Interview du Père Paolo Dall’Oglio du 25 novembre 2012

Article  •  Publié sur Souria Houria le 16 mars 2016

Pour ne pas oublier Père Paolo Dall’Oglio et tous les détenus politiques, nous avons traduit Interview du Père Paolo Dall’Oglio du 25 novembre 2012

On Orient TV – Emission Le Chemin de Damas / Traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier

Paolo Dall’Oglio, né le 17 novembre 1954 à Rome, est un prêtre jésuite italien, missionnaire en Syrie. Il est porté disparu depuis juillet 2013. Refondateur dans les années 1980 du monastère catholique syriaque de Mar Mûsa (‘monastère de Saint Moïse l’Abyssin’), dans le désert au nord de Damas, en Syrie, il est très engagé dans le dialogue islamo-chrétien surtout au niveau du ‘Vivre ensemble’.

À la suite de sa dénonciation ouverte des crimes commis par le régime de Bachar el-Assad dans le contexte de la guerre civile, il est expulsé du pays le 12 juin 2012. Le 27 juillet 2013, Paolo Dall’Oglio, de retour en Syrie après avoir traversé la frontière turque se rend à Rakka, fief de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) afin de négocier la libération de journalistes retenus en otages, malgré les avertissements de son entourage (car plusieurs enlèvements de personnalités ont été signalés dans cette ville).

Deux jours plus tard, le lundi 29 juillet 2013, des hommes de l’EIIL (Daesh), après avoir tué un accompagnateur du père, enlèvent ce dernier. Depuis, son sort est incertain.(Source : Wikipedia).

Propos recueillis par Ayman Abdel-Noûr

[00:18] : (titre de l’émission) : Le Chemin de Damas (le visage que l’on voit à gauche de l’écran est celui du grand poète syrien Nizâr Qabbânî) – 1923-1998).

[Le présentateur Ayman Abdel-Nûr] [AAN] : Chers téléspectateurs, bienvenue à cette nouvelle émission Le Chemin de Damas ! Aujourd’hui, notre invité est le Père Paolo dall’Oglio, ce moine catholique qui a consacré sa vie au dialogue islamo-chrétien et qui a vécu trente ans en Syrie, devenant ainsi un des plus grands connaisseurs de ce pays et de ses composantes, si bien qu’il n’a pas manqué d’avoir une attitude d’une grande noblesse lorsqu’a éclaté la Révolution syrienne, au côté de laquelle il s’est immédiatement rangé sans aucune hésitation – ce qui a entraîné son expulsion de Syrie par des autorités qui pourtant n’avaient cessé de nous rebattre les oreilles avec leurs discours à base de fraternité, de coexistence et de protection des chrétiens. Mais en réalité, le Père Paolo, c’est une autre histoire…, une histoire différente de celle de la Révolution syrienne avec les autorités du régime. En effet, celles-ci avaient une dent contre lui depuis déjà bien avant l’éclatement de la Révolution : elles planifiaient son expulsion de Syrie depuis déjà un certain temps… Bienvenue, mon père !

Père Paolo dall’Oglio [PPDO] [01:09] : Enchanté ! Bienvenue à tous les téléspectateurs !

[AAN][01:14] : Aujourd’hui, nous sommes au Caire, en Egypte. Pourquoi est-ce que ça n’est pas en Syrie que nous nous rencontrons, vous et moi ? Qu’êtes-vous venu faire…, ici, en Egypte… J ??

[PPDO][01:18] : Tout d’abord, je dois vous dire que là, derrière nous, il y a le Nil. C’est magnifique ! Eh bien, nous ne nous sentons pas étranger, ici, au Caire. Les Egyptiens m’ont accueilli avec une réelle amitié. Hier, je me suis promené, le soir. J’ai traversé la Place de la Libération (Tahrîr). Un jeune, qui tenait une gargote très simple (il vendait du thé), m’a offert le thé parce que j’étais Syrien.

[AAN] [01:51] : Il a refusé que vous le payiez…

[PPDO] : Non seulement cela, mais il a exprimé la profonde douleur que lui causait notre situation, en Syrie. Et c’était Place Tahrir, cette place qui a assisté au mouvement d’émancipation du peuple égyptien… Ce jeune homme avait une conscience en éveil : il avait été le témoin de la répression, il avait vu tomber des martyrs. Alors, a fortiori, combien est encore plus grande la souffrance du peuple syrien, dont un nombre de martyrs beaucoup plus important est tombé depuis bien plus longtemps, avec toutes ces destructions et toutes ces pertes de vies humaines ! Le peuple égyptien est solidaire des Syriens, il partage leurs souffrances, à un point tel que j’ai désormais de l’arabité une nouvelle vision. Pour moi, l’arabité, c’était une sorte de syndicat des tyrans : mais l’arabité est devenue fraternité, solidarité, valeurs, amitié réciproque. Je m’en félicite.

[AAN] [3:00] Pourquoi les autorités syriennes oeuvraient-elles à vous éloigner du pays bien avant la Révolution syrienne ? Qu’aviez-vous donc fait qui ait été de nature à susciter leur colère contre vous ?

[PPDO] : Eh bien, je ne me suis jamais soumis à leur mentalité de récupération : un responsable corrompu, je disais qu’il l’était ; devant une situation de vraie ou fausse, je disais ce qui était vrai et ce qui était faux ; j’ai œuvré au dialogue islamo-chrétien non pas pour en faire un instrument permettant de détourner la légitimité des autorités religieuses pour étayer celle, politique, du pouvoir ; bien au contraire, ce dialogue était à mes yeux l’expression de la maturité de la société civile à des fins, comment dire ?, d’éducation populaire – cela, en ayant pour horizon le temps où apparaîtrait une véritable nation syrienne et où la maturation des aspirations démocratiques du peuple syrien serait devenue manifeste.

[AAN] [3:36] Votre approche était (donc) différente du style de « dialogue inter-religieux » auquel ont tendance aujourd’hui à recourir certains hommes de religion (musulmans), qui se résume à la dimension publicitaire, aux mondanités et aux symposiums interminables et vides ? Vous, vous avez eu une pratique partant de la société, de la base, n’est-ce pas ?

[PPDO] [4:15] Pour nous, ce qui est important… c’est que la religion n’est pas quelque chose de décoratif, que l’on pourrait étaler comme le glaçage sur un gâteau. Non : la religion est une composante essentielle des convictions des personnes, c’est la structure morale des gens. Par conséquent, le travail sur les structures morales de la société requiert une compréhension mutuelle entre ceux qui sont chargé d’éduquer la population du point de vue spirituel. Si nous ne parvenions pas à nous comprendre mutuellement entre hommes de (différentes) religion(s)(en prenant ‘hommes’ bien entendu au sens générique du terme), que restera-t-il à la génération (montante) ? (Rien…) Et si nous (hommes de religion – de toute les religions) nous sommes stipendiés, récupérés, utilisés, alors comment seront ceux que nous sommes chargés d’éduquer ?

[AAN] : Très juste !

