En attendant la nouvelle urgente- Amjad Nasser

Article  •  Publié sur Souria Houria le 4 janvier 2013

Nous entrons dans une nouvelle année sans qu’ aucune solution politique à la catastrophe syrienne n’apparaisse à l’horizon. Il y a eu un mince filet d’espoir dans le sourire de Lakhdar Ibrahimi avant sa dernière visite à Damas, mais très vite ce fragile espoir s’est dissipé après sa rencontre avec Lavrov, la “clé” de la solution attendue. Le visage d’lbrahimi s’est renfermé à nouveau, et il annonça à ceux qui veulent bien entendre et ceux qui ne le veulent pas: “soit il y a une solution politique ou c’est l’enfer!” Les Syriens n’ont pas vu de solution politique espérée, par contre, ils voient tous les jours ces images de l’enfer. L’enfer a ouvert ses portes très tôt en Syrie, mais l’Ibrahimi ne l’a pas vu ou peut être ne considère- t- il pas ce qui est déjà arrivé, comme le véritable l’enfer. Si la destruction des villages, des communes, des bourgs et des villes n’est pas l’enfer, si lâcher des bombes et des tonneaux de dynamites sur les vivants et les morts, n’est pas l’enfer, si les exécutions sommaires et le tranchage au couteau des membres et des corps d’hommes de femmes et d’enfants n’est pas l’enfer, si exiler des centaines de millier de personnes et les laisser errer au dehors, sans toit ni refuge dans le pays, et au delà des frontières, si obstruer tous les horizons de l’espoir pour s’en sortir n’est pas l’enfer alors qu’est ce que l’enfer?….

C’est une année catastrophique, qui s’est écoulée en Syrie, à tous points de vue. Nous voilà entrés dans une nouvelle année, obscurcie par les incendies, sans que rien ne prédise que le pire est derrière nous. Rien de ce qui se passe en Syrie ou à l’extérieur n’augure de quoique ce soit de bon. Ni le régime, qui s’enfonce dans ses crimes n’a compris que sa solution militaire est un échec et que davantage de meurtres ne conduiront  pas à un revirement dans le cours du “conflit”; que les choses ne reviendront plus comme avant…ni le monde extérieur n’accorde une véritable attention efficace à ce qui se passe en Syrie, de manière à prendre des initiatives de n’importe quelle manière ou sous n’importe quelle forme, pour arrêter l’écoulement de cette rivière de sang et imposer une “solution historique” à tout le monde.

Il y avait un certain intérêt relatif envers les événements en Syrie, tant que le nombre des morts ne dépassaient pas les doubles cases, mais curieusement, l’intérêt recula proportionnellement à l’intensification de la violence et son développement en meurtre de masse…Il y a un an, le monde a frémi à l’image de l’enfant Hamza El Khatib, torturé et tué par le régime. Aujourd’hui, les images des tueries de famille entières, de quartiers  et de villages ne font bouger personne … tuer chaque jour et le crime se transforme, d’exception il devient ordinaire, une habitude…Les sens, les yeux, les oreilles et le coeur s’adaptent, se formatent avec les tas de cadavres, les êtres qui errent, et les appels au secours qui restent sans réponse. Avec le temps, le fait du crime permanent, se transforme en habitude, pire encore, il devient lassant. C’est ce qui arrive à la catastrophe syrienne, les regards s’en détournent totalement.

