Débat CNS 21/11/2011 – Intervention de Madame Bassma Koudmani

Article  •  Publié sur Souria Houria le 24 novembre 2011

Madame Bassma Koudmani, porte parole du CNS

Le CNS est agité par la formation de l’opposition et par la nécessité d’affronter de nombreux défis. Il doit porter la cause dans la bonne direction. Cette cause est fragile, le chemin est semé d’écueils et de dangers, et nous savons que toutes les forces syriennes ne suffiront pas.

Présentation de l’action du CNS

Le CNS est né fin août 2011 dans une première version, essentiellement composée de personnalités indépendantes, quelques technocrates, quelques militants politiques – plutôt des « consciences politiques » au regard des difficultés voire de l’impossibilité de développer un mouvement politique en Syrie jusque là –, mais également beaucoup de syriens de l’étranger.

De nombreux d’efforts ont été réalisés pour représenter le plus fidèlement possible le mouvement révolutionnaire présent sur le terrain. Ce premier noyau est appelé la « coalition des 74 ».

Par la suite, des discussions avec d’autres personnes, avec des formations politiques traditionnelles, avec les coordinations locales et un groupement de formations kurdes ont abouti à un nouveau groupe élargi, le 2 octobre 2011, constitué de 5 composantes (les coordinations locales, la Déclaration de Damas, les Frères Musulmans, des groupes de mouvements kurdes, le noyau de base).

A l’origine il y avait un émiettement total, et ce n’est qu’au fil des discussions que les différentes composantes des coordinations se sont fédérées en trois grands pôles auxquels s’ajoutent les coordinations locales des grandes villes.

Le CNS a veillé au respect de différents critères de représentativité et d’inclusivité :

–       Critère politique de cette coalition : il n’est pas question d’opérer une distribution sur des bases ethniques, religieuses, confessionnelles, géographiques, etc.

–       Critère correcteur pour inclure et représenter le plus fidèlement possible toutes les composantes de la société au sein du CNS.

(Le CNS est conscient que le pouvoir a joué et joue toujours très activement sur la diversité existant au sein de la société syrienne, notamment sur la carte confessionnelle.)

 

Le CNS a dégagé un ensemble de principes politiques :

–       il oeuvre pour la chute du régime, dans toutes ses composantes, en commençant par sa tête ;
–       il refuse le dialogue avec le pouvoir, un tel dialogue n’est pas légitime ;
–       il vise à la création d’un système politique démocratique, pluriel  la garantie du respect des droits de tous les groupements sociaux et la représentation de la diversité de la société syrienne. Par exemple, une des composantes majeures en Syrie qui se considère comme brimée, ce sont les tribus. La réponse du CNS est qu’il s’agit d’un facteur dont il tient compte même s’il ne s’agit pas d’un principe d’organisation politique.

Mme Kodmani a souligné à ce moment-là qu’un programme du CNS est disponible en anglais et arabe sur le site du CNS depuis le 20 Novembre (la traduction en français est en cours). Il s’agit de sa vision de la Syrie de demain, celle d’un Etat qui se veut civique, qui respectera les droits de tous, qui protègera toutes les communautés qui composent la Syrie (« communautés » et non « minorités », le CNS n’aime pas ce terme).

Priorités du CNS

Sa principale priorité, rappelée à plusieurs reprises lors de la soirée, est de représenter le mouvement révolutionnaire de la rue et non les grandes idées intellectuelles qui peuvent penser la société syrienne.

Cela pose des difficultés, beaucoup de personnes sur le terrain sont inconnues à l’étranger, mais ce sont eux les vrais leaders du mouvement, les jeunes. Certains d’entre eux sont sortis de Syrie il y a peu, après concertation avec d’autres personnes sur place, car ils ont décidé qu’ils seraient plus utiles à l’extérieur.

Le CNS veille à encadrer le mouvement de la rue et doit travailler de la manière la plus démocratique possible. Un certain nombre de difficultés se pose dans ce cadre, notamment en raison de l’éloignement géographique, de cultures de travail différentes, etc.

Actuellement, le CNS est composé d’une grande assemblée générale (environ 200 personnes), d’un secrétariat général (30 personnes) et d’un bureau exécutif (7 personnes). Mais la structure demeure mouvante, le CNS est appelé à évoluer et à s’élargir.

