Hala Kodmani à l’ABC : «En Syrie, la créativité a explosé avec la révolution»

Article  •  Publié sur Souria Houria le 27 juin 2015

Le Marathon des mots s’intéresse particulièrement, cette année, à l’axe Beyrouth-Damas. Parmi les auteurs syriens invités, la journaliste Hala Kodmani, que l’on pourra rencontrer ce soir à l’ABC.

La journaliste Hala Kodmani vit à Paris depuis plus de 40 ans. Elle se rend régulièrement dans sa région d’origine, de la Turquie au Liban, pour des reportages marqués au fer rouge par la terreur des dictateurs et le sang versé.

 

«Pour les femmes, la contre-révolution islamiste a confisqué ce que les mouvements de libération avaient lancé»/DR
«Pour les femmes, la contre-révolution islamiste a confisqué ce que les mouvements de libération avaient lancé»/DR

 

Pourquoi vivez-vous en exil ?

Ma famille a dû quitter la Syrie quand mon père, diplomate, a été emprisonné et licencié. C’était en 1968 et nous avons vécu au Liban et en Angleterre avant de rejoindre la France.

Avez-vous souffert de cet éloignement ?

Je souffre pour mon pays bien plus qu’à cause de la distance et de l’absence.

Comment les écrivains ont-ils accompagné l’élan de la révolution ?

Les écrivains et les intellectuels étaient les premiers visés par la répression du régime syrien. Au moment de la révolution, la créativité a explosé, particulièrement chez ceux qui vivaient à l’étranger. On a découvert une production étonnante, considérable, amplifiée par le fait que les auteurs avaient une intention internationale. Ils racontaient la situation économique, la vie en prison et on les traduisait en nombre.

En Occident, on est particulièrement sensible à la situation dramatique des femmes…

La contre-révolution islamiste a confisqué ce que les mouvements de libération avaient lancé. Le combat des femmes est central pour révéler tout le processus de retournement. Daech couvre les femmes pour marquer son emprise sur le territoire. En même temps, comme pour toutes les guerres, les femmes, souvent privées de leur mari, ont gagné en émancipation.

Quel espoir avez-vous pour votre pays ?

Pour retrouver liberté et démocratie, il faudra encore attendre longtemps. Mais je pense que l’accélération des événements militaires va nous conduire à un changement complet, avec le départ de l’actuel dictateur. Le monde entier est complice. Il va devoir réagir face à l’Etat islamique.

La francophonie est-elle encore présente en Syrie ?

La francophonie appartient au passé, à la génération de mon père. Il est né et il a grandi sous le mandat français. Ma situation est particulière : le français a été la seule cohérence de ma vie. J’ai suivi ma scolarité dans 6 pays, à chaque fois dans des établissements français. Le français est le fil qui me rattache le plus à ma culture.

Quels sont vos auteurs de chevet ?

J’aime Baudelaire, surtout le «spleen». «Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle», j’ai connu ça à Londres ! Mon auteur fétiche est Michel Butor, aux débuts du Nouveau roman. «La modification» est un livre admirable, par la forme du récit. Par ce qu’il raconte du voyage, du train.

Hala Kodmani, « La Syrie promise » (Actes Sud). Rencontres avec l’auteur vendredi 26 juin à l’issue de la projection du documentaire « Eau argentée », à 21 heures à l’ABC (13, rue Saint-Bernard), Toulouse. Egalement samedi 27 juin à 17 heures à la librairie de la Renaissance (1, allée Marc Saint-Saëns), Toulouse, en compagnie des romancières Najwa Barakat et Farouk Mardam-Bey.

 

source : http://www.ladepeche.fr/article/2015/06/26/2132674-hala-kodmani-abc-syrie-creativite-explose-revolution.html

date : 26/06/2015



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