Y’ a-t-il là, un message au régime, plus éloquent que ce silence ( le véritable contenu d’un complot mondial), pour qu’il poursuive son suicide politique? Un message qui ressemblerait à de la connivence, un feu vert, ou dans le meilleur des cas à de l’indifférence? Je me demande si cette mafia qui entoure Bachar et le pousse à plus de crimes, l’encourage finalement  plus que ce mutisme total de la politique occidentale; cette politique hypocrite qui dit quelque chose et en fait d’autres. Nous ne parlerons pas de la Russie, car c’est elle qui tue maintenant les Syriens. C’est elle qui empêche toute issue à cette catastrophe. Une catastrophe qui va faire reculer la Syrie pour des décennies. Le despotisme stalinien, qui reluque dans les politiques russes aujourd’hui qui est l’ennemi du peuple syrien et son problème. Ce n’est pas tant parce qu’il fournit Bachar et ses mercenaires en armes, mais parce qu’il empêche toute solution politique qui pourrait

sauver la Syrie de sombrer dans un destin obscur. Et aussi, parce que la Russie est entrée avec  l’Occident dans le sale jeu des états, au détriment du sang des Syriens.

On pourrait en déduire que la Russie, cherche, sans se presser, à être payée pour un accord politique en Syrie. Car après tout, la Syrie, n’est pas son pays et ceux qui sont tués et exilés ne sont pas son peule. Mais alors, qu’est ce que Bachar espère, en poursuivant ainsi son suicide politique? Qu’est ce qui le tente aujourd’hui, maintenant que la terre de Syrie s’est teintée de sang. J’aimerai vraiment savoir. Espère-t-il vraiment que les aiguilles du temps, vont remonter en arrière? Est-ce qu’on peut tourner la page sur ce qui s’est passé : des dizaine de milliers de morts, des centaines de milliers de blessés, des millions de déplacés, des villages, des bourgades et des quartiers , rasés et effacés de de la terre?

Est ce possible? comme ce n’est pas possible, et puisque son maintien du pays est aussi impossible à garder, que cherche t-il en insistant sur le massacre de son peuple et son pays? Si ce peuple était le sien il ne lui aurait pas fait ce que même un ennemi ne ferait pas. Si la Syrie était son pays, il ne lui aurait pas fait ce que même un  occupant ne ferait pas. Les Syriens ne sont  pas son peuple et cette terre n’est pas son pays. Un despote n’a pas de peuple il n’a que des esclaves, il n’a pas non plus de pays, il a une ferme. De plus, un despote ne pense pas comme nous. Ainsi lorsque j’ai dit : j’aimerai savoir ce que Bachar pense, c’est parce qu’il ne nous ressemble pas, surtout depuis que son masque de “médecin” , “de jeune président” ayant fait ses études en Occident, qui mange du pain et marche comme nous dans le rue, est tombé. Non il n’est pas comme nous. C’est pour cela que nous avons échoué à le comprendre et à nous faire un jugement sur lui, et nous continuons à échouer pour comprendre ce pourquoi, il se bat!?? Un despote n’est pas comme tout le monde. Si c’était le cas, Kadhafi ne serait pas mort de cette mort odieuse.

Il avait une porte de sortie, il l’a fermée lui- même. Il a poussé ses enfants à la mort ( sans compter ses supporters) pour un siège déjà taché de sang. Et il est mort, de cette mort affreuse qui sied seule aux despotes. Ce sort se profile-t-il pour  Bachar et sa mafia criminelle? Je l’ignore.

Mais son sort ne sera pas meilleur. Car les despotes n’ont jamais échappés aux conséquences de leurs actes…Même si cela prend du temps. Dans tout l’histoire, les despotes ont toujours fini par payer pour leurs crimes. Et  le sort de Bachar ne sera pas différent . Il ne pourra pas fuir éternellement le sang des morts, ni les plaintes des blessés, ni les cris des endeuillés ou des orphelins. Mais en attendant ce jour, la Syrie va sombrer dans encore plus de sang, et la destruction va s’amplifier. Elle va reculer sur tous les fronts et pour des décennies.  Le cercle du sang va encore s’élargir sauf si un miracle advient..et que nous entendions enfin la nouvelle urgente, la nouvelle tant attendue…

 

Par Amjad Nasser, Dans el Quds EL Arabi  traduit par Rafif Rifaï pour Souriahouria



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