[PPDO][5:03] C’est le contraire (qui est vrai). Nous ne voulons pas de ceux qui seraient nommés (par les autorités et imposés) d’en-haut, qui viendraient faire marcher les gens (à la baguette). Ce que nous voulons, c’est que ce soient les citoyens qui produisent en leur sein (« secrètent ») leurs dirigeants, leurs représentants, leurs pasteurs au sens religieux du terme, et il incombe à ces pasteurs de diriger un mouvement visant une profonde intercompréhension religieuse. Ce que je veux dire, c’est que s’il n’y a pas (entre nous – chrétiens et musulmans) un avenir commun, il n’y a d’avenir ni pour les uns ni pour les autres !

[AAN][5:34] : Magnifique ! C’est votre conception : c’est une conception révolutionnaire des choses, même pour la société civile ! Or, vous parlez ici des institutions religieuses ! C’est du moins ce que, moi, j’ai compris de votre exposé… Qu’est-ce qui vous a poussé, en tant que moine, au lieu de vous isoler dans votre cellule (ou dans vos activités quotidiennes, ou à l’église) à être actif (sans négliger votre dévotion) : la religion authentique est-elle donc dans le contact, dans les rapports, au quotidien, avec les gens ordinaires ?

[PPDO][6:01] : Dans l’histoire, de tout temps, nous avons constaté que les hommes, ne serait-ce que pour un certain temps, s’isolent avec leur Seigneur pour que celui-ci les purifie de leurs péchés, pour qu’il leur permette de remporter une victoire sur eux-mêmes, en quelque sorte. La Révolution (en Syrie) finira par l’emporter, si Dieu le veut. Mais la véritable victoire – la victoire profonde –, ce sera une victoire contre nous-mêmes. Cela signifie que cette victoire ne viendra qu’ultérieurement – après la Révolution. Ce travail (spirituel) est absolument indispensable. Nous sommes comme Saint-Jean-Baptiste, le fils de Zacharie, qui exemplifie ce combat spirituel ([le véritable sens du mot] jihâd).

[AAN] : Comment ?

[PPDO] : [6:34] Il marchait dans le désert, vêtu d’une peau de chèvre, il attachait ses effets de manière rudimentaire autour de sa taille, il se nourrissait de criquets…, mais il avait à l’œil le potentat local, qui était un tyran. Il y avait une situation totalement, manifestement immorale. Or, il lui a dit la vérité : pour cet affront, il a été décapité. Ça n’était pas quelqu’un qui s’isolait dans le désert du tout, ce fils de Zacharie…, ça n’était pas quelqu’un qui ne se serait pas mêlé des questions politiques, du genre de ceux qui disent : « Reste dans ton église, toi ! », « Reste dans ta mosquée, toi ! », « Reste dans ta synagogue, toi ! », « Occupe-toi de tes oignons ! ». Dieu – qu’Il soit exalté ! – lui qui est [en permanence] le créateur de l’univers, il se mêle de nos affaires, il se mêle des réalités ! Par l’inspiration, par sa guidance, par ses envoyés, par ses prophètes, par les (saintes) écritures (des religions du Livre), par son intervention constante, que faisons-nous, nous autres, les humains ? [Nous ne sommes pas premiers] : nous ne faisons que respecter les prescriptions du créateur des mondes !

[AAN][07:35] :… et donc, il fait partie du noyau dur des missions et de la formation de l’homme de religion et de l’autorité religieuse, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, de dire la vérité, de la montrer du doigt et de conseiller, de critiquer le gouvernant corrompu qui détruit sa société moralement et physiquement ?

[PPDO][07:54] : … avec tout mon respect pour ce que vous dites (vous savez, nous avons ce défaut de parfois couper les autres, ne m’en voulez pas…)…

[AAN] : … mais je vous en prie…

[PPDO] : … un homme de religion – et j’ai l’honneur d’en être un – doit toujours avoir présent à l’esprit qu’il est un guide spirituel. Il peut se faire que, dans certaines circonstances, ils doive témoigner pour la vérité – notamment lors de graves crises – et nous, en Syrie, nous sommes dans une crise très grave – notamment, s’il y a beaucoup de propagande religieuse mensongère, si la religion est utilisée, détournée de manière fallacieuse et s’il y a beaucoup d’hypocrisie. Dans ces cas-là, l’homme de religion est obligé de protester, de crier (la vérité). En revanche, en temps normal, dans des circonstances apaisées, l’homme de religion prêche là où il se trouve, là où il est à sa place… : il guide les gens spirituellement, sans interférer dans le domaine du politique.

[AAN][08:47] : Si je comprends bien, vous venez de faire le départ entre une situation de paix et de sérénité/prospérité dans la société (dans laquelle l’homme de religion n’interfère pas dans le domaine politique et où il respecte scrupuleusement la séparation de la religion et de l’Etat et mène son action pastorale notamment en diffusant les valeurs morales en alimentant la spiritualité dans les âmes), d’un côté, et de l’autre, des temps de crise qui exigent que l’homme de religion réfléchisse et prenne position et qu’il soit un véritable guide pour la nation et une âme pour la patrie (en faisant abstraction de ses composantes confessionnelles) – il faut alors qu’il prenne position, il ne faut pas qu’il se contente d’adopter celle que lui dictent ceux qui l’ont nommé à ses fonctions et il ne doit pas être une source de mensonge notamment en faisant la propagande des responsables politiques qui l’ont nommé, qui l’ont éventuellement corrompu en lui accordant certains avantages, comme une voiture ou un logement confortable ou encore certaines prérogatives, certains passe-droits. Bref… : mon père, vous prenez le parti des gens, des gens simples. Vous les connaissez : vous avez vécu avec eux notamment à Homs. Que pouvez-vous nous en dire ? Qu’avez-vous vu ? S’agit-il vraiment de criminels, d’assassins, de bandits des grands chemins (comme le prétend une certaine propagande) ? Ou bien s’agit-il de gens qui ont une morale, de gens qui sont prêts à faire des sacrifices, de gens généreux et bons ?

[PPDO][10:00] : Je ne parlerai pas seulement de Homs, mais bien du peuple syrien, que je connais…

