Entre le régime syrien et le PYD, l’heure n’est pas encore au divorce – par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 2 janvier 2015

Au lendemain de la rencontre consultative parrainée par les Russes, qui a vu des représentants du régime syrien et du Parti de l’Union démocratique (PYD, ex-PKK) siéger à la même table, il s’avère que le point de non-retour n’a pas été franchi et quele divorce attendu entre le pouvoir syrien et le parti de Mohammed Saleh Mouslim n’a toujours pas été prononcé. Mettant un terme à une période de tension, peut-être liée à l’approche de la réunion où les deux parties devaient se situer dans des camps opposés, elles ont en effet signé à Hassaké, jeudi 29 janvier, un accord d’échange de prisonniers. Il devrait permettre aux dizaines de combattants et de civils arrêtés de part et d’autre de regagner les rangs de leurs unités ou de retrouver leurs foyers.

Rencontre consultative de Moscou

Cet accord n’est que l’un des éléments du cessez-le-feu destiné à ramener le calme dans la ville. Il prévoit également, sous les auspices d’un « Conseil de paix civile », la levée de tous les postes de contrôle militaires installés dans les différents quartiers et le retrait des forces de sécurité, à l’exception de la police, de la sécurité intérieure et des agents de la circulation.

Ce développement confirme que, pour le régime en place, l’heure n’est pas encore venue de solder les comptes. En dépit des relations établies par le PYD avec des parties hostiles au pouvoir en place, en Irak et en Occident, il ne figure toujours pas sur la liste des « ennemis » du régime de Damas. Il est vrai que, si ses velléités d’autonomie inquiètent et irritent par moment le pouvoir syrien, elles présentent un gros avantage : elles préoccupent au moins autant l’ennemi le plus résolu de Bachar al-Assad dans la région, le gouvernement du Parti Justice et Développement (AKP) d’Ahmet Davutoğlu. Les Turcs craignent en effet plus que tout l’établissement d’un « Kurdistan » syrien à leur frontière sud, qui plus est dirigé par un avatar du parti d’Abdollah Öcalan.

L'entrée nord de Hassaké (avant et après)

Malgré les provocations auxquels ils se livrent, il n’est donc pas encore temps, pour les responsables syriens, de mettre au pas le parti et les milices auxquels ils ont naguère concédé la surveillance de la Jazireh et la neutralisation de ses habitants – arabes, kurdes ou assyriens – tentés de rejoindre le mouvement de contestation. Conscient de son avantage, le PYD se comporte avec les mises en garde du régime comme les Israéliens en Palestine et à Gaza avec les avertissements des Américains : ils les entendent mais n’en font qu’à leur tête. Ainsi, en dépit des menaces agitées par le général Ali Mamlouk, dépêché à Hassaké pour y ramener le calme, les Forces de Protection populaires (YPG) ont fait disparaître, le 29 janvier, l’effigie géante de Bachar al-Assad qui ornait – si l’on peut dire… – le rond-point situé à l’entrée nord de la cité. Ajoutant le défi à la profanation, ils ont badigeonné aux couleurs de leur parti le monument et le nom de la ville…

Autre signe que le régime syrien dispose encore de réserves de patience à l’égard de cet allié turbulent, les affrontements n’ont jamais conduit les forces régulières à user, contre la ville, des bombardements aériens et des lâchers de barils d’explosif devenus au fil des temps, partout ailleurs en Syrie, une sanction aussi meurtrière que banale. Cette longanimité est d’autant plus remarquable et significative qu’aujourd’hui, 30 janvier, un hélicoptère a largué un engin de ce type sur un campement de bédouins, dans la région de Kafr Zita, au nord de Hama, tuant cinq personnes, dont deux femmes et deux enfants, et des dizaines de bêtes de leur troupeau.

Un camp de bédouins bombardé à Kafr EZita

Plus près de Hassaké, l’aviation syrienne avait commis, 10 jours plus tôt, un véritable massacre, tuant d’un seul coup sous ses bombes 75 civils – tous arabes – dans un marché au bétail du village d’al-Khansa. Les lieux sont contrôlés par l’Etat islamique. Mais, comme à son habitude, quand elle prétend s’en prendre à lui, l’armée régulière avait concentré ses coups sur des innocents, premières victimes du groupe terroriste.

Il ne s’agissait ni d’un hasard, ni d’une erreur de cible. Il était urgent en effet, dans les circonstances de l’heure, de faire comprendre aux Kurdes du PYD à quoi ils s’exposeraient eux-mêmes en continuant à mordre la main qui les avait si longtemps nourris.

 

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2015/01/30/entre-le-regime-syrien-et-le-pyd-lheure-nest-pas-encore-au-divorce/

date : 30/01/2015



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