été contactés pour essayer de faire pencher la balance, sans succès. Les demandes d’Amnesty vis-à-vis du Conseil de Sécurité des Nations Unies s’affirment clairement comme en témoigne le communiqué suivant :« il est choquant qu’après plus de six mois d’atroces carnages dans les rues et dans les hôpitaux, la Russie et la Chine aient pu s’abstenir de voter cette résolution, déjà vidée d’une partie de sa substance ». Après l’échec de la résolution, un courrier signé par 29 associations fut adressé à tous les Etats membres de l’Assemblée des NU, avec l’espoir qu’elle puisse agir là où le Conseil de sécurité des Nations Unies semble échouer. Deuxième partie : Les défis de l’organisation de l’opposition révolutionnaire syrienne Cham Daoud, cofondatrice de Souria Houria, prend la parole pour commencer cette seconde partie en se présentant comme “une jeune syrienne intéressée par la politique à la suite des évènements de 2011 en Egypte, Tunisie etc. et par cette unique question : que faire si cela arrive en Syrie ? ». Revenant sur une précision de terminologie, Cham Daoud rappelle que “l’opposition en Syrie n’existe pas au sens où on l’entend dans les pays démocratiques où elle est un pilier de la démocratie et rend possible un contre pouvoir de proposition; cela n’existe pas en Syrie depuis plus de 40 ans.” Les partis politiques tentent de “gratter” des changements de temps à autre, mais “les lois ne sont pas appliquées et les projets finissent au placard”. Même le parti Baath oublie ses objectifs initiaux : la liberté et le socialisme. Les véritables opposants sont maltraités, souvent forcés de quitter le pays. S’exprimant avec sincérité et conviction, Cham Daoud poursuit “le régime n’a cessé de tuer tout espoir de changement dans le cœur des syriens. Pourtant la Syrie n’est pas différente des autres pays arabes, et elle sort chaque jour pour réclamer la liberté.” Le mouvement de la rue a touché toute la société : les opposants s’expriment à la télévision, de nombreux syriens parlent désormais de politique, certains participent à des ateliers de réflexion sur la constitution et les réformes. Les opposants révolutionnaires témoignent de la possibilité de la non-violence et de la voie pacifique. Un exemple marquant de ce positionnement pacifique fut la distribution de bouteilles d’eau avec des fleurs par les manifestants aux membres des forces de sécurité pour les empêcher de tirer sur la marche des activistes. Cette initiative était celle d’un jeune de 26 ans qui est mort depuis cette manifestation. Cham Daoud lit les mots d’un jeune syrien qui sera tué par la suite “les habitants de Syrie, vous, moi, sont les goutes d’une même mer. Personne ne peut ou ne veut tuer quiconque. Personne ne veut tuer en raison de sa religion. Celui qui a trempé ses mains dans le sang des syriens sera châtié plus tard. Cela vaut aussi pour les membres de ma communauté, dont on dit qu’elle veut faire disparaitre toutes les autres.” Elle évoque ensuite la situation des réfugiés syriens à l’étranger mais également à l’intérieur de la Syrie, d’une même ville, fuyant les quartiers violents pour des zones plus calmes, ou fuyant les villes bombardées et victimes des violences policières comme Hama ou Homs pour des villes moins concernées par les manifestations et la répression. Cham Daoud salue l’esprit de solidarité des syriens et la naissance de journaux sous le manteau : Boukra Souria (Demain Syrie) en est à sa 144e édition tandis que l’hebdomadaire Souriyetna (Notre Syrie) fête sa 11e édition. Divers travaux cinématographiques et artistiques abordent cet espoir de démocratie. Il y a seulement deux jours, des membres du mouvement de la non -violence ont déposé des cadeaux emballés sur les pas-de-porte avec ces mots inscrits : “dignité, liberté, justice”. Cham Daoud poursuit en affirmant que la Syrie “fait preuve d’une unité unique, fondée sur la solidarité et le pardon. Au cours du huitième mois de la révolution syrienne, et malgré la durée prolongée de la répression et le nombre de morts, cette période fut très positive pour la construction de la démocratie et la réflexion sur les défis de l’organisation de l’opposition révolutionnaire”. Même si c’est un chemin tumultueux, il est clair. Le but de l’opposition demeure l’établissement d’un programme clair et accessible à tous les pans de la société, et de participer à la mobilisation et l’éveil de la population. Cham Daoud considère qu’aujourd’hui “les portes vers le changement sont ouvertes, il n’y aura plus de retour en arrière, la Syrie a changé et compte bien continuer de le faire”. En résumé, les trois principaux défis de l’opposition sont : conserver le lien avec «le mouvement de la rue», établir un programme clair, simple et transparent, encadrer le mouvement et l’institutionnaliser. C’est au tour de M. Abdelhamid Al-Atassi