Dans les faits, après l’annonce de la création du CNS, les structures de fonctionnement se sont progressivement mises en place. Cette unification enfin réalisée a suscité de grandes attentes auxquelles le CNS n’a pas pu répondre immédiatement et il est vrai que cela lui a nui.

Le CNS avance constamment avec le soutien des jeunes mais ceux-ci restent vigilants et tirent constamment la sonnette d’alarme. Ce sont les jeunes de la rue qui ont trouvé le mécanisme de déstabilisation du pouvoir, tout le crédit leur en revient (Mme Kodmani précise à ce moment : « nous, nous n’avons pas su le faire »). Le CNS met tous ses efforts à leur service. Ces jeunes font preuve d’une grande maturité et d’une grande clarté de vue. Ils constituent aussi un facteur correcteur dans l’action du CNS et la meilleure garantie contre un fonctionnement partisan grâce à leur critique constructive. En effet toute formation politique peut penser de manière étriquée et partisane mais ces jeunes l’en empêchent.

Les défis du CNS

–       Le défi de la protection des civils

Elle est demandée par la rue et le CNS y est très attentif. On voit dans la rue des pancartes appelant à une intervention militaire, à une zone d’exclusion aérienne, à une protection internationale. On voit aussi des slogans qui divisent les syriens et qui, à mesure que la répression se prolonge, témoignent d’une radicalisation de la demande.

Le CNS ne peut pas ignorer cela, sinon il sera dénoncé par la rue. Mais c’est un exercice politique difficile que de formuler un discours politique responsable à partir de ces demandes.

Le CNS demande « la protection de la population civile ». Le rôle des pays arabes est légitime aux yeux du peuple syrien, le plus panarabe dans sa culture. Le CNS souhaite avancer dans un cadre arabe et faire en sorte que la Ligue Arabe puisse peser de tout son poids. Mais la Ligue Arabe dispose d’instruments limités, et elle-même souligne que la communauté internationale est derrière elle.

L’affaire est difficile au conseil de sécurité des Nations Unies où pèsent le véto de la Russie et de la Chine.

Mme Koudmani précise ici qu’elle se gardera bien de parler des options à venir. Dans l’immédiat, la Ligue Arabe doit se réunir prochainement pour étudier de nouvelles options, il n’est pas possible de savoir aujourd’hui ce qu’il en ressortira.

Quant à la question de la souveraineté de la Syrie, un pouvoir qui s’en prend à sa propre population perd de facto sa souveraineté.

–       Le défi de l’Armée syrienne libre (ASL)

Les défections se multiplient au sein de l’armée. L’ASL s’impose, il s’agit de savoir comment gérer ce phénomène pour se coordonner avec les déserteurs et l’ASL.

Un pôle a émergé en Turquie, avec à sa tête le colonel Ryad al-Assad. Son rôle actuel est de protéger les civils dans les manifestations pacifiques – ; mais conserver le caractère pacifique du mouvement est une priorité pour le CNS.

Au-delà, l’action de l’ASL va poser des problèmes au CNS. Un dialogue a été entamé avec l’ALS, visant à ce que les militaires se conforment aux orientations du CNS et s’engagent sur la nécessité de conserver à la révolution sa nature pacifique.

Pour l’instant, l’ASL est mal coordonnée, il ne s’agit pas d’un ensemble parfaitement structuré et des initiatives ont lieu au niveau local. La création d’un conseil militaire il y a dix jours et quelques actes isolés posent des difficultés.

Il existe des principes auxquels l’ALS doit se conformer si elle veut que le CNS soit son adresse politique, et le CNS espère que l’ALS adhèrera à son programme politique.

–       Le défi de la sortie de crise et de la transition

La phase de sortie du système actuel est peut-être la plus dangereuse.

Le CNS a été sollicité (en tant que mouvement d’opposition large), à la fois par la rue et par les interlocuteurs arabes et internationaux pour arriver à un consensus sur une vision de la manière de sortir de la crise. Le CNS est en passe de développer un programme commun sur ce sujet.

Source : Prise des notes par SouriaHouria avec l’aide des étudiants de Sciences PO



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