En Syrie, l’aide militaire américaine aux rebelles « modérés » semble insuffisante par Par Hélène Sallon

Article  •  Publié sur Souria Houria le 23 septembre 2014
Un point de contrôle de la police révolutionnaire libre, dans les faubourgs au sud d'Idlib, le 17 septembre. | KHALIL ASHAWI/Reuters

Un point de contrôle de la police révolutionnaire libre, dans les faubourgs au sud d’Idlib, le 17 septembre. | KHALIL ASHAWI/Reuters

Installé dans un endroit tenu secret le long de la frontière syrienne, côté turc, le commandement des opérations militaires est au cœur du programme américain de soutien à l’opposition syrienne dite modérée.

Depuis ce centre opérationnel, le ministère de la défense américain devrait superviser, avec le soutien de ses alliés, un programme d’un an pour entraîner et armer la future force rebelle, qui mènera sur le terrain la lutte contre l’Etat islamique (EI). La loi, qui prévoit l’allocation de 500 millions de dollars (390 millions d’euros), a été approuvée au Parlement et signée, vendredi 19 septembre, par le président Barack Obama. La formation de 5 000 combattants, que l’Arabie saoudite s’est engagée à accueillir sur son territoire, prendra « des mois », a averti sa conseillère à la sécurité nationale, Susan Rice.

Aux yeux de l’opposition syrienne, le soutien que lui a publiquement témoigné M. Obama contre le régime du président Bachar Al-Assad intervient trop tard. Depuis mars 2011, le conflit a fait plus de 190 000 morts. L’Armée syrienne libre, qui avait conquis les provinces du nord et de l’est du pays grâce à l’appui de dizaines de milliers de combattants en 2012, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les forces rebelles modérées, désormais éclatées en une myriade de groupes locaux, n’ont pas réussi à contrer la montée en puissance des groupes islamistes et notamment, la prise de contrôle par l’EI de la majeure partie des zones libérées.

QUELQUES MILLIERS DE COMBATTANTS

Face à l’ampleur de la menace, le programme américain paraît insuffisant.« La stratégie américaine n’est pas claire. Elle vise à combattre l’EI et à affaiblir le régime sans l’abattre pour imposer une solution politique dont Assad ne fera pas partie », estime le politologue Ziad Majed. Au sein de l’opposition, prise en étau entre le régime de Damas et le groupe djihadiste, l’unanimisme se fissure. « De nombreux groupes craignent d’être utilisés par les Américains comme milices supplétives contre l’EI et de ne pas être soutenus contre Assad », souligne le politologue Thomas Pierret. « Si les avions américains bombardent l’Etat islamique et qu’en même temps, le régime syrien continue de bombarder Alep sans que les Américains ne l’en empêchent, cela aura une résonance catastrophique auprès de l’opposition », poursuit-il.

Plusieurs de ses chefs ont déjà été la cible de tentatives d’assassinats. Mardi, le commandant du Front des révolutionnaires syriens, Jamal Maarouf, a échappé à un raid aérien du régime, dans lequel sa femme et son adjoint ont été tués. Le 9 septembre, le commandement du groupe Ansar Al-Cham a été décapité dans une attaque, dont l’origine reste à ce jour mystérieuse.

Certaines critiques s’alimentent de la compétition engagée entre factions armées pour bénéficier du soutien américain. L’aide pour payer les salaires, les formations et l’armement des combattants, est destinée à des groupes, triés sur le volet, dont l’idéologie est jugée modérée. Washington soutient déjà directement depuis plusieurs mois quelques milliers de combattants réunis au sein d’une dizaine de groupes. L’Arabie saoudite joue un rôle central dans le processus de sélection. Certains groupes, jugés proches des Frères musulmans, soutenus par les rivaux saoudiens que sont le Qatar ou la Turquie, ont été écartés.

CRAINTE DE VOIR CES ARMES PRISES PAR DES DJIHADISTES

Les critères de sélection créent des disparités géographiques dans le soutien aux groupes armés, du fait de la difficulté pour les alliés à dissocier dans certaines localités entre groupes. « Il y a un manque terrible de soutien à Alep où l’opposition combat l’Etat islamique et le régime en même temps. Il faudrait (…) des missiles sol-air pour protéger la population des raids aériens du régime », indique M. Majed.

Au niveau local, certains groupes « modérés » ont tissé des alliances avec les djihadiste du Font Al-Nosra contre l’EI. La question de fournir un armement sophistiqué à ces groupes, comme des missiles sol-air pour combattre contre les avions du régime syrien, fait à nouveau débat, de crainte de voir ces armes tomber aux mains des groupes djihadistes. Les combattants syriens évoluent d’un groupe à un autre au gré de l’offre de salaires, d’armes et la discipline de combat. « Ce serait un scandale politique si Al-Qaida faisait une attaque avec des armes américaines, un massacre », indique Aron Lund, analyste au centre Carnegie.

Dans la perspective de l’aide américaine, toute la scène militaire pourrait se recomposer, estiment les experts. Certains groupes, qui avaient adopté un agenda « islamiste » pour séduire des donateurs étatiques et privés, opèrent un repositionnement dans leur discours et leurs tactiques. Plusieurs brigades du Front islamiste se sont ainsi dissociées en août du groupe salafiste Ahrar Al-Cham. Le Qatar et la Turquie, rappelés à l’ordre par les Etats-Unis, ont pris des mesures pour tarir les flux de financement vers les groupes islamistes jugés radicaux, à l’instar du groupe djihadiste Al-Nosra, filiale d’Al-Qaida en Syrie.



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