de prendre la parole; il quitte le premier rang du public et s’installe sur scène. M. Atassi s’exprime en tant que membre du CNS, signataire de la déclaration de Damas en 2005 et en son nom personnel. Il entame son intervention dynamique par ces mots “Il est inutile de rappeler ou de répéter que cela fait plus de 40 ans que le peuple est privé de ses droits, tandis que le clan au pouvoir assure sa pérennité par la violence, comme si le pays et sa population étaient en sa possession. Il est temps pour les syriens de s’engager pour les trois mots d’ordre du “printemps arabe” : liberté, dignité, justice.” Il revient sur le processus de formation du Conseil National Syrien et sur sa structure. C’est en réponse à la demande des révoltés et du peuple syrien et de ses forces vives, et pour affronter la barbarie, que des représentants de l’opposition à l’extérieur ont annoncé “la création du CNS comme cadre de la révolution et de la démocratie future”. Le CNS travaille à “l’intérieur et à l’extérieur pour faire chuter le régime à la tête duquel se trouve Bachar Al-Assad.”. M. Atassi explique que la nouvelle constitution sera soumise à référendum, “elle consacrera un Etat civil moderne articulé autour d’un pacte social, une assemblée constituante, un régime parlementaire assurant l’égalité des droits et devoirs des citoyens sans discrimination religieuse ou ethnique, pour la décentralisation administrative, l’indépendance de la justice et le respect des droits de l’homme” (Déclaration du CNS). L’orateur demande à la communauté internationale “d’assumer ses responsabilités afin de protéger la population et d’arrêter la guerre et les crimes mafieux d’Assad, d’œuvrer avec tous les Etats sur la base du respect mutuel pour garantir l’intérêt national supérieur de la Syrie. Cela serait bénéfique pour tous : une nouvelle Syrie démocratique serait une force de paix et de stabilité dans la région.”. Il revient sur les signataires très divers de la déclaration du CNS : les partis et forces kurdes, l’organisation démocratique des assyriens, des représentants de la société civile, d’honorables tribus, les frères musulmans etc. Ces forces sont représentées par l’assemblée générale de la révolution syrienne composée de 230 membres, et il a été admis qu’ils seraient tous traités sur la base de l’égalité, et que les décisions seraient prises par consentement ou à la majorité des 2/3. La structure du CNS s’avère pratique, convenable, et comporte également un bureau exécutif de 7 membres représentants de chacune de ces forces et doté d’une présidence tournante ; et un secrétariat général composé de 29 membres de ses principales composantes. Des spécialistes et technocrates sont chargés des consultations et composent l’organe juridique du CNS. Le CNS certes est non élu mais formé sur la base d’une coalition ouverte qui a vocation à représenter toutes les composantes de la société syrienne. Celui-ci a été reconnu par les manifestants, il a acquis de facto une légitimité populaire. Ses premières décisions datent du 16 et 17 octobre, il a notamment communiqué par lettre avec les ministres de la Ligue Arabe. Il cherche également à sensibiliser l’opinion et la communauté internationales pour soutenir les droits des citoyens syriens. Oussama Charbaji, pharmacien et membre du CNS, prend alors la parole et accompagne son intervention d’un powerpoint fort instructif. “il est important de comprendre que la révolution actuelle est médiatique” affirme-t-il. Il revient brièvement sur un évènement majeur de l’histoire récente de la Syrie : “pendant des décennies les syriens ont essayé de se révolter et dans les années 1980 une répression terrible s’est abattue sur la ville de Hama sans que personne ne puisse avoir d’images de ce qui s’est passé – on compte entre 15000 et 45000 victimes sans une seule photo-”. C’est à partir de ce constat que les syriens se sont désormais concentrés sur la diffusion de l’information dès le début des événements de 2011 pour créer un mouvement international et pour éviter que la situation de 1982 ne se reproduise à nouveau. Ils essayent également de faire du direct pour protéger les manifestants et délégitimer le pouvoir en place. Il poursuit “les révolutionnaires ont dû créer des agences de presse civiles, avec des activistes bénévoles. : coordonner les activistes en Syrie, apporter une aide logistique, et en plus un travail important de gestion des fonds, donations, relations avec les médias extérieurs, avec les politiques etc… Un travail qui s’avère énorme”. Le travail médiatique des manifestants vise à : Assurer des outils de communication impossibles à interrompre par le régime et démentir le média officiel Permettre la diffusion des données sur le Web : blogs, vidéos, les réseaux sociaux. Suivre des procédures sur le terrain pour gagner en