David Lesch – Pourquoi Assad va rebondir puis tomber

Article  •  Publié sur Souria Houria le 12 mai 2011

Ayant rencontré le president syrien Bashar al Assad à maintes reprises je peux affirmer qu’il a été sincèrement surpris que le tumulte arabe se soit propagé dans son pays. Comme tant d’autocrates au fil de l’histoire, il pensait vraiment être a l’abri et croyait même être populaire!!

Il aimait a dire que son pays etait « différent ». Il le voyait certainement immunise contre la vague de soulevement qui assaille les pays arabes. Les portes-paroles du regime se sont empresses de se faire l’echo de cette théorie,soulignant au passage que »les dirigeants trops âgés des dits pays,etaient non seulement déconnectés de la realite mais encore de vulgaires laquais des Etats Unis ». Ce qui impliquait surement que M. Assad,45 ans,et donc remarquablement jeune par rapport a ses confrères autocrates cernait mieux la jeunesse arabe, brandissant a qui voulait l’entendre ses positions à l’encontre des Etats Unis et d’Iraël, attitude qui lui a valu une certaine popularite dans « les rues arabes ».

Un mois plus tôt, on spéculait encore pour savoir si oui ou non M. Assad-qui s’est longtemps presenté comme etant different de feue son pere-sanctionnerait une vague de protestations. Maintenant, l’espoir n’est plus. Il a confie a ses troupes et ses chars la « rude » tâche de réprimer les manifestants, massacrant dans la mêlee quelques 600 personnes et le nombre est à la hausse.

Etant donné le cours des evenements de ces dernieres années, ca ne devrait surprendre personne. En effet, une rencontre avec lui fut pour le moins dire eclairante.Ce fut en 2007, à l’occasion du referendum qui devait determiner s’il « remportait »ou non un autre mandat presidentiel de 7ans (Il était le candidat unique !!!). Suivirent ensuite des défiles qui rappelaient les célébrations de Saddam Hussein.Là pour la premiere fois j’ai senti qu’il venait de succomber à l’aphrodisiaque du pouvoir. Les sycophantes l’avaient convaincu que le bien etre de la Syrie etait synonyme du sien et qu’il devrait s’accrocher au pouvoir a tout prix!!

Maintenant plusque jamais il apparait comme la réincarnation, le juste heritier de son pere,Hafez Al-Assad,qui avait férocement réprimé le soulevement des militants islamistes en 1982. En ce moment,il semble reprendre le controle et je pense qu’il se croit capable de s’en sortir. Il a apres tout bel et bien survecu aux répercussions de l’assassinat de Rafic A-Hariri, en 2005 dans lequel la Syrie fut impliquee.

Pour le moment il s’est retiré dans une forteresse sectaire, ayant apparemment l’intention de maintenir au pouvoir sa minorite alaouite.

A cette periode critique de son »regne »il a opté pour la violence,particulierement grâce aux des généraux alaouites a la tête de son armée.

Comment va-t-il faire pour retrouver sa légitimité d’antan?? Tandis que les manifestations continuent,la communaute internationale lui donne une marge de manoeuvre craignant ce qui se passerait en Syrie et dans la region s’il venait a succomber. Il semble en profiter pour mieux étouffer le soulevement.

Si le régime venait a survivre, je m’attends a le voir s’engager sur la voie d’une certaine réforme pendant que les generaux regagneront leurs casernes. Ma crainte est qu’il se contente de réformes economiques, jetant au peuple un semblant de réformes politiques tellement loin de leurs revendications!! Un Etat autoritaire classique est par definition l’état par defaut du regime. La corruption, l’inertie institutionelle ainsi qu’un appareil repressif sans faille ne cessent de chauffer son instinct de survie. M. Assad espere sans doute que la repression éteindra la flamme qui a renversé les regimes tunisien et egyptien il y a quelques mois.

Comme par le passé, il continuera de croire qu’il a accordé d’importantes concessions, mais le Moyen Orient d’aujourd’hui n’est plus le même. Le rythme du changement est plus difficile a inverser a long terme et il pourrait se trouver confronté à une opposition plus determinee et plus tôt qu’il ne le pensait. Il s’est fourvoyé en croyant la Syrie differente. L’essence meme du »Printemps Arabe » est que le peuple en a marre des autocrates.L’Occident peut pour des raisons politiques faire semblant d’accepter ces reformes,mais pas le peuple. Pour le moment il survit, mais il ne regne plus et finalement il finira pas rejoindre le banc des ex dictateurs arabes.

L’auteur, professeur d’histoire du Moyen Orient à l’Université San Antonio, Texas a publié « The New Lion of Damascus: Bashar al-Assad and Modern Syria » (Le nouveau lion de Damas : Bachar Al-Assad et la SYrie moderne)

Source : FT – By David Lesch / Traduit par SouriaHouria
Date : 10/05/2011
Version anglais  http://www.ft.com/cms/s/0/f18116b0-7b36-11e0-9b06-00144feabdc0.html



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