En Syrie, les centres de détention sont aussi des centres d’extermination – par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 30 janvier 2013

Les cadavres de plus d’une soixantaine de Syriens ont été extraits, mardi 29 janvier 2013, du Qoueïq, la rivière qui traverse une partie de la ville d’Alep. Ils avaient les mains liées derrière le dos. Tous avaient été exécutés d’une balle dans la tête.

Quelques uns des cadavres récupérés dans le Qoueïq

L’ingénieur Ayman Abdel-Nour a aussitôt rappelé, sur son site d’information en ligneKullu-nâ Churakâ’ / All4Syria, dans un article intitulé « Bachar Al Assad ordonne de tuer des milliers de prisonniers détenus dans les geôles des moukhabarat« , qu’il avait tiré la sonnette d’alarme et prévenu de l’imminence de ce drame. Il avait en effet publié, deux semaines plus tôt, un article dans lequel il affirmait que « des dizaines de milliers de détenus sont menacés de mort dans les geôles syriennes« . Cet article était ainsi rédigé :

« Le site All4Syria a obtenu des renseignements indiquant que des dizaines de milliers de prisonniers, qui croupissent actuellement dans les geôles des moukhabarat syriens, sont menacés de mort certaine, si les organisations internationales concernées par les Droits de l’Homme, à commencer par les instances internationales de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, n’interviennent pas immédiatement pour les sauver. Leur nombre oscille entre 70 000 et 100 000. Ils sont exposés à toutes sortes de tortures sauvages. Privés des soins médicaux dont ils auraient besoin, ils sont systématiquement sous-alimentés. Dans les centres de détention, les maladies, les microbes et les virus les pus dangereux prolifèrent, compte-tenu de l’absence de propreté et du confinement.

All4Syria a appris, de source sûre, que des dizaines de prisonniers meurent chaque jour dans ces centres, soit sous la torture, soit des suites de maladies. Nombre de détenus relâchés de la branche d’Al Khatib ont raconté que, au cours d’un seul mois, plus de 20 détenus étaient décédés dans la même chambrée, soit 20 personnes sur 400…! D’autres ont affirmé, après avoir été récemment libérés par les moukhabarat de l’armée de l’air, que près de trente prisonniers mourraient quotidiennement dans les sous-sols de ce service.

Quelques anciens détenus ont lancé un appel au secours, via notre site. Ils demandaient à toutes les organisations internationales et humanitaires, ainsi qu’au Conseil de Sécurité de l’ONU, d’intervenir au plus vite pour sauver la vie de leurs compatriotes emprisonnés en Syrie, qui risquent de périr à tout instant entre les mains des moukhabarat ».

All4Syria précise aujourd’hui que « parmi les maladies les plus répandues dans les prisons syriennes figure la gale. Ses effets se transmettent aux autres détenus, faute de traitement médical, de mise en quarantaine ou de transfert à l’hôpital des prisonniers atteints. Ceux-ci sont au contraire volontairement laissés parmi leurs camarades de détention, dans des chambrées dont la superficie ne dépasse pas les 20 m² et où ils sont entassés à 300 ou 400. Ils ne bénéficient d’aucun soin, ce qui contribue à la diffusion de la maladie aux autres prisonniers. Les malades ne sont extraits de leurs cellules qu’une fois décédés.

Il conclut en observant qu’on « découvre dorénavant jour après jour l’exactitude de cette information. Des cadavres anonymes sont quotidiennement jetés dans des endroits contrôlés par le régime, en vue de terroriser les citoyens ».

S’agissant des cadavres repêchés dans le Qoueïq, il relève qu’il « s’agissait pour la plupart de jeunes âgés de 20 à 30 ans » et note que « parmi les cadavres, 17 ont été identifiés. Ils étaient détenus par la branche locale des moukhabarat de l’air ».

Dans son bulletin quotidien d’information – Syrian Revolution Daily Round-Up – daté du 29 janvier, le Strategic Research and Communication Centre, basé à Londres comme l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, apporte quelques précisions, qui confirment l’imputation de ce nouveau crime aux services syriens de sécurité :

« The bodies of at least 101 young men and boys were pulled out from the Quweiq River in the rebels-held neighborhood of Bustan al-Qasr in Aleppo city. The bodies were executed with a single gunshot to the head while their hands were bound. The youngest among the victims is a 12 year old boy. Families from different parts of the city rushed into the scene in order to identify the bodies. The victims were generally identified as ex-detainees and others who have gone missing while crossing regime-held zones ».

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Cela fait longtemps que l’inhumanité est de règle dans les prisons et dans les bagnes syriens. Ce qui s’y passe aujourd’hui démontre que, sous la présidence de Bachar Al Assad… avide de se montrer en tout l’égal de son père, la sauvagerie et le sadisme des gardiens continuent de dépasser l’entendement. En attendant que soient publiés les témoignages des victimes actuelles de la folie répressive du régime en place, ceux qui doutent de la réalité vécue par des milliers de Syriens au cours des décennies passées devraient lire au plus vite le témoignage d’Aram Karabet. Récemment publié en français sous le titre Treize ans dans les prisons syriennes. Voyage vers l’inconnu, ce récit d’un ancien militant communiste complète utilement celui de l’ancien prisonnier Moustapha Khalifeh, dont La Coquille, récit romancé d’une captivité à Palmyre, a été publié en français en 2007, lui aussi aux Editions Actes Sud.

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2013/01/29/en-syrie-les-centres-de-detention-sont-aussi-des-centres-dextermination/

date : 29/01/2013



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