crédibilité. Auto-contrôle pour l’authentification des sources, et si ces sources sont sûres, elles sont transmises aux médias internationaux. Plus de 31000 vidéos diffusées sur internet, par des milliers de sources. Même les médias officiels comme Al-Jazeera ont eu du mal à traiter l’information, et ont consacré des pages spéciales aux diffusions de vidéos. Au départ, les vidéos étaient de mauvaise qualité, courte durée, mal cadrées etc… Et plus le temps passe, plus les vidéos sont ciblées sur les messages, de bonne qualité, avec une augmentation des directs (live) pour démentir les informations des médias officiels qui affirment que ces vidéos sont fabriquées à l’extérieur de la Syrie. Ce travail est donc en progression constante en termes de qualité de l’image et de professionnalisme. Oussama Charbaji nous montre des schémas explicatifs du processus d’authentification et des extraits qui montrent la progression de la qualité d’images (extraits de Deraa, Damas, Hama). C’est enfin le dernier intervenant, Chadi Joneid, médecin généraliste et membre du CNS qui prend la parole avant de laisser le temps au public pour poser ses questions. En tant que médecin il évoque une histoire qu’il connaît personnellement et qui concerne les hôpitaux en Syrie. « Un jeune homme âgé de 18 ans a reçu une balle dans la jambe au cours d’une manifestation. Il arrive à l’hôpital et le chirurgien lui reproche : « comment avez-vous pu vous opposer, sortir contre Bachar ! ». Résultat : au lieu d’extraire la balle, on ampute la jambe du jeune homme ». Chadi Joneid explique qu’auparavant les personnes qui s’opposaient au régime ne se connaissaient pas et que les familles n’apprennaient que le silence à leurs jeunes pour les protéger et protéger leur famille. Certains de ses amis installés en France lui parlent de l’arrestation de membres de leurs familles vivant en Syrie comme moyen de pression. Une question légitime s’est posée à plusieurs reprises : s’il existe une vraie cohésion dans la société syrienne, pourquoi le CNS a-t-il mis six mois pour se former ? Chadi Joneid considère que la société est en réalité très complexe surtout parce qu’il existe une méfiance des uns envers les autres au sein de la population, entre les communautés, un sentiment de méfiance largement entretenu par les Al-Assad. Le conseil est composé de plus de 200 membres et Chadi Joneid qui est l’un d’entre eux explique qu’il a déjà reçu des lettres de reproche de la part de personnes qui souhaitent plus d’actions concrètes de la part du CNS. Mais après avoir fustigé l’opposition qui n’arrivait pas à s’entendre, le CNS fut enfin crée et reconnu par le peuple comme légitime (M. Atassi l’avait rappelé). Aujourd’hui, le CNS attend sa reconnaissance par la communauté internationale, et l’excuse souvent répétée d’une opposition syrienne qui « n’a pas de visage » ne tient plus puisqu’elle est désormais représentée. Alors que certains pays apportent leur soutien au CNS, celui-ci ne peut pas agir sans reconnaissance internationale et “nous savons que les pays arabes ne bougeront pas avant les grandes puissances”. Quant aux inquétudes exprimées sur la question de la place des femmes, Chadi Joneid nous invite simplement à regarder le rôle de toutes ces femmes qui sont sorties dans les rues avec les hommes et qui ont démontré un courage au moins égal voire supérieur à celui des hommes syriens. Les trente dernières minutes ont été consacrées aux questions du public. Vous trouverez ci-dessous quelques détails sur les questions posées et des extraits des réponses données par les intervenants (les réponses ne sont pas complètes) : Question 1: Qu’y a-t-il derrière la responsabilité de protéger (Responsability to Protect) ? Vous ne voulez pas d’intervention extérieure armée, alors qu’attendez vous de l’extérieur ? Professeur Jean-Pierre Filiu Al-Atassi : il cite Fares el Khouri, signataire initial de la convention créant les NU. Il explique qu’on a dépassé les 3000 morts. Mettons les pays devant leur responsabilité, il faut intervenir par le biais d’observateurs indépendants, de sanctions. Il existe encore beaucoup de leviers avant le militaire. Il demande que l’opinion publique internationale défende les martyrs syriens. Question 2 : Les gens ne sont pas des chiffres, des frères et des amis sont sous la torture, comment répondre à l’accusation que c’est un complot ? Des gens soutiennent cette affirmation même en France, comment leur répondre ? Oussama Charbaji : Dire que c’est un complot est la manière la plus simple d’expliquer l’histoire. Le CNS est le signe que ce n’est pas un complot, les gens qui sortent dans les rues, les blessés et les morts, qui peut dire que c’est faux ? Question 3 : Un anonyme du public : il y a des agendas étrangers, des acteurs internationaux qui s’intéressent à cette région. Il est de notoriété