[AAN] : Oui, bien sûr : je vous en prie…

[PPDO] :… en effet, je connais des gens à Alep…, à Damas…, je connais des gens dans toutes les régions de la Syrie – j’ai des amis partout, en Syrie. Vous savez, il y a ce fleuron de la jeunesse… : j’admire ces jeunes Syriens : ce sont eux qui nous ont obligés à faire la Révolution. Ah, ça, oui, alors : nous pourrons dire que nous aurons tardé ! Personnellement, (cette révolution), j’ai pris des cheveux blancs à l’attendre en rongeant mon frein. Vous savez : les fameuses « étapes », ce que nous cessions de répéter : « ce que nous n’avons pas pu faire ce jour, nous le ferons demain… », le « contexte international », la « position géographique particulière » de la Syrie, et puis les sionistes, la Russie…, et patati et patata… Aujourd’hui, peut-être… Demain, si Dieu le veut… Faisons-la à moitié (la révolution), faisons-en un quart, une petite partie… Et nous avons continué avec cette « patience » (pour ne pas dire cette résignation). Mais ça n’était pas du temps perdu : en effet, pendant ce temps-là, il y avait les prémisses d’une société civile qui commençaient à croître. Puis ces prémisses devinrent société civile et celle-ci se mit à se préparer en vue d’un changement… Si Bachar al-Assad en avait pris conscience et s’il avait été le premier à changer la situation (politico-économique en Syrie) au lieu de faire semblant de le faire tout en adoptant une attitude de procrastination,   attendant de voir, il aurait eu tout le peuple syrien avec et derrière lui ! Il n’aurait même pas eu à se faire élire « président » (après plusieurs années d’exercice du pouvoir) (pour se donner une légitimité) et cela aurait été tout à son honneur qu’il laisse tous les pouvoirs à quelqu’un d’autre que lui-même, cela aurait été mille fois plus honorable pour lui qu’une quelconque élection présidentielle (truquée). Cela aurait été la chose la plus authentiquement grandiose qu’il eût été en mesure de faire. Tous les livres d’histoire syriens l’auraient honoré en tant que personnalité ayant reconnu celle de l’Etat et fondé les bases de la démocratie… Mais hélas ! Il sera le premier à tomber dans l’oubli : Assad a été et reste la première victime du régime (dictatorial). Et voici que ce gars-là occupe encore aujourd’hui les fonctions de bourreau…

[AAN][11:52] : Il récolte ce que ses mains ont semé…,

[PPDO][11: 54]… absolument, il a commis l’erreur qui ne pardonne pas.

[AAN] : …et, les gens du peuple… : parlez-nous d’eux (tels que vous les avez connus), de ces jeunes…

[PPDO][12.00]… les gens…, (comme je l’ai mentionné) en particulier ces jeunes, ont imposé le changement – ils l’ont imposé à nous tous. Ils ont commencé à le faire en Tunisie (dans des conditions différentes), puis ils ont imposé un changement en Egypte, puis en Syrie. Ils ont eu le sentiment que c’était l’ensemble du peuple arabe qui allait se mettre en marche : ils se sont insurgés et ils sont descendus manifester dans les rues. Personnellement, j’avais parfaitement conscience que le régime ne le permettrait pas. Je ne savais que trop bien que ce régime assassinerait, arrêterait et emprisonnerait à tours de bras… Mais eux, ces jeunes, tant était grande leur aspiration à la liberté, ils ont continué à défiler dans les rues. Ils ont continué, et ils en ont payé le plus exorbitant des prix. Et à chaque fois que je pense à ces jeunes qui sont allés manifester comme ça, sans rien, désarmés, en faisant une totale abstraction des conséquences que cela pourrait avoir pour eux, pour leurs vies !…

[AAN] : oui, ils ont eu une attitude véritablement héroïque qui les a fait rentrer dans la légende…

[PPDO] : …ils ne poursuivaient qu’un seul but : témoigner (au prix de devenir des martyrs) pour la vérité… à chaque fois que je pense à eux, disais-je, je ne peux m’empêcher de pleurer (qui le pourrait ?). En effet, le martyre pour la vérité, cela vous confronte au sacré, cela vous met en présence du Saint Esprit, c’est absolument indiscutable. Par conséquent, c’est simple : nous ne pouvions que suivre l’exemple extraordinaire que nous donnait cette jeune génération et répondre présent à son appel. Dès lors, ce dont nous disposions comme expérience, comme compréhension des choses, comme expériences couronnées de succès (et même comme tentatives avortées), nous l’avons mis au service de la libération de la patrie syrienne, au service cette libération qu’a initiée, comme nous l’avons vu, cette génération admirable de courage et ô combien généreuse (…). [13:34] Mais nous devons avoir le sens de notre responsabilité et penser à tous ceux qui sont encore sous la menace du poing d’acier du régime pour telle ou telle raison (pour tous, il y en a une)… : ainsi, dans l’armée syrienne, il y a des soldats qui meurent de peur. Ils ont peur pour eux-mêmes, et ils ont peur aussi pour leurs proches. Ils ne peuvent pas faire défection : s’ils désertaient, le régime s’acharnerait contre leurs proches (et ce, tant qu’il resterait en place).

[AAN][13:56] (si je comprends bien), vous faites partie de ceux qui pensent qu’il faut reconnaître des circonstances atténuantes à ceux qui sont restés soumis au régime – notamment aux soldats de l’armée syrienne qui n’ont pas fait défection. Parmi eux, certains n’en ont pas eu la possibilité et d’autres en ont l’intention, mais ils ont décidé de rester dans l’armée pour pouvoir aider les révolutionnaires clandestinement, et vous faites partie de ceux qui ne considèrent pas que tous les soldats syriens seraient des salauds, n’est-ce pas, mon père ?

[PPDO][14:18] : Tout d’abord, si je suis moi-même un salaud et que je vous demande de m’aider à m’amender, c’est la meilleure des solutions possibles. C’est la Syrie tout entière qui devait composer (et donc, dans la quasi-totalité des cas, se compromettre) avec ce régime. Donc : réformons tout ça, progressivement, par étapes ! Ces réformes passeront du troisième au second puis du second au premier rang… : lançons-nous ! Nous intégrerons à ce grand mouvement tous les Syriens, qui sont tous nos enfants.

[AAN][14:32] (s’adressant au téléspectateur): Comment allons-nous rassembler tous les Syriens, qui sont tous nos frères et nos enfants, notre famille – que nous n’allons certainement pas abandonner à leur triste sort ? C’est ce que le Père Paolo va nous dire… Mais après une annonce… : restez avec nous…

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[AAN][15:17] : Bienvenue à nouveau ! Comment allons-nous rassembler toute notre famille (syrienne), comme vous l’avez suggéré avant cette annonce ?

