Inspirée par Malala, cette Syrienne de 15 ans se bat contre les mariages forcés

Article  •  Publié sur Souria Houria le 7 mai 2016

Inspirée par Malala, cette Syrienne de 15 ans se bat contre les mariages forcés

De jeunes Syriennes dans le camp de réfugiés de Zaari, en Jordanie, mars 2014. (KHALIL MAZRAAWI / AFP)

Omaima Hoshan vit depuis 2012 dans un camp de réfugiés en Jordanie. Elle lutte contre les mariages précoces que subissent de plus en plus de jeunes filles.

Agathe RancPublié le 06 mai 2016 à 17h53

Cela a commencé lorsqu’elle avait 12 ans. Omaima Hoshan a alors vu ses camarades de classe disparaître les unes après les autres.

« J’ai commencé à entendre parler de filles de 12 ou 13 ans qui se mariaient. Elles venaient à l’école dire adieu. Je me souviens avoir pensé qu’elles faisaient une grave erreur. »

Aujourd’hui âgée de 15 ans, la jeune Syrienne vit depuis quatre ans à Zaatari, en Jordanie, le plus grand camp de réfugiés du Moyen-Orient. Plus de 100.000 personnes y vivent.

Un jour, c’est sa meilleure amie qui a quitté l’école pour être mariée, juste avant son 14e anniversaire. Elle le raconte au reporter de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) :

« On était toujours ensemble, et c’était une des meilleures élèves de la classe. Elle ne voulait pas se marier mais ses parents pensaient que c’était la meilleure chose à faire pour elle. »

Omaima Hoshan dans un reportage du HCR. (Capture d’écran)

Omaima Hoshan n’a jamais revu son amie. Elle a décidé de passer à l’action. Après avoir recueilli des informations sur les risques que représentent les mariages précoces, elle a commencé à en parler autour d’elle.

Aujourd’hui, elle organise à Zaatari des ateliers de théâtre et de dessin destinés à sensibiliser les jeunes filles et leurs parents à cette problématique, et à encourager les enfants à poursuivre leurs études. « L’avenir des filles de chez moi est détruit. Je ne peux pas accepter ça. Je dois me battre pour les droits des femmes », explique la jeune fille.

Et ses parents sont de son côté :

« Mon père est fier de moi. Il me donne le courage de m’exprimer et d’être éloquente. Quand je sens que lui et ma mère me soutiennent, je me sens forte. »

C’est d’ailleurs sa mère qui lui a offert l’autobiographie de Malala Yousafzai, militante pakistanaise pour les droits de femmes, qui a reçu en 2014 le prix Nobel de la paix, à seulement 17 ans.

Un atelier dessins à Zaatari. (Capture d’écran)

Les mariages d’enfants en augmentation

Avant la guerre, 13% de l’ensemble des mariages en Syrie concernaient une personne de moins de 18 ans. Parmi les réfugiés syriens en Jordanie, ce taux est monté à 32% début 2014.

En Jordanie, l’âge légal du mariage est fixé à 18 ans, mais une union peut être conclue dès 15 ans dans certains cas, et ce malgré plusieurs conventions internationales comme celle de 1989 sur les Droits de l’Enfant, qui considère un mariage précoce comme forcé.

La majorité des réfugiés du camp de Zaatari viennent de zones rurales de la province de Daraa, où les mariages précoces sont une « tradition culturelle », selon le HCR. Mais l’augmentation du nombre de mariages d’enfants est aussi liée à la situation des Syriens qui ont dû fuir leur pays en guerre. Marier une fille est un moyen de remédier à l’insécurité physique et économique des camps de réfugiés. C’est ce qu’explique l’ONG britannique Save The Children, dans un rapport publié sur le sujet en 2014 :

« Les parents voient le mariage de leur enfant comme un moyen de protéger leur fille – et l’honneur de la famille – d’agressions sexuelles potentielles. »

Aussi, marier un enfant peut être un moyen de soulager économiquement sa famille : « Réduire le poids économique pesant sur les familles en réduisant le nombre de ‘bouches à nourrir’ [est un facteur] qui motive les familles à marier leurs filles. »

« Quand je vois des jeunes filles de Syrie, des jeunes réfugiées qui se marient,
cela me fait peur », explique Omaima au HCR. (Capture d’écran)

Des conséquences graves

Avec ses ateliers de dessin et ses cours de théâtre, et avec le soutien du HCR et d’autres ONG sur place, Omaima Hoshan tente d’expliquer aux parents qu’il vaut mieux laisser leurs filles poursuivre leurs études.

Car les conséquences d’un mariage précoce sont nombreuses, comme l’explique Maria Semaan, qui s’occupe du programme de protection de l’enfance pour KAFA, une ONG libanaise de défense des droits des femmes. L’impact est, dit-elle, psychologique et physique.

Psychologique parce que les filles sont éloignées de leurs familles et de leurs amis, et confrontées à des responsabilités auxquelles elles n’ont pas été préparées :

« Il faut être mature pour vivre avec une autre personne et développer avec lui une relation d’égalité. Les mariages précoces privent les filles de l’opportunité d’atteindre l’égalité et de grandir sainement. »

Les conséquences d’un mariage précoce sont aussi physiques, notamment lorsque après un mariage précoce, les enfants subissent une grossesse précoce. Mais aussi parce que les filles que l’on marie enfants seront plus victimes de violences domestiques que celles qui se marient plus tard.

Quant à Omaima Hoshan, elle espère se marier un jour mais « selon sa volonté », après l’université. Et elle espère qu’alors, elle « ne vivra plus à Zaatari ».

A.R.



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