publique que les USA et Israël essaient de déconnecter l’Iran et la Syrie, de peur du nucléaire iranien, alors que le plus dangereux est le nucléaire israélien. De plus, il faut que le CNS donne les noms de ses soutiens, et les sources de son financement de façon transparente. Al Atassi : il est honteux de dire encore le mot complot après huit mois de lutte, c’est de la propagande mensongère, personne ne sacrifierait sa vie pour le complot. Le CNS est aussi pour la souveraineté nationale et l’indépendance ; les patriotes nationaux syriens donnent de l’argent (ingénieurs, médecins etc.) et des membres du CNS payent très souvent de leur poche pour couvrir leurs frais et leurs déplacements. On ne marchande pas sur notre honneur, indépendance et fierté. Chadi Joneid : pour le financement des projets, la diffusion directe des images coûte environ 15$ la minute, et des gens paient pour cela. Ils sont le signe de la mobilisation et du changement. Question 4 : La dame qui prend la parole dénonce les soldats américains, aux T-shirts noirs avec des têtes de mort, elle dit que Bush voulait détruire la Syrie, que le rêve démocratique de l’Europe n’existe pas, que l’on est aujourd’hui en dictature en France. Bush veut détruire la Syrie, en 2003 c’était déjà le cas. Est-ce qu’on ne joue pas leur jeu en poursuivant cette chimère. Oussama Charbaji: personne ne fait rien contre la Syrie car tous trouvent leur intérêt dans cette situation. Si les USA ont pu administrer et occuper l’Irak, la Syrie était sûrement complice. Le complot ou les influences extérieures ne vont pas détruire la Syrie, c’est le peuple qui décidera de son avenir. Question 5 sur la vérification des vidéos Pour un manifestant, sortir quelques minutes pour filmer est très dangereux, beaucoup d’entre eux sont ciblés par des tireurs de l’armée. Leur travail est très important pour les journalistes. Ceci demande une certaine technologie pour pouvoir charger sur Internet… Et comme nous l’avons dit il existe une sélection stricte des vidéos fiables alors même que les gens ont été héroïques pour prendre la vidéo. En résumé : il s’agit donc d’une très grande motivation et on opère une sélection des vidéos fiables. Question 6 : Si la solution politique semble impossible, le gouvernement ne semble pas vouloir négocier, comment envisager l’avenir ? Al-Atassi : Assad se sent impuni, donc il continue de frapper et d’écraser la révolution, particulièrement dans ses foyers, Homs ou Hama. C’est pourquoi le CNS envisage une aide internationale pour aider à réduire les violences en Syrie. L’armée est celle du peuple, elle n’a pas été construite à l’origine pour tirer contre les gens. Il y a donc des révoltes, et des défections dans l’armée. Jusqu’à maintenant, les soldats qui répriment sont une ou deux divisions fidèles au pouvoir, ou des jeunes payés, des mercenaires. L’armée régulière n’a pas un grand rôle dans ces répressions. Si le mouvement s’amplifie, on peut s’attendre à un débordement inévitable de l’armée. Question 7 : Question des minorités dans le CNS ? et quel avenir pour elles ? Et sinon, ont-ils rencontré des membres de partis politique français, ont-ils fait des promesses ? Al-Atassi : les slogans, le programme du CNS, sont pour l’unité, et les minorités sont représentées dans le CNS. Nous assurons qu’elles sont bien représentées. Pour nous, les minorités sont la richesse de la Syrie, sa pluralité. La crainte de l’avenir des minorités est plutôt le jeu du régime. Les minorités sont dans la révolution aujourd’hui. Et ce qui est sûr c’est que le régime a emprisonné sans distinction de religion, même si le régime a joué sur la division. La déclaration du CNS maintient les droits des minorités. Cham Daoud: moi je suis de ces minorités, et la révolution est soutenue par toutes les minorités, et de même aujourd’hui les minorités sont dans la rue, se considèrent syriens, les revendications démocratiques unissent tous les syriens. Ce qui se passe en Egypte n’est pas la Syrie, la population est plus dispersée en Egypte. Les syriens sont plus solidaires, il n’y aura jamais de troubles communautaires de cette sorte. Même s’il est certain que beaucoup de travail est attendu après la chute du régime pour travailler sur ces peurs. Intervention d’un spectateur : La citoyenneté en Syrie rallie les minorités : le premier président était kurde, le premier Premier-ministre était chrétien. Une zone de sécurité pour les militaires est insuffisante, il faut aussi protéger leurs familles contre les représailles, ainsi que les militaires des autres unités qui sont châtiés si leurs collègues désertent.

source: http://sciencespomondearabe.com/2011/11/04/compte-rendu-de-la-conference-%E2%80%9Cdefis-de-lorganisation-de-lopposition-revolutionnaire-syrienne%E2%80%9D/



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