En Syrie, Hama craint la célébration du massacre de 1982 – par Marie Kostrz

Article  •  Publié sur Souria Houria le 2 février 2012

« Nous n’avons pas peur de Bachar el-Assad mais nous redoutons qu’il nous massacre de nouveau. » A la veille du trentième anniversaire de la tuerie de Hama, les habitants de la ville craignent une nouvelle attaque de grande ampleur.

En 1982, les troupes de Hafez el-Assad, père de l’actuel dictateur, y avait écrasé dans le sang un soulèvement dirigé par les Frères musulmans, dont Hama était le bastion. Toute la ville avait été réprimée et bombardée à l’artillerie lourde. Plus de 20 000 civils avaient été massacrés.

Depuis une semaine, la répression du régime s’est intensifiée dans cette ville. Mardi 24 janvier, le quartier de Bab el-Koble, un des fiefs de la contestation, a été assiégé par l’armée.

Selon le comité local de coordination d’Hama, mouvement d’opposition, les soldats ont bombardé le secteur où plusieurs dizaines de personnes ont trouvé la mort. Parmi elles, des femmes et des enfants.

Les mêmes exactions qu’en 1982

Le quartier d’al-Hamidiyé, où des manifestations ont aussi régulièrement lieu, a été attaqué à son tour. Durant trois jours, du 26 au 28 janvier, les tanks ont envahi les rues et bombardé les environs. Des maisons ont été pillées par les soldats qui ont ensuite détruit tout ce qu’ils n’étaient pas en mesure de transporter.

La répression, qui est loin d’être une nouveauté à Hama, inquiète particulièrement ces jours-ci. Contacté par Rue89, Mahal Abou Baker, activiste des comités locaux de coordination, souligne que de nombreuses exactions commises récemment ressemblent à celles perpétrées en 1982 par le régime.

Il explique que ces derniers jours, les soldats du régime ont écrit sur les murs de la ville des « shahadas », profession de foi de l’islam, en modifiant leur énoncé – Hama est une ville très religieuse. Au lieu de « Il n’y a qu’un seul Dieu, Allah, et Mohammed est son prophète », ils ont inscrit « Il n’y a d’autre garde que le parti Baas et Bachar est son messager » ou « Bachar ou rien, nous sommes les soldats d’el-Assad ».

Mahal Abou Baker explique :

« En 1982, les hommes du régime avaient procédé de la même manière, mais avec Hafez, le père de Bachar el-Assad. Aujourd’hui, avec ces phrases, c’est comme s’ils nous disaient que si nous voulons la chute du régime, ils reviendront comme en 1982. »


Une photo de Hama après le massacre de 1982 (Library of Congress)

Les murs d’une école maternelle tagués

Depuis dix jours, plus aucune école ou université n’est ouverte. Le 29 janvier, une école maternelle à Bab el-Koble a été attaquée :

« Sur les murs, ils ont inscrit des phrases telles que “Soit Bachar, soit on brûle le pays.” C’est très choquant d’agir de la sorte dans une école. »

A Hama, Sameh el-Hamwi, membre de la Commission générale de la révolution syrienne, autre mouvement d’opposition, affirme aussi qu’il y a un durcissement du régime à l’approche de l’anniversaire du massacre de Hama :

« Des barrages ont été érigés dans les rues pour stopper l’armée en cas de nouvelle attaque. »

Ce mercredi, des maisons et des magasins ont encore été détruits.

« La détermination l’emporte sur la terreur »

Après onze mois de répression, il assure que la détermination des habitants, qui ont vécu toutes formes d’atrocités, a pris le dessus sur la terreur.

Une commémoration sera organisée jeudi à Hama en souvenir des victimes du massacre de 1982 et celles de cette année. Ce mercredi, des manifestants et l’Armée syrienne libre ont protesté ensemble contre le régime de Bachar el-Assad.

source: http://www.rue89.com/2012/02/01/en-syrie-hama-apprehende-la-celebration-du-massacre-de-1982-228988



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