[PPDO][15:22] Nous devons comprendre à quel point tout citoyen syrien qui est resté fidèle au régime Assad [ou ne manifeste aucune opposition] vit en réalité dans un monde à part. Il y a parmi eux des gens qui sont convaincus de la Révolution à 100 % (ça peut-être, par exemple, le cas de soldats qui ne peuvent pas faire défection de l’armée parce qu’ils craignent pour la vie de leurs proches – que le régime ne manquerait pas d’assassiner) : ceux-là peuvent pratiquer une forme de solidarité avec la Révolution en restant dans la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils seront sans doute un jour obligés de faire défection, se trouvant dans une impossibilité morale ne leur laissant pas d’autre issue. Être soldat dans l’armée du régime, cela signifie que vous allez tuer des civils, bombarder des gens, tirer sur eux à la mitrailleuse lourde : il pèse donc sur vous en permanence l’impératif moral de faire défection. Mais même si vous ne désertez pas, vous pouvez aider les gens, alléger leurs souffrances, tout en restant dans l’armée. Il y a aussi des gens qui se sont auto-convaincus, qui ont fini par admettre comme si c’était la vérité le pire des mensonges, à savoir le mensonge consistant à prétendre qu’il n’y a pas de révolution en Syrie et qu’il s’agit ni plus ni moins de « terrorisme ». À ceux-là, nous disons : bon, le régime vous dit que ces gens (les Révolutionnaires) sont stipendiés (par exemple), avec parmi eux le Père Paolo, qui est tout aussi acheté (c’est clair : regardez ma veste « neuve » [17:27]…) – éh bien : faites leur connaissance, ils sont sans doute parmi les prisonniers que vous êtes chargés de surveiller : ne voyez-vous pas, de vos propres yeux, qu’il ne s’agit aucunement d’agents stipendiés, que ce sont des gens profondément convaincus, qui sont en train de cracher du sang tandis que vous, vous êtes en train de le torturer ? Ce sont des gens honnêtes qui revendiquent la liberté non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour vous. Et vous, que faites-vous ? – Vous êtes en train de les torturer ! Le tortionnaire comprendra alors qui (dans la situation syrienne) ment et qui dit la vérité. De là à dire que tous ceux qui participent à la Révolution sont des saints ? Non ! Il y a des gens qui sont très doués pour prendre le train en marche, pour surfer sur la vague. Si Dieu le veut, le peuple syrien, qui est un peuple profondément démocrate et mature, saura faire le tri.

[AAN][17:54] Vous avez rencontré beaucoup de jeunes combattants syriens, vous avez partagé leurs repas, vous vous êtes rendu dans nombre de villages, vous avez dormi chez eux : ces jeunes sont-ils vraiment des intégristes radicaux, violents, agressifs vis-à-vis des membres d’autres communautés (religieuses) que la leur, des gens chauvins refusant l’Autre ? Qu’avez-vous constaté ?

[PPDO][18:07] La majorité écrasante, la plupart des gens, de manière générale, donnent à voir une population à la fois patriote et pieuse…

[AAN] : … Belle description…

[PPDO] : Patriotes, ils le sont au sens où ils veulent une Syrie pluraliste, civile, civilisée, et en même temps ils sont pieux en cela que leur action révolutionnaire exige d’eux (tant les combattants musulmans que les combattants chrétiens engagés dans la Révolution) un degré de générosité et un sens du sacrifice tel que dans la plupart des cas, il ne peut aller sans un retour vers la dimension spirituelle, vers la dimension religieuse…

[AAN] :… cela s’explique par le fait qu’ils sont prêts à mourir pour cette cause ?…

[PPDO] : il y a une sorte d’enthousiasme, d’exaltation religieuse et d’engagement religieux renouvelé chez la majorité d’entre eux (tant chrétiens que musulmans et de toutes les confessions, dans toutes les écoles théologiques musulmanes existantes). Il y a (parmi eux) des gens qui étaient baathistes, et qui compris que le temps du changement était arrivé. Et puis il y a de jeunes combattants qui se définissent par leur appartenance familiale, qui n’ont aucune idéologie sectaire, qui ne se sont absolument pas des islamistes. Ils ont une vision d’une société civile et civilisée, ce sont des démocrates, ils ont une aspiration révolutionnaire au changement. Il y a, en Syrie, quelque chose d’extrêmement important : le milieu des Frères musulmans. Ce sont des acteurs politiques authentiquement musulmans, qui, en Syrie, ont été criminalisés, persécutés, exterminés. Ceux que vous pouvez rencontrer sont soit sortis de prison, soit revenus de dizaines d’années d’exil. Certains sont restés en prison extrêmement longtemps, et souvent leurs enfants ont dû s’exiler : j’en ai rencontré dans nombre de pays. Tous ressentent une extrême nostalgie pour leur pays, la Syrie. Durant ces trente dernières années, les frères musulmans ont évolué, passant de l’affirmation « la solution, c’est l’Islam » à l’affirmation que « la solution, c’est la démocratie » (car celle-ci est possible dans le cadre de la foi musulmane)…

[AAN] [20:40 ] : … vous avez donc constaté chez ces Frères musulmans une évolution, une maturation politique : ils n’ont plus les mêmes idées qu’à l’époque du massacre de Hama (en 1982, ndt) ?

[PPDO] : Oui, incontestablement, il y a eu une évolution, des avancées démocratiques dans la pensée des Frères musulmans.

[AAN] : Maintenant, c’est au religieux chrétien que je m’adresse : n’avez-vous pas des réticences, en tant que chrétien, lorsque certains évoquent la tenue d’élections (avec leur participation) en Syrie (c’est une pure hypothèse, car il est peu vraisemblable que les Frères musulmans remportent de telles élections dans ce pays) ?

[PPDO] : Personnellement, ce qui m’importe, c’est que ce soit le peuple syrien qui soit le vainqueur et qu’il puisse s’organiser démocratiquement et que nous parvenions à établir en Syrie une démocratie qui soit respectueuse de la piété religieuse.

[AAN][21.19] : Qu’entendez-vous par cette « démocratie pieuse », c’est un concept nouveau, non ?

[PPDO] : Cela signifie que si une société, y compris démocratique, veut être présidée par la corruption, les intérêts privés, les faux-semblants, un théâtre politique qui soit un théâtre où l’on cherche à imposer sa personne, à se vendre…, alors on a la démocratie de Berlusconi (excusez-moi…)

[AAN] : je comprends… Par conséquent, il ne peut y avoir de démocratie réelle qui ne soit fondée sur l’authenticité et sur la justice ?

[PPDO] [21:51] : … Alors que nous (les Syriens vivant dans une société majoritairement musulmane), nous avons pour nous des religions qui nous éduquent, qui nous enseignent des valeurs ancestrales, profondes, un engagement politique généreux et au service du prochain, une vie sociale faite d’intérêts communs et partagés. C’est là une atmosphère bien différente, c’est cela, que je qualifie de piété. Vous connaissez cette magnifique expression coranique : « Nul n’est meilleur que nul autre, sauf en matière de piété ». En ce sens, le concept de laïcité…

[AAN] : … qui suscite des controverses en raison d’interprétation très différentes…

[PPDO] [22:33] : … en entendant le mot « laïcité », d’aucuns comprennent: « État impie », « démocratie exempte de valeurs religieuses » : cela, nous n’en voulons pas. Nous, ce que nous voulons, c’est rendre effectives les valeurs, mais sans imposer quoi que ce soit : « Pas de contrainte en matière de religion » (il n’y a pas de contrainte, en matière de religion, n’est-ce pas ?) et en faisant que tout le monde respecte son prochain. Par conséquent, il s’agira évidemment d’une société pluraliste. Si un musulman (ou un chrétien) vient nous dire « ma conception de la religion est la seule qui soit véridique, tous les autres sont dans l’erreur », c’est le contraire de la démocratie : cela ne mène nulle part et c’est totalement inacceptable. L’Islam, dans toutes ses composantes, s’est vu dans l’obligation de mettre les kharijites de côté, parce que ceux-ci jetaient l’anathème sur tous les autres qu’eux-mêmes. Non : ce que nous voulons, c’est une société plurielle. Nous voulons recueillir l’avis de tous, et s’il y a quelque chose de honteux, tous les citoyens savent que c’est quelque chose de honteux, quelque chose qu’il faut interdire. Si le pluralisme de la société va jusqu’à ce que quelqu’un puisse dire : « je n’ai pas envie de payer quoi que ce soit, alors je vole… », cela ne marchera pas, n’est-ce pas ?

