Disparitions forcées en Syrie : les fantômes de la guerre – par Amnesty International

Article  •  Publié sur Souria Houria le 3 septembre 2014

Personne ne connaît le nombre exact de victimes de disparition forcée en Syrie, mais elles se comptent par milliers. Ce chiffre est monté en flèche depuis 2011, probablement du fait de la répression exercée contre tous ceux qui s’opposent au régime du président Bachar el Assad.

Mohamed Bachir Arab est un médecin de la ville d’Alep, dans le nord de la Syrie. Le 2 novembre 2011, il a indiqué à des amis qu’il allait retrouver un ami. C’est la dernière fois que ses amis et sa famille ont eu de ses nouvelles. Il a peut-être été victime d’une disparition forcée pour avoir participé à l’organisation de manifestations pacifiques dans sa ville. Il n’y a aucune certitude, il a simplement disparu.

Mohamed Bachir Arab, victime de disparition forcée depuis le 2 novembre 2011.

Mohamed Bachir Arab, victime de disparition forcée depuis le 2 novembre 2011, avec sa mère et sa femme. © DR

 

Sa famille a appris son arrestation par des rumeurs sur les réseaux sociaux et lorsque son nom a été mentionné dans un rapport d’Al Jazeera sur des arrestations de militants syriens. D’anciens détenus affirment l’avoir vu dans un hôpital militaire d’Alep, il aurait aussi été aperçu dans trois autres centres de détention de Damas.

Cependant, le gouvernement ne leur a jusqu’à aujourd’hui fourni aucune indication quant à son sort ou son lieu de détention, malgré de nombreuses demandes.

Le cas de Mohamed n’est pas isolé.

LA DISPARITION FORCÉE SYSTÉMATISÉE

Les disparitions forcées en Syrie se poursuivent, plus d’un an après que les Nations unies ont exigé que la Syrie mette fin à cette pratique odieuse.

En Syrie, des personnes sont régulièrement jetées dans l’abîme de la détention secrète, ce qui prouve que les autorités recourent systématiquement aux disparitions forcées afin d’écraser l’opposition ».

Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Bien que le Conseil de sécurité des Nations unies ait adopté en février une résolution demandant la fin des disparitions forcées et des autres violations des droits humains, d’innombrables personnes perçues comme des opposants au gouvernement syrien – notamment des militants, des journalistes, des professionnels de la santé et des avocats – sont fréquemment enlevées dans la rue ou chez elles, avant d’être avalées par un véritable trou noir.

Les disparus sont placés au secret dans des lieux de détention inconnus à travers la Syrie. Beaucoup sont incarcérés dans des conditions inhumaines et, ayant été soustraits à la protection du droit, sont soumis à la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements. Un nombre inconnu d’entre eux ont été tués alors qu’ils trouvaient en détention secrète.

CARTE BLANCHE POUR LE GOUVERNEMENT SYRIEN ?

En février, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies se sont engagés à « prendre des mesures supplémentaires » si la résolution n’était pas respectée. Pourtant, six mois plus tard, le gouvernement syrien continue à mener une implacable campagne d’intimidation à l’égard des dissidents.

Les promesses selon lesquelles les membres du Conseil de sécurité des Nations unies prendraient des mesures contre ceux qui enfreignent de manière flagrante les termes de la résolution n’ont manifestement pas été tenues. Dans les faits, cela revient à donner au gouvernement syrien carte blanche pour poursuivre son impitoyable campagne de disparitions forcées en toute impunité ».

Philip Luther

La résolution demandait par ailleurs la levée des sièges et le libre passage de l’aide humanitaire, ainsi que la fin des détentions arbitraires et des actes de torture attribués aussi bien aux forces gouvernementales qu’aux groupes armés.

 

 

Elle précise que toutes les personnes faisant l’objet d’une détention arbitraire, parmi lesquelles figurent de nombreux prisonniers d’opinion, doivent être immédiatement libérées.

FACE À L’INERTIE INTERNATIONALE, NOUS DEVONS AGIR

Alors que des informations font état d’une utilisation systématique et généralisée de la torture et d’autres mauvais traitements, et de plusieurs milliers de décès en détention, les familles et les amis des personnes disparues en Syrie continuent de vivre dans l’angoisse, craignant pour la sécurité de leurs proches et espérant chaque jour leur retour.

Aujourd’hui, à l’approche de la Journée internationale des victimes de disparition forcée, samedi 30 août, nous vous demandons d’agir avec nous pour mettre en relief la difficile situation des Syriens dont on ignore le sort depuis qu’ils ont été enlevés par l’État. Ne les oublions pas.

Pour aller plus loin : lire notre questions-réponses sur les disparitions forcées

LIRE/TELECHARGER LE RAPPORT

Pas d’impunité pour les disparitions forcées
Index AI : IOR 51/008/2014
Date de publication : 29 août 2014

source : http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Violences/Justice-internationale/Actualites/Disparitions-forcees-en-Syrie-les-fantomes-de-la-guerre-12413

date : 29/08/2014

 



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