Dâ‘esh : un avatar du Baath ? par Ali Jazo (écrivain syrien)

Article  •  Publié sur Souria Houria le 14 septembre 2014

in Al-Hayat, 25 août 2014 – par Ali Jazo (écrivain syrien)

traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier

http://www.alhayat.com/Opinion/Writers/4286300/—-إنها-قناع-البعث؟!

 

Photo_Ali Jazo

Détail piquant : la ville de Raqqa, ainsi qu’une partie de la région d’Alep, toutes deux aux frontières de la Turquie, ce pays « ami du peuple syrien » (sous les yeux duquel Dâ‘esh ne cesse de s’étendre et où des blessés de cette organisation ont été transportés et soignés) ont manifesté deux modes extrêmement contradictoires entre eux d’allégeance trouble : six mois après le début de la Révolution syrienne, Assad était venu en visite officielle à Raqqa pour y « prier » en compagnie de ses shaykhs (dignitaires religieux musulmans, ndt) et des chefs de ses tribus à l’occasion de la fête du Sacrifice de l’année 2011 ! Cette visite avait été précédée d’un effort ‘louable’ du mufti du régime syrien, Hassûn, qui avait offert un festin à ceux des chefs de tribu qui avaient accepté son invitation. En priant sous une tente où ils avaient fait un acte d’allégeance (au régime syrien) annonciateur de leur allégeance à Al-Baghdâdî [le « calife » pan-musulman, ndt], ceux-ci avaient donné l’impression que ladite tente avait été dressée non pas à Raqqa, mais à Al-Qardaha (le fief de la famille des Wahsh alias Assad, ndt) !

Cette ville n’avait pas tardé à tomber soudainement, le département de Raqqa ayant été le premier à avoir été presque entièrement libéré. Sa chute inopinée reste un mystère jusqu’à aujourd’hui, et le fait que ce département se soit entièrement dâ‘eshisé par la suite ajoute encore de l’épaisseur à ce mystère ! Deux ans après la visite d’Assad, un grand nombre de chefs des tribus de Raqqa et de Deir ez-Zor – les mêmes que ceux qui avaient prié aux côtés d’Assad – ont fait allégeance à l’Etat de l’organisation islamiste!

Il n’y a pas eu d’affrontements entre le régime syrien et Dâ‘esh, ce dernier prenant simplement la suite des enlèvements et des assassinats d’activistes civils, des emprisonnements de membres des conseils locaux (il y a de cela quelques jours, c’était le premier anniversaire de l’enlèvement du jésuite italien Paolo dall’Oglio). Raqqa était un fief baathiste, ses tendances religieuses rurales semblaient un mix fait d’abstention de toute confrontation sanglante [avec le régime] et d’opportunisme prudent. Or, il n’en est pas allé de même dans d’autres régions de la Syrie, que Dâ ‘esh avait tenté de conquérir elles aussi. Il avait été facile pour cette organisation de faire mouvement depuis le département irakien d’Al-Anbâr vers celui, syrien, de Deir ez-Zor dont certaines des tribus avaient fait allégeance à Jabhat al-Nuçra [organisation islamiste relevant d’Al-Qâ‘ida, ndt] avant de rejoindre Dâ‘esh en conformité avec leur tradition ancestrale consistant à se ranger du côté du plus fort et du plus riche et où il existait un terreau social baathisto-tribal favorable (en effet, les armes et l’argent ne suffisent pas à expliquer à eux seuls que Dâ‘esh ait réussi à prendre ce territoire sous son contrôle en s’étendant aussi largement sans que des affrontements l’aient stoppé ou au minimum ralenti).

Ce n’est pas un fait du hasard si Dâ ‘esh a pu prendre le contrôle de certaines régions bien définies, mais pas celui d’autres régions. Tandis que cette organisation était battue dans plus d’une région, elle emportait la victoire à Raqqa et à Deir ez-Zor, ainsi que dans le sud du département d’Al-Hasaka, puis elle liait ces régions à leurs prolongations tribales et baathistes à travers le département irakien d’Al-Anbâr et jusqu’à Mossoul. Le vide sécuritaire s’était en effet accompagné d’une acceptabilité sociale et de la possibilité de retirer un profit des revenus liés à cette dominations en numéraires, en munitions, en ventes de pétrole et en désignations d’émirs, de chefs (percepteurs) et de juges religieux analphabètes, dans le cadre de l’installation d’un régime à la fois opportuniste et répressif.

Les agissements de Dâ‘esh s’avèrent similaires à ceux du Baath et d’Al-Assad : soit l’allégeance en échange du profit, soit la répression et l’élimination physique. Dâ‘esh commence là où s’arrêtent l’Armée Syrienne Libre et les activistes locaux. La ‘coalition d’Istanbul’ (de l’opposition syrienne, ndt) se contente d’étudier un au-delà qui n’avance à rien, tandis qu’Assad offre une précieuse opportunité de diviser la Syrie et que les agents de l’Iran en Irak l’aident dans ce domaine avec une fidélité à la fois obstinée et désespérée.

Ce double contexte de violence et de domination permet dans ce cas de vérifier une évidence dont on a toujours ajourné la reconnaissance : Raqqa n’est pas une sœur de Homs, pas plus qu’Alep n’est la sœur jumelle de Damas, et Deir ez-Zôr est plus proche d’Al-Anbâr et de Mossoul que d’Idlib et de Der‘â. Ce sont là des réalités démographiques sociales et tribales en lesquelles réside un reste d’héritage baathiste certes rouillé, mais toujours vivace, souple et capable de s’orienter en fonction du sens du vent.

