Faut-il armer les rebelles syriens? – par Jean-Pierre Filiu

Article  •  Publié sur Souria Houria le 2 février 2013

« La Syrie est en train de se désintégrer sous nos yeux ». Tels sont les propos tenus, le 29 janvier 2013, par Lakhdar Brahimi, le représentant spécial des Nations Unies pour la Syrie, devant les membres du Conseil de sécurité. Ce diplomate chevronné, qui a dû affronter bien des situations extrêmes, de l’Afghanistan à Haïti, met solennellement en garde contre une « horreur sans précédent ».

L’Onu vient effectivement de réviser à la hausse le bilan de près de deux ans de crise syrienne, qui est passé d’un trait de plume de 40.000… à 60.000 morts. Un Syrien sur cinq est déplacé à l’intérieur de son propre pays. Des centaines de milliers ont fui vers les Etats voisins. La destruction systématique du système de santé fait craindre le retour de grandes épidémies. Si rien n’est fait, le pire est à venir.

La barbarie du régime Assad, encouragée par le soutien inconditionnel de la Russie et de l’Iran, est la cause principale de cette catastrophe. Face à cette co-belligérance active de Moscou et de Téhéran, le reste du monde s’est souvent contenté de déclarations d’intention. Une telle passivité internationale ne laisse aujourd’hui que de mauvaises options pour enrayer cette descente aux enfers. Et si la décision n’est pas prise maintenant, elle devra l’être plus tard, dans des conditions encore plus calamiteuses.

La dictature Assad n’a plus d’autres rapports avec la population de Syrie que le bombardement, par les airs ou par l’artillerie. Elle demeure pourtant au centre du jeu international, où elle est censée incarner « la Syrie » : même les Etats qui ont reconnu la Coalition nationale des forces révolutionnaires n’ont pas formellement rompu les relations diplomatiques avec Damas. Le scandale absolu est donc que l’aide humanitaire de l’extérieur parvient avant tout aux zones encore contrôlées par le régime syrien, bourreau ainsi récompensé des crimes contre son propre peuple.

L’autre grande victoire de Bachar al-Assad est d’avoir réussi à imposer son discours « anti-terroriste » au débat international sur la Syrie. Chacun feint d’oublier que la contestation est demeurée pacifique durant de longs mois, que les groupes jihadistes ne sont apparus qu’il y a un an, le tout sur fond d’escalade sanglante d’une répression face à laquelle le monde entier est demeuré impuissant (entre mars et juillet 2012, soit durant la mission de Kofi Annan, le prédécesseur de Lakhdar Brahimi, le nombre de victimes quotidiennes a au moins été multiplié par trois).

Aujourd’hui, l’alternative en Syrie est aussi sinistre que simple. Le régime Assad est condamné, la question est de savoir si son agonie sera prolongée au prix d’indicibles souffrances, collectives et individuelles, ou bien si les révolutionnaires syriens auront enfin les moyens militaires d’abréger ces souffrances insensées, qui font peser une lourde hypothèque sur l’avenir du pays. Dans le premier cas, les groupes jihadistes grossiront à la mesure du caractère inexpiable de la confrontation. Dans le second, les forces nationalistes seront en mesure de reprendre la main sur tous les fronts.

Encore faut-il pour cela que la direction révolutionnaire puisse s’implanter pour de bon sur la terre de Syrie, sans être menacée d’être écrasée à tout moment sous un raid de Mig. Une capacité anti-aérienne minimale est indispensable pour garantir cette affirmation d’autorité, elle-même gage d’un transfert à terme du pouvoir. L’alternative est claire: entre deux maux, mieux vaut choisir le moindre. Tant que cette option n’est pas publiquement assumée, rien ne sert de verser des larmes de circonstance sur les malheurs des Syriennes et des Syriens.

source : http://www.huffingtonpost.fr/jeanpierre-filiu/syrie-faut-il-armer-les-rebelles_b_2581519.html

date : 30/01/2013

 

 

émission sur Arte : http://videos.arte.tv/fr/videos/28-minutes–7279498.html

LE GRAND ANGLE DE 28’ :

Syrie : faut-il armer les rebelles ?

Face à l’enlisement du conflit syrien et à la découverte d’un énième massacre à Alep comptabilisant 80 corps repêchés dans une rivière, l’émissaire de l’ONU de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, a appelé hier les quinze membres du Conseil de sécurité à davantage de cohésion pour « exercer un peu plus de pression » sur les belligérants. En effet, la dégradation de ce conflit sans fin ayant déjà fait plus de 60 000 morts ces 22 derniers mois, rend aujourd’hui incontournable la réévaluation des diverses issues possibles. Si la perspective d’une intervention militaire étrangère ou d’une solution politique s’amoindrit de jour en jour, l’éventualité d’un armement de la coalition, représentant 85% des forces de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, devient de plus en plus envisageable.

 

Elisabeth Quin, avec à ses côtés Renaud Dély et Nadia Daam, accueille pour en débattre: Samir Aïta, membre du Forum Démocratique Syrien, Agnès Levallois, consultante spécialiste du monde arabe, mais aussi l’historien et spécialiste du Moyen-Orient Jean-Pierre Filiu.

Notre « homme du monde », Juan Gomez, s’interroge ce soir sur l’implication du Qatar et de l’Arabie Saoudite dans l’armement des rebelles syriens.

Bruno Gaudenzi revient dans son « Journal du Temps » sur l’aventure russe d’un marchand d’armes légendaire prénommé Viktor Baut, tandis que « Désintox » se penche ce soir sur « Anne Hidalgo et le repeuplement de Paris ».

source : http://www.arte.tv/fr/rechauffement-climatique-faut-il-armer-les-rebelles-syriens-28-minutes/7290548,CmC=7290550.html


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