[AAN][23:43] : Mon père, vous posez les problèmes politiques exactement comme le ferait un Syrien, vous vivez comme un Syrien, vous avez les mêmes préoccupations que les Syriens, vous parlez même le dialecte arabe syrien exactement comme un Syrien !… Avant la Révolution, vous avez toujours dit que vous vous considériez syrien. Mais après la Révolution, vous êtes toujours attaché à cette Syrie, ou bien vous dites : « Stop, les gars, je me suis trompé : je ne veux plus être syrien » J ??

[PPDO][23:57] : Non, non : je veux servir la Syrie dès aujourd’hui, et non remettre cela à demain. Et si je fais une tournée dans beaucoup de pays, c’est uniquement parce que je suis plus utile à l’étranger, pense que cela peut contribuer à davantage faire avancer les choses en Syrie que si je restais en Syrie…

[AAN] : … tout le monde comprend cela, tout le monde…

[PPDO][24:12] : … personne ne me pousse à le faire…

[AAN] : Il y a quelque chose, je m’en souviens, qui a particulièrement retenu mon attention, dans ce que vous avez dit : il y a en Syrie une révolution – vous pensez donc que ce qui se produit aujourd’hui en Syrie, c’est une révolution – mais vous exceptez la plaine de l’Oronte où vous évoquez une guerre civile : pourriez-vous nous expliquer davantage les raisons de cette exception ?

[PPDO][24:25]: Vous vous en souvenez : nous étions en train d’expliciter les différentes couches de la société syrienne. Prenons ceux qui sont restés sous la domination du régime… Il y a parmi ceux-ci une importante proportion de gens qui soutiennent le régime (uniquement) parce qu’ils redoutent des vengeances confessionnelles ou de classe, ou islamistes, et – pourquoi ne pas le dire ? – des représailles contre telle ou telle minorité.

[AAN] : Ils ont peur, en cas d’effondrement du régime qu’ils considèrent laïc, de subir des représailles d’ordre confessionnel…

[PPDO][25.04] : je me souviens d’un officier qui était venu me voir (il y a de cela une vingtaine d’années), il m’avait dit : « Mon père, vous devez nous comprendre… : si nous relâchions la pression de nos rangers sur leur cou, ils se redresseraient et nous massacreraient…  Nous nous entre-déchirerions… ».

[AAN] : Que voulait-il dire, par ce « nous » ?… : « nous les alaouites, et vous les chrétiens » ?

[PPDO] : (il voulait dire) : Nous, les habitants des montagnes (au-dessus de l’Oronte, c’est-à-dire les alaouites) et vous, les chrétiens, nous devons être ensemble. Je lui ai répondu : ce genre de discours, même Hafez al-Assad ne le tient pas ! Et vous venez le tenir devant moi, moi qui suis en faveur de l’élargissement maximal des cercles de la concorde nationale ! Tel est en effet mon projet, que je poursuis avec patience, en y prenant des cheveux blancs… C’est ce que je cherche à obtenir depuis vingt ans. Je n’ai aucune raison de changer de programme : je continue à travailler sur les moyens permettant d’élargir le cercle de la concorde nationale en Syrie. Voilà ce que je dis aux chrétiens et aux alaouites : Pensez-y : un régime tyrannique qui prive tous les citoyens de leur liberté en prétendant les « protéger » est un régime qui est voué à l’échec et qui condamne à l’échec tout le pays : telle est la catastrophe, et cette catastrophe nous est commune. C’est ce que nous constatons aujourd’hui. Nous en sommes arrivés là, aujourd’hui, en Syrie : nous sommes dans une révolution, et nous sommes pris dans une catastrophe nationale. [26:20]. Mais il m’est impossible d’affirmer que ce serait là un prix à payer. Qui pourrait dire [aux Syriens] que le prix à payer, ce sont trente mille enfants tués, leurs enfants, nés de leurs entrailles ? Inutile de tergiverser : nous sommes en train de vivre une Révolution pour laquelle nous avons d’ores et déjà payé un prix qui dépasse tout entendement. Nous vivons une catastrophe et tout retour en arrière est absolument impensable. Par fidélité à ceux qui sont tombés en martyrs, nous avons le devoir de parvenir au but : il y va de la fidélité, de la confiance qu’ils ont placée en nous… : vous savez, nous avons une dette…

[AAN][26:59] : Vous voulez dire que ces martyrs ont versé leur sang pour nous et que, ce sang, nous en sommes les gardiens, que nous avons envers eux une dette – une dette que nous devons leur rembourser en faisant triompher la Révolution le plus tôt possible… ?

[PPDO][27:07] : Ne pas faire cela serait commettre un crime de haute trahison… Un crime de haute trahison commis contre ceux qui sont morts et contre le Dieu de Justice au nom de qui ces martyrs sont tombés. À ce sujet, nous devons convaincre les chrétiens, les kurdes, les alaouites…

[AAN] :… qu’il est dans leur intérêt de soutenir la Révolution…

[PPDO] :… que leur intérêt est du côté de la concorde nationale…

[AAN] : Pourquoi ? Démontrez-nous pour quelle raison, si vous le voulez bien… : quel est le message que nous recevons actuellement de leur part ?…

[PPDO][27:36] : … [Il faut avoir conscience qu’] actuellement, nous avons affaire à de nouvelles générations qui n’ont aucune idée de ce qu’est la démocratie. Ils n’ont entendu parler de la démocratie ni dans leur milieu familial, ni à l’école, ni à la mosquée ou à l’église… Vous savez, le cheikh Jawdet Saïd a dit un jour [dans un prêche] : « Mes chers frères, qui sommes-nous ? Regardons-nous bien en face… : la démocratie, nous ne savons pas ce que c’est, mais ça n’est absolument pas une raison pour la détester… S’il se présente à nous quelque chose de nouveau… »…

[AAN] :… oui : pourquoi adopter une attitude hostile pleine de préjugés à son encontre ?…

[PPDO] : « … : hé bien : examinez-la… étudiez-la… Ainsi, quand la roue a été inventée (pas la roue instrument de torture du régime syrien, mais bien les roues de nos véhicules, hein !)… vous me suivez ?… après que quelqu’un eut inventé la roue, il y a eu des chars, qui, très rapidement, ont commencé à circuler au vu et au su de tout le monde… plus rapides que ces gens devenus des piétons, épargnant de la fatigue aux portefaix, transportant leur charge plus rapidement… sans leur casser le dos, etc. [28:29]… Alors, qu’ont dit les gens ? Ils ont dit : « ça, c’est une super-bonne idée – adoptons-la ! »»… La démocratie, c’est le procédé, le moyen qui a été inventée – à travers des expérimentations collectives – par l’humanité pour solutionner les conflits qui se produisent de manière tout à fait naturelle dans toute société, sans bain de sang. Démocratie est un mot qui signifie : « procédé permettant de trouver des solutions sans que du sang soit versé ». [29:00] J’ai été amené (il y a déjà fort longtemps) à dire : « Nous voulons libérer la Syrie sans bain de sang ! ».

[AAN] : Quand était-ce ?

[PPDO] : Cela fait vingt-cinq ans. Tout mon projet (pour la Syrie)… tout mon projet… (j’ai des archives qui le prouvent)…

[AAN] : … vous avez donc conçu un projet (pour la Syrie) en tenant compte de ce qu’il risquait de se passer… ?

[PPDO] : …naturellement….

[AAN] : … donc, vous vous attendiez à ce que… ; vous avez ; en quelque sorte, décelé…, anticipé… ?…

[PPDO][29:25] : … Mais…, nous avons (déjà) eu un bain de sang, en 1982, nous autres les Syriens : [lorsque la Révolution a éclaté, en 2011], nous sortions (déjà) d’un bain de sang !

[AAN] : … et, donc, vous vous attendiez à ce que le massacre de Hama, en 1982, se répète, vous le redoutiez ?

[PPDO] : Bien sûr ! Vous savez, la vengeance, cela existe : il y a une colère, il y a une tension psychologique permanente…

[AAN] : O.K… Pourtant, pendant vingt ou trente ans, il ne s’est strictement rien passé : on a pu avoir l’impression que le peuple syrien était totalement anesthésié, ou endormi, voire satisfait de ce que lui racontait la propagande du régime ?

[PPDO] : Vous savez, l’histoire a une excellente mémoire…

[AAN] : C’est l’histoire, alors, qui se serait révoltée ?

[PPDO] : … Sa mémoire – la mémoire de l’histoire – est excellente. Ainsi…

[AAN][29:52] : … mais vous leur avez posé une question problématique, Père : les gens qui se sont soulevés en Syrie (en mars 2011) ne l’ont pas fait en étant mus par le désir de se venger (du massacre) de Hama. Les gens se sont révoltés pour leur dignité, pour leur liberté. Pour se débarrasser de ce régime intolérable.

[PPDO] : Certes, mais cela ne signifie pas que la tension, que le désir de vengeance n’étaient pas là. La colère, aussi, était là. Non seulement ces sentiments étaient bien présents, mais ils s’étaient accumulés. Regardez le nombre des personnes, en Syrie, qui ont subi des coups : à l’armée, à l’école, dans les caves des services de sécurité, dans… : il y en a un nombre incroyable ! Posez-vous la question du nombre de ceux qui ont connu l’emprisonnement : ils sont incroyablement nombreux ! Certains sont encore en Syrie, mais d’autres se sont exilés. Prenez maintenant la catégorie de ceux qui se sont tus contraints et forcés…

[AAN] :…, exact…, ceux qui rongent leur frein…, qui attendent…

[PPDO] : ils sont des millions. Ces gens représentent un véritable volcan en puissance ! C’est un volcan auquel on a mis un bouchon : si un jour le bouchon saute, que se passe-t-il ?

[AAN] : c’est l’explosion, l’éruption…

[PPDO][30:57] : ce à quoi nous oeuvrions consistait à évacuer les tensions dans l’espoir d’avoir une certaine influence dans un mouvement démocratique pour qu’il soit susceptible de conduire à une réconciliation avant que le bouchon ne saute…

[AAN] : il y a combien de temps que vous aviez ainsi compris ce qu’il allait se passer, mon Père ? Vingt ans ?

[PPDO] : [31:20]… depuis lors (depuis Hama)… et nous oeuvrions en ce sens pour qu’il n’y ait pas, comme aujourd’hui, ces 280 000 victimes à déplorer. Et il ne faut pas croire que cela aurait été difficile. En effet, il y a des pays qui, récemment, ont connu des conflits qui ont fait des nombres de victimes approchants (il n’est nul besoin pour cela d’armes provenant de Russie, d’Iran ou d’ailleurs). Il y a des pays où des centaines de milliers de personnes ont été massacrés par des centaines de milliers d’autres personnes : des pierres et des couteaux suffisent. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Personne n’est meilleur que quiconque. Nous devons être conscients, aujourd’hui, du fait que la révolution est une roue qui ne s’arrêtera pas de tourner. Le droit est en marche, et tout le monde doit s’engager. Maintenant. C’est pourquoi nous nous adressons à nos frères alaouites et à nos frères chrétiens. Nous nous adressons à toutes les confessions, ainsi qu’aux Kurdes, qui soutiennent le régime syrien (et non pas tous les Kurdes, bien entendu, car ceux-ci sont majoritaires à soutenir la Révolution, ils ont souffert de la répression…)…

[AAN] :… ils en ont surtout souffert depuis les répressions de 2004…

[PPDO] : … et à tous ceux qui ont eu à souffrir de la tyrannie, qui désormais savent ce que celle-ci signifie. Certains d’entre eux jouent sur les deux tableaux. À ceux-là, nous disons : « soyez raisonnables ». Certains alaouites, dans la montagne, attirent sur eux l’enfer, à cause de la tyrannie. Certains veulent la partition du pays et créer un pays alaouite : ah bon : ils veulent faire sécession pour créer un pays (alaouite) tyrannique ? Faisons la supposition que vous vouliez un pays s’étendant de l’Oronte à la Méditerranée : comment vous le voulez, ce pays ? Vous le voulez corrompu, tyrannique ?…

[AAN]… : là, vous vous adressez toujours à ces gens ?…

[PPDO] : … un pays régenté par tous les hommes de mains, les shabbîha, de Syrie, qui viendront se regrouper chez vous, avec leurs méthodes bien connues, de vol et de contrebande, etc… ? Alors, nous vous disons : « Bon courage » ! « Prenez-les tous, nous vous les envoyons… » [rires].

[AAN] :… « Prenez-les bien – tous –, nous vous paierons pour que vous les gardiez ! »… J [rires]. Après une nouvelle annonce, nous aborderons la Syrie dans l’avenir avec le Père Paolo – la Syrie post-Assad… Restez avec nous…

°°°°

[33:46] : bande-annonce (titre de l’émission)

[AAN] : Bienvenue à nouveau ! Père Paolo : [abordons la question de] la Syrie après le régime de Bachar al-Assad… Êtes-vous inquiet, ou continuez-vous à espérer que la Syrie continuera et qu’elle sera telle que vous souhaitez qu’elle soit ?

[PPDO][34:15] : Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là. Nous sommes en train de traverser un fleuve extrêmement large, et c’est pourquoi je m’adresserai maintenant à nos frères de la montagne alaouite et chrétienne, ceux qui sont avec le régime, tout d’abord pour dire à chacun d’entre eux : mon frère, supposons que tu aies peur des autres Syriens pour différentes raisons, parce que ce sont des islamistes, parce que tu penses qu’ils ne sont pas francs… suppose toutes les raisons que tu veux… Supposons que, comme on veut vous en convaincre, vous ayez besoin de faire cession, d’avoir votre propre État indépendant, qui s’étendrait de l’Oronte à la mer… Ce pays, vous le voulez tel qu’il est aujourd’hui, avec cette corruption, avec cette pourriture ? Ou bien est-ce que vous voulez accéder à une démocratie qui vous appartienne ? Alors faites votre mouvement de redressement [harakéh tashîhiyyé] à vous contre ces corrompus, prenez le contrôle du pays ! Ils disent avoir les armes, la Russie de leur côté, l’Iran, le Hezbollah, l’Irak d’Al-Maliki, que Téhéran est avec eux, ainsi que Cuba, Chavez, la Chine… tout ce qu’ils ont avec eux : tant mieux pour eux ! Alors ils n’ont aucune raison d’avoir peur de nous ! Ils sont suffisamment soutenus ! Nous n’avons jamais voulu nous battre contre la Russie. Nous n’avons rien contre Téhéran par principe, malgré les armes (qui nous frappent) qui proviennent de Téhéran. Nous n’avons rien non plus contre Cuba ou d’autres que Cuba ni contre la Chine. La Syrie du futur veut vivre en paix avec tout le monde. La Syrie à venir sera non alignée. Elle ne marchera ni avec Qatar (avec mes remerciements pour nos frères qataris qui nous apportent leur aide), elle ne sera pas alignée sur l’Arabie saoudite (avec tous mes vœux pour nos frères saoudiens qui, je l’espère, réussiront à instaurer chez eux une véritable démocratie), ni sur la Turquie, ce pays voisin extrêmement important qui prend soin des réfugiés et apporte de l’aide à nos enfants qui souffrent de la faim et qui aide véritablement la Révolution – mais nous ne voulons pas d’un nouvel Empire ottoman : ce que nous voulons, ce sont des relations saines de voisinage entre pays amis. Alors, nous leur disons : « Gardez vos amis, gardez vos armes, et venez participer à des négociations constitutionnelles. Venez participer à des négociations constitutionnelles franches, ouvertes, publiques et sincères. Finissez-en avec Assad, et venez participer à des pourparlers entre hommes de bonne volonté. Nous avons besoin des Nations Unies, présentes sur le terrain, pour le jour où, Dieu voulant, il y aura un accord entre vous et nous, et des forces des Nations Unies pourront stopper ceux qui auraient des velléités de déclencher une guerre civile [37:31], auquel cas, nous les plaquerions au sol. Faut-il que des Casques Bleus se déploient le long de l’Oronte ? Pas de problème ! Pas de problème : si vous les réclamez, nous les réclamerons aussi. Les Casques Bleus ? Qu’ils viennent ! Nous dirons aux Russes : maintenant, vous devez voter au Conseil de Sécurité en faveur de leur envoi et de l’instauration de véritables négociations démocratiques. Nous sommes frères de sang, nous parlons la même langue, nous avons les mêmes origines ethniques, nous avons en partage une même civilisation, une même géographie, des valeurs communes. Qu’y a-t-il qui nous sépare ? Rien. Nous voulons une Syrie pluraliste, nous voulons une Syrie qui soit une mosaïque. Nous voulons la Syrie telle que Dieu l’a créée.

[AAN][38:24] : Bien. Pourquoi ce discours, nous ne l’entendons que de votre part ? Pourquoi les autres religieux chrétiens n’abordent-ils jamais ces questions ?

[PPDO] : Il y a trois sortes de religieux (qu’ils soient chrétiens ou musulman) : certains d’entre eux sont déguisés en hommes de religion, alors qu’en réalité, ce sont des responsables organiques dans les instances sécuritaires de l’État. D’autres sont entièrement soumis aux régimes en place, ils ont mis en place cette machine infernale consistant en un faux équilibre : « tu m’exploites, et moi je m’imagine que je me sers de toi »… résultat : je suis pendu à tes mains, et en cas de crise, je suis dans l’impossibilité d’échapper à ta mainmise sur moi. [39:12] Quant à la troisième catégorie d’hommes de religion, majoritaire, sont ceux qui, chrétiens et musulmans, restent silencieux : ils ne peuvent rien dire, car ils veulent (pouvoir) rester en Syrie. A l’étranger, ils peuvent parler, même les chrétiens peuvent parler… Mais dans le pays ? Non. Dans le pays, ils ne peuvent que se taire. Si vous voulez aider les veuves, si vous voulez vous occuper des orphelins ou des blessés, ou tenter de sortir des gens des prisons, vous devez vous taire. Ce sont ceux-là, ceux qui résistent en silence [çâmidûn sâkitûn], qui prendront la place des hommes de religion (collaborateurs) déchus [sâqitîn] et qui seront les pasteurs spirituels du peuple… du peuple de la Révolution.

[AAN][39:53] : Très bien. Il y a des chrétiens qui ont été exploités en raison de leur compromission avec la corruption, parce qu’ils étaient associés à des responsables corrompus, notamment de l’entourage de Bachar al-Assad et parce qu’ils ont fait fortune grâce à ces relations, et même parfois parce qu’ils ont fait partie des mafias des hommes de mains appelés shabbîha… À ceux-là, que leur dites-vous ?

[PPDO][40:14] : il y a des gens comme ça chez les chrétiens, chez les musulmans : dans toutes les confessions… A partir d’une certaine période, en Syrie, qui que vous ayez été, vous ne pouviez faire le commerce d’aucun type de marchandise sans passer par un intermédiaire ou sans avoir un associé qui fût alaouite. C’était totalement impossible. Ceux-là doivent solder ce type d’association, ils récupéreront de ce fait des sommes d’argent qui pourront servir à construire la Syrie de l’avenir. Ils ne seront pas blâmés, et un alaouite qui procédait à ce genre de racket récupérera sa liberté, il viendra travailler avec nous, nous construirons la nouvelle Syrie ensemble.

[AAN][40:56] : Très bien. Vous avez une position à propos des chrétiens qui ont pris les armes, par exemple ?

[PPDO] : À mes yeux, c’est là un sujet très sensible et extrêmement important. Je suis accusé par certains d’être un homme de religion engagé (politiquement) qui soutient une révolution armée. J’abhorre les armes. J’ai les conflits armés en horreur. Je crois en la non-violence, en une lutte non-violente visant à faire régner la justice. Je suis un disciple de Gandhi, en plus d’être un disciple du Christ et des prophètes. Jésus-Christ était pacifique et il avait le cœur humble, il est mon guide spirituel.

[AAN] : Permettez-moi de vous interrompre et de reprendre le mot que vous avez utilisé, car c’est important : vous avez bien voulu dire que le Christ était paisible, pacifique ? [wadî3]

[PPDO] : Oui : il était paisible [wadî3], et en même temps, il était humble [mutawâDi3] (avec votre fameuse lettre Dâd… [n’existant qu’en arabe et réputée imprononçable pour un non-arabophone, ndt]).

[AAN] : Merci pour cette confirmation !

[PPDO] : Le Christ était à la fois « wadî3 » (paisible) et « mutawâDi3 al-qalb » (il avait le cœur humble)… J [sourire]

[AAN] : O. K….

[PPDO][41:59] : Ainsi, ce Christ (paisible et humble), est l’objet de mon amour et de mon aspiration spirituelle. Mais ce principe n’entre pas en contradiction avec le droit qu’ont les gens de se défendre. L’autodéfense peut être prise pour prétexte pour agresser autrui. Tous ceux qui passent à l’offensive pensent être en train de se défendre eux-mêmes. Il y a là-dedans du mensonge. La non-violence peut prouver si quelqu’un est en train de s’auto-justifier fallacieusement [yataHajjaj]. Mais cela n’empêche nullement que dans certaines circonstances historiques, vous devez vous défendre. Le peuple syrien se défend contre la tyrannie d’une dictature militaire [42:40], dans un contexte où, pour des raisons non élucidées, le monde s’abstient de se porter au secours du peuple syrien. Personnellement, si je vois un petit gamin se défendre à coups de savates contre trois lascars qui l’agressent et risquent même de le tuer, je ne pense pas à la non-violence et je ne me défausse pas en me disant qu’il ne faut pas que je m’en mêle… Ce gamin, je le laisserais mourir sous les coups ? C’est une honte, c’est un scandale : ça n’est pas de la non-violence ! Le monde est surarmé, et il ne fait rien pour venir sauver le peuple syrien [43:23] Malgré cela, j’appelle tous les Syriens et toutes les Syriennes honnêtes engagés dans toutes les sortes de combat de résistance non violents à poursuivre ce combat et cette résistance. En effet, la Syrie s’édifiera par la non-violence. La Syrie se construira grâce à la réconciliation, par la tolérance. Elle le fera par la justice et par le Tribunal (pénal) international, également. Mais il faut qu’il y ait aussi en fin de compte un liant, un facteur de cohésion : il faudra un jour rassembler les Syriens, tous, dans la simplicité et dans l’amitié. Par conséquent, je suis partisan de la non-violence.

[AAN] : …mais n’est-ce pas là un langage un peu trop général ?…

[PPDO] : …un instant, je vous prie… Il y a certains de nos frères, des chrétiens, qui portent les armes parmi les mouvements de résistance. Mais il y en a aussi du côté du régime, soit qu’ils appartiennent aux services de sécurité, soit qu’ils soient soldats dans l’armée régulière, soit encore qu’ils aient pris les armes (pour se défendre eux-mêmes) dans certaines vallées… À ceux-là, je dis : « Ne commettez pas cette erreur, les gars : le port d’armes n’est pas compatible avec l’adhésion aux valeurs du christianisme, il n’est pas compatible avec l’appartenance évangélique [44:52]. Tu veux défendre ton village ? Tu as peur des autres ? O. K. : fais-le. Mais demain, il faudra nous réconcilier. Mais ne va pas raconter que tu te défendais toi-même : non, tu défendais ton grand-père, tu défendais ta famille, ta maison… C’est du moins ce que tu imaginais. Demain, nous nous réconcilierons et nous trouverons une solution [54:14]. Personnellement, je pense qu’un chrétien, en raison des droits de l’homme, en raison de la démocratie, et en raison de la révolution, peut être amené à prendre les armes. Mais il n’a pas à écrire dessus des formules religieuses. Un chrétien peut s’enrôler dans l’Armée Syrienne Libre, devenir membre d’un comité local de coordination pour défendre ses concitoyens, que ceux-ci soient chrétiens, musulmans, druzes… – quelle que soit leur confession religieuse. Un peuple entré en révolution pour obtenir la démocratie a le droit de recourir aux armes. Quant à l’Évangile : comme vous le savez, le Christ ne s’est jamais défendu lui-même. Dans le noyau dur des Évangiles, personne ne recourt aux armes pour ses défendre. Le secret des Évangile, le secret de l’appartenance à la foi chrétienne, le secret de l’identité chrétienne, c’est l’impossibilité de tout recours aux armes, fusse pour se défendre. C’est impossible : il y a incompatibilité totale entre les Évangiles et les armes. Un Arménien, par exemple, pourra dire qu’il veut défendre son arménité en recourant aux armes : cela le regarde. Un Maronite disant qu’il veut défendre son appartenance à cette communauté par les armes : pourquoi pas. Mais en ce qui concerne [la défense de] son baptême, en ce qui concerne le secret de l’Évangile dont il est porteur, il n’est aucune arme qui puisse être utile [46:34]. Baba Amro (un quartier de Homs, ndt) n’a-t-il pas toute une troupe de combattants qui le protègent… ?

[AAN] : … si : environ deux-cents…

[PPDO] : … ils défendent leurs grands-pères, pas le plus secret de leur foi chrétienne. Ce secret ne saurait être défendu par les armes.

[AAN]… : le secret propre à l’âme des chrétiens se défend par lui-même.

[PPDO] : … ce secret est d’ordre divin, l’homme n’a aucun pouvoir sur lui… En la matière, aucune arme ne peut être d’un quelconque secours : au contraire, une arme ne peut que faire du tort.

[AAN] :… du tort, naturellement…

[PPDO] : … c’est pourquoi je propose… (je me contente de proposer, les gens font ce qu’ils veulent), ça n’est pas la première fois que certains se sont mis à porter des armes et en même temps des croix, je le sais… l’histoire est l’histoire, nous n’allons pas la nier. Nous sommes tous des fils du sang, il n’existe aucun peuple qui n’ait fait couler le sang. Raison de plus pour nous réconcilier, nous sommes tous pécheurs. Nous devons nous réconcilier parce que nous avons conscience que nous sommes faibles, que nous sommes pécheurs, que nous sommes menteurs. Nous devons nous réconcilier précisément parce que nous connaissons notre faiblesse [47:33]. Nous devons nous amender mutuellement à travers la concorde. Ainsi, ils font ce qu’ils veulent. Mais ce que je propose à celui qui veut prendre les armes pour défendre son quartier, c’est qu’au moins il n’arbore pas de crucifix. Je leur dis : rejoins ceux qui défendent déjà le quartier, et combats avec eux !

[AAN][47:57] Bien… Notre émission touche à sa fin, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez aborder, que vous n’auriez pas pu dire, que j’aurais omis de vous demander ?

[PPDO] : [rire][c’est vrai : le soleil s’est déjà couché, au-delà du Nil…] Ce que j’ajouterais, peut-être, c’est que lorsque je veux m’adresser aux gens, je fais ainsi (il ferme son poing), pour demander au Seigneur de m’aider, de m’inspirer. Je lui demande de m’envoyer une parcelle de lumière. Car il y a beaucoup de discours, beaucoup de propos sont tenus. Mais ce qu’il faut dire, c’est ce qui peut être utile. Ainsi, actuellement, vous êtes engagé dans la Révolution en tant que journaliste à la télévision. Quant à moi, je suis engagé dans la Révolution (syrienne) en tant que religieux. Je suis simplement un guide spirituel, grâce au Ciel, j’essaie de me diriger d’abord moi-même, je suis un prêