Dans la Syrie de Bachar Al Assad, la désinformation est aussi une affaire de famille – par Igance Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 5 mars 2012

En complément à l’article intitulé « Sur la Syrie, la propagande à longueur de commentaire », mis en ligne le 24 février sur le blog des médiateurs du Monde.fr, on lira avec intérêt une brève information récemment publiée par le site All4Syria, de l’ancien baathiste Ayman Abdel-Nour. Il y rapporte que, lors d’un récent reportage, la chaîne d’information syrienne « Al Akhbariya » a présenté le témoignage d’un « citoyen, victime innocente du terrorisme de groupes armés ». Or il n’a pas tardé à apparaître que cette malheureuse victime était en fait l’un des pires voyous de la famille Al Assad.

Karam Al Assad répondant aux questions d’Al Akhbariya

L’intéressé répond au nom de Karam Al Assad. Il est né en 1987. Comme tous les membres de la famille présidentielle, il est originaire de Qardaha. Mais il habite à Damas. Il est le fils du général Zouheïr Al Assad, qui est né en 1958 et qui est marié à une lointaine cousine, Da’ad Al Assad. Son père commande le 90ème régiment, une unité forte de quelque 10 000 hommes, chargée de « protéger » la capitale, autrement dit, puisqu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, d’assurer la protection de la famille présidentielle contre la population.

Karam Al Assad

Par sa mère, Karâm Al Assad a aussi de qui tenir. Da’ad Al Assad est en effet une fille de Anwar Al Assad, dont le père, Ahmed Al Assad, était un demi-frère de Hafez Al Assad, issu d’un premier mariage de leur père commun, Ali Soleiman Al Assad. La réputation de ses trois oncles maternels, Hilal, Ha’el et Haroun, est solidement établie en Syrie.

– Le premier, Hilal Al Assad, est le président de l’Association syrienne du cheval arabe. Il est propriétaire de l’écurie de course « Al ‘Arîn », fine allusion à « l’antre du lion ». Sa fortune provient des détournements de fonds commis au détriment de l’entreprise de construction militaire Iskan Askari, dans le gouvernorat de Lattaquié.

– Le second, Ha’el Al Assad, est le chef de la Police militaire de la 4ème division, dont le commandant en titre est le général Ali Ammar, mais dont le véritable patron est son cousin, Maher Al Assad. Il est aussi le directeur de la prison particulière dans laquelle le frère cadet du chef de l’Etat détient « ses » prisonniers en marge de la Loi.

– Le troisième, Haroun Al Assad, est un élu municipal du village de Qardaha, où il siège, depuis le mois d’août 2007, en compagnie de sa cousine Nawwâr Wajih Al Assad.

Avant de se lancer dans la propagande en faveur du régime, Karam Al Assad avait montré de quoi il était capable lors de l’attaque menée, le 27 août 2011, contre la mosquée Al Rifa’i de Kafr Sousseh. Alors que l’un des officiers des moukhabarat qui contrôlait l’opération avait donné l’ordre de ne pas intervenir, le jeune Karam avait tenu à manifester son zèle familial et sa volonté d’en découdre. Comme un autre voyou connu, Moujahed Ismaïl, il avait conduit son groupe de chabbiha dans l’assaut contre les fidèles qui achevaient pacifiquement de célébrer la Nuit du Destin. L’affaire s’était conclue par deux morts et des dizaines de blessés.

De façon plus générale, on rappellera encore une fois, à l’intention de ceux qui pourraient être troublés par les informations déposées sur ce blog par des visiteurs en désaccord avec son orientation favorable au peuple syrien et à la satisfaction de ses justes revendications, que l’information est loin d’être neutre en Syrie. Il y existe un ministère de l’Information, dont la fonction, comme partout ailleurs, n’est pas de favoriser l’accès des citoyens à la connaissance de la vérité et de les inciter à la critique, mais d’ancrer dans leurs esprits ce qu’est la vérité décidée par le régime. A l’inverse du ministère de l’Intérieur, dont le titulaire est souvent un sunnite, de manière à pouvoir imputer à un membre de la communauté majoritaire la surveillance et éventuellement la répression exercées sur la population, le détenteur du maroquin de l’Information est très souvent un alaouite. C’est qu’il s’agit, comme la Défense et beaucoup plus que les Affaires étrangères, d’un ministère de souveraineté.

Presse syrienne (Ali Farzat)

L’agence de presse SANA, acronyme de la Syrian Arab News Agency, dont le précédent directeur, Adnan Mahmoud, est l’actuel ministre de l’Information, est chargée de diffuser auprès des médias syriens et à l’étranger le point de vue du pouvoir sur les faits, les situations, les évolutions, les chiffres, etc. Passant sous silence tout ce qui est de nature à gêner les responsables, qu’il s’agisse d’échecs ou de faits délictueux, elle rapporte en détail ce qui est dépourvu d’intérêt mais dissimule la plus grande partie de ce qui est essentiel. Et, quand cela arrange le régime, elle n’hésite nullement à se livrer à de la désinformation.

Les quotidiens, pour la majorité détenus par le pouvoir, le parti Baath ou le gouvernement, sont contraints de puiser en priorité à cette source. Les Syriens qui disposent aujourd’hui d’accès à bien d’autres moyens d’information, via Internet et les antennes satellitaires, ne les achètent plus. Il est devenu difficile de trouver aujourd’hui en Syrie un baathiste qui n’ait pas honte de revendiquer la lecture quotidienne du journal de son parti… S’ils ne disposaient du soutien que les autorités leur octroient via la publicité, tous ces journaux seraient tous en faillite. Créés pour satisfaire les demandes de membres ou de proches de la famille présidentielle, les publications privées veillent à rester dans la ligne. Comme le quotidien « Al Watan » de Rami Makhlouf, cousin et homme d’affaires du chef de l’Etat, ou la télévision « Dounia TV », elles se livrent souvent à la surenchère sur les questions liées au nationalisme de la Syrie et à ses positions de résistance aux complots internationaux.

source: http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/02/25/dans-la-syrie-de-bachar-al-assad-la-desinformation-est-aussi-une-affaire-de-famille/



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