Au moment où Hafez al-Assad s’était emparé de Damas la Parfumée (Al-Faïhâ’) en 1970, les commerçants, les riches et la plupart des religieux de la capitale syrienne l’avaient soutenu et lui avaient permis de diriger la Syrie durant plus de trente ans. Dans le cas qui nous occupe, le climat d’allégeance ne diffère en rien d’essentiel, les gros commerçants de Damas, dont une des riches épouses avait dit un jour : « Ces Hauranais nous apporteront la liberté ! » étant à l’image de ces chefs de tribus qui concluent de nouveaux pactes d’allégeance bédouine.

C’est la même chose qui se produit de nos jours avec l’organisation Dâ‘esh et ses partisans locaux. Dâ‘esh ne serait-elle pas tout simplement le masque permettant au Baath de continuer à piller et à réprimer ?

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… إنها قناع البعث؟!

علي جازو*

لافتٌ أن مدينة الرقة، حتى جزء من ريف حلب، وهي كلها على تخوم تركيا «صديقة الشعب الســوري» التي تمدد داعش تحت نظرها وجرى نقل جرحى التنظيم وإسعافهم على أراضيها، قدمت نوعين من الولاء الغامض، والشديد التناقض. زار بشار الأسد الرقة بعد ستة أشهر من بدء الثورة السورية، كي «يصلّي» مع شيوخها وزعماء عشائرها صلاة عيد الأضحى عام 2011! وسبـــق الزيارة جهد ممـــنون لمفتي النظام حسّون، فأولم لمن لبّى الدعوة من زعماء عشائر ظهروا قبل الصلاة في خيمة مبايعة سبقت بيعة البغدادي ومهّدت لها، كأنها نُصبت في القرداحة لا في الرقة!

وما لبثت أن سقطت المدينة فجأة، فشكلت أول محافظة محررة بالكامل تقريباً، وبدا سقوطها المفاجئ لغزاً إلى اليوم، حيث تَدَعّشَت كلّها لاحقاً! وبعد سنتين من زيارة الأسد تلك، بايع غير قليل من زعماء العشائر في الرقة ودير الزور دولة التنظيم الإسلاميّ وهم أنفسهم من صلوا برفقة الأسد!

ولم تحصل مواجهات بين النظام السوري وداعش، فالأخير تولى ما يقوم به النظام من خطفٍ وقتل ناشطين مدنيين واعتقال أعضاء في مجلس الحكم المحلي (حلت قبل أيام ذكرى مرور سنة على خطف الأب باولو). كانت الرقة معقلاً بعثياً، وميولها الدينية الريفية بدت مزيجاً من النأي عن مواجهة دموية وانتهازية متحينة. لم يحصل الأمر ذاته في مناطق أخرى من سورية سعت داعش إلى ضمّها، وكان من السهل للتنظيم التحرك من الأنبار إلى دير الزور التي بايعت بعض عشائرها جبهة النصرة ثم انضمت الى داعش على نهج عريق في الوقوف مع الأقوى والأغنى، حيث يستقر حاضن اجتماعي بعثي – عشائري، ولا يكفي توافر السلاح والمال كي ينتشر على النحو الواسع من دون صدامات توقفه أو تعيقه.

وليست مصادفة أن تتمكن داعش من السيطرة على مناطق محددة من دون أخرى، ففيما هي تهزم في غير منطقة، تربح في الرقة ودير الزور وجنوبي الحسكة، ثم تربط تلك المناطق بامتدادها العشائري والبعثي في الأنبار وصولاً إلى الموصل. الفراغ الأمني ترافق مع قبول اجتماعي ومع الاستفادة من عائدات السيطرة، أموالاً وذخائر ومبيعات نفط، وتعيين أمراء وقادة (جُباة) وقضاة شرعيين أمّيين، بوصفه جزءاً من إرساء نظام نفعي قمعي مركّب.

تبدو أساليب داعش شبيهة بأساليب البعث والأسد: إما الولاء مقابل التنفع، أو القمع والتصفية الجسدية. تبدأ حدود داعش حينما تنهار حدود الجيش الحر والناشطين المحليين، ويكتفي ائتلاف اسطنبول بالنظر الماورائي الذي لا يقدم على شيء، فيما يقدم الأسد فرصة ثمينة لتقسيم سورية، ويساعده أتباع إيران في العراق بإخلاص يائس دؤوب.

تسمح بيئة العنف والخنوع المزدوجة ها هنا بما يسمح به اعترافٌ مرجأ. الرقة ليست قرينة حمص، ولا حلب توأم الشام، ودير الزور أقرب إلى الأنبار والموصل منها إلى إدلب ودرعا. حقائق كهذه ديموغرافية اجتماعية عشائرية، فيها مزيج من ثراث بعثي مهترئ، لكنْه ملبٍ ومطواع وقادر على التلوّي كيفما هبت الريح.

حينما استلم الأسد الأب دمشق «الفيحاء» في 1970، كان تجار دمشق وأغنياؤها ومعظم رجالات دينها هم من ساندوه ومكّنوه من حكم سوريا طوال ثلاثة عقود، وهنا لا تختلف بيئة المبايعة من حيث الجوهر، فتجار الشام، ممن قالت إحدى سيداتها الثريات يوماً «الحوارنة رح يجيبولنا الحرية!» صورة من زعماء عشائر المبايعات البدوية الجديدة.

أمرٌ شبيهٌ يحدث مع تنظيم داعش وأنصاره المحليين. فهل داعش، والحال هذه، قناع البعث نهباً وقمعاً.

* كاتب سوري.



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