Lettre Infos Syrie Résistance – N°1

Article  •  Publié sur Souria Houria le 4 avril 2016

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Infos Syrie Résistance !

On nous répète depuis des années que la situation en Syrie se réduit à une confrontation entre le régime et les djihadistes. Admettez, nous disait-on, que les forces nées de la révolution, qui se réclamaient d’une Syrie libre et démocratique, ont été écrasées, défaites, elle n’existent plus…

D’ailleurs ont-elles jamais existé ? La révolution syrienne n’a-t-elle pas été une pure illusion ?

On nous invitait à nous faire une « raison » : Bachar al-Assad n’est pas un démocrate, peut-être même  est-ce un criminel, reste qu’il est le seul rempart face à la menace de la barbarie qu’est Daech !

Mais voici qu’il a suffi d’une trêve, partielle et précaire, pour que la perception de la réalité syrienne change du tout au tout.> La suspension des bombardements a permis aux Syriennes et Syriens de retrouver la rue, d’y manifester…. pour dire leur refus du régime et de l’extrémisme islamiste.

Depuis, des centaines de manifestations ont été recensées, dans différentes villes de toute la Syrie.

Avec pour slogans :

  • « Révolution pour la dignité et la liberté »,
  • « Le peuple syrien est un et uni »,
  • « Le peuple veut la chute du régime »,
  • « Al-Nosra, dehors ! ».

En dépit des centaines de milliers de morts, des tortures de masse, des expulsions, de la faim, et de la tragique solitude en laquelle il été abandonné, le peuple syrien résiste.

Nous devons nous intéresser à sa situation, faire connaître sa lutte.

C’est ce à quoi va s’attacher cette lettre d’informations.

 

Souria Houria, Collectif « Avec la Révolution syrienne » (Alternative libertaire, CEDETIM, EELV, Émancipation, Ensemble !, NPA, Solidaires, UJFP)

Les articles de la lettre traduisent la diversité des organisations parties prenantes 

Questions et repères : 

Chaque numéro propose des repères sous formes de réponses à quelques questions sur la situation.

Révolution syrienne : Après tant de massacres, avec tant d’interventions militaires, on en vient à douter qu’à l’origine fut un soulèvement populaire, s’inscrivant dans le processus des révolutions arabes. Peut-on encore parler de révolution syrienne ?

Nous pouvons toujours parler de révolution syrienne, même si elle se trouve aujourd’hui noyée dans les guerres et les interventions.

Cette révolution a connu une phase pacifique de mars à août 2011 avec des manifestations à travers le pays rassemblant des centaines de milliers de personnes réclamant la liberté et la chute de la dictature (exactement comme ce fut le cas en Tunisie ou en Egypte).

Sa militarisation ne s’est effectuée qu’en septembre 2011 pour défendre les manifestants, souvent arrêtés ou tués par les forces du régime les qualifiant de « microbes » et de « terroristes » (contrairement à ce que furent les cas tunisien et égyptien).

Puis, vue la férocité de la répression des dissidents par les services de sécurité d’Assad, cette révolution s’est transformée en une lutte armée dirigée par l’Armée Syrienne Libre (formée de volontaires et de déserteurs de l’armée assadienne). Une grande partie des Syriens était convaincue que ce régime, semblable à ceux de Saddam et Kadhafi, n’allait pas partir sans y être contraint.

Tout au long de cette phase (mars 2011 – juillet 2012), des comités de coordination et des conseils locaux se sont formés clandestinement dans plusieurs villes et villages syriens. Des médecins ont formé des réseaux pour soigner les victimes de la répression et des combats. Des citoyens-journalistes ont documenté les évènements afin de contourner l’interdiction d’accès par le régime des médias indépendants cherchant à couvrir ce qui se passait dans le pays. Des associations de soutien aux victimes et des centres de documentation des violations ont été fondés. Il s’est produit alors un véritable retour à la vie de la société civile syrienne après 41 ans d’agonie et de coma.

Le régime a riposté en assassinant et arrêtant les personnalités influentes au sein de cette société civile naissante et en ciblant surtout les acteurs porteurs d’un discours progressiste et démocratique.

En août 2012, la lutte armée a connu sa transformation en guerre totale. Le régime a commencé à utiliser son aviation pour bombarder les zones qui lui échappaient.  C’est à ce moment-là que la montée des forces islamistes (non jihadistes) au sein de cette révolution s’est faite, pour 4 raisons principales.

  1. Le parrainage, l’armement et la couverture médiatique par le Qatar, la Turquie et l’Arabie saoudite inquiète de l’expansion iranienne dans la région et du grand soutien iranien à Assad. Ces initiatives ont été prises au moment où l’Occident revenait progressivement sur ses promesses d’aide à l’Armée Syrienne libre et aux factions qu’il qualifiait de “modérées”.
  2. L’intensité de la violence du régime et son soutien iranien, le rituel religieux de la mort quotidienne, le sentiment d’abandon du monde entier à chaque enterrement, et cela dans un contexte social et culturel conservateur, notamment dans les régions rurales et périphériques où se sont concentrés les combats au départ, avant de s’étendre aux villes.
  3. La diminution de la capacité des comités et conseils locaux de coordination et des forces civiles à maintenir leur influence sur le terrain. En effet, des centaines de leurs membres ont été tués, emprisonnés, contraints à se terrer ou obligés de quitter le pays.
  4. Le manque cruel de moyens financiers et d’équipements des forces non islamistes présentes sur les fronts, au point que leurs combattants ne parvenaient même plus à nourrir leurs familles.

En 2013, les jihadistes investirent la scène syrienne, en provenance de l’Irak où ils étaient bien installés, et via la frontière turque. Ils rejoignirent le Front AnNosra. Mais après la déclaration de Baghdadi et la fondation de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (Daech) la majorité d’entre eux ont rejoint ce dernier. Ils se sont alors imposés comme troisième acteur en combattant exclusivement l’opposition pendant plus d’un an, puis en se heurtant aux forces du régime et aux milices kurdes, qui devenaient de leur côté un quatrième acteur sur la scène, concerné par le contrôle du territoire au nord du pays afin d’imposer une autonomie.

Le front AnNosra quant à lui s’est opposé à Daech et a fait allégeance à Zawahiri et la direction d’Al-Qaeda. Il a réussi à recruter des combattants syriens remplaçant les jihadistes qui l’avaient quitté pour Daech.

Entre temps, le régime avait perdu 80 % du territoire du pays, malgré l’aide iranienne et l’envoi de milliers de combattants du Hezbollah libanais, des milices chiites irakiennes et afghanes.

La configuration du conflit avait changé incluant ainsi des acteurs régionaux, et puis à partir de l’été 2014, l’internationalisation directe du conflit a commencé avec les interventions militaires américaines contre Daech, et russe l’été 2015 contre l’opposition syrienne (l’Armée Syrienne Libre et les factions islamistes non jihadistes).

Aujourd’hui, l’Armée Syrienne Libre compte toujours 30 à 35 000 combattants dispersés sur le territoire. Les islamistes syriens ont le même effectif, et c’est également le cas s’agissant des combattants du front Annosra.

Le militantisme de la société civile émergente se poursuit dans plusieurs zones et localités contrôlées par l’opposition, malgré tous les obstacles et dangers (y compris le bombardement russe d’hôpitaux et de centres sociaux). La culture politique syrienne a évolué, la création artistique et littéraire a explosé et une nouvelle mémoire est en construction signifiant que la révolution a changé les Syriens et leur rapport à la Syrie, à la vie et au monde.

Non-intervention : Après l’usage des armes chimiques par Assad, les puissances occidentales ont renoncé à agir contre lui. Cette non -intervention a-t-elle eu un impact important sur les rapports de force en Syrie ?

L’attaque chimique (au gaz sarin) du 21 août 2013 perpétrée par le régime dans la Ghouta de Damas, qui a fait près de 1500 morts, constitue en effet un tournant décisif dans le conflit. Depuis le mois de mai, le régime menait une contre-offensive militaire, avec le soutien du Hezbollah libanais, ce qui lui avait permis de reconquérir en juillet la ville stratégique d’Al-Qusayr, et de sécuriser ainsi les routes menant de Damas à Homs et à Tartous. L’Armée Syrienne Libre venait aussi de perdre la ville de Raqqa, conquise par Daech qui commençait à monter en puissance.

Cette attaque fut aussitôt considérée à Washington, Londres et Paris comme une transgression de la « ligne rouge » définie par Obama, et des frappes aériennes furent envisagées contre certaines bases militaires du régime. Seul Paris cependant semblait vouloir en découdre. L’administration américaine, au contraire, affirmait que les frappes ne viseraient pas la chute du régime, et cherchait en fait à les éviter en suspendant sa décision à un vote improbable du Congrès, à l’instar de celui des Communes en Grande Bretagne. Aussi, Obama et Cameron furent-ils soulagés quand Poutine proposa une sortie de la crise qui consistait à épargner le régime de toute sanction militaire en contrepartie de la destruction de son arsenal chimique.

Or, non seulement cet arsenal n’a pas été entièrement détruit, mais l’arrangement russo-américain, confirmé par une résolution du Conseil de sécurité, accordait au régime un permis de tuer au moyen de toutes les armes non-chimiques. Et c’est depuis lors que s’est généralisé le bombardement particulièrement meurtrier des zones qui échappaient à son contrôle par des barils d’explosifs. Avec l’armement russe, le soutien logistique iranien et grâce à la participation directe sur le terrain des milices communautaristes pro-iraniennes, notamment du Hezbollah libanais, il a pu consolider le contrôle du territoire qu’il contrôlait et contenir les offensives de l’Armée Syrienne Libre au moment où celle-ci subissait les attaques de Daech.

L’éventuelle intervention militaire occidentale en Syrie a suscité à l’époque une vive opposition dans un large secteur de l’opinion publique qui se rappelait des mensonges de Georges W. Bush à propos de l’Irak et du comportement de l’OTAN en Libye. Il n’en reste pas moins que la non-intervention comblait le régime de Bachar al-Assad qui continuait, lui, de bénéficier de l’intervention massive iranienne – et plus tard russe. D’autant plus que les Occidentaux rejetaient obstinément d’autres options que l’intervention militaire directe contre le régime, et qui auraient permis la protection de la population civile, comme l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne ou la fourniture à l’opposition non- djihadiste d’un armement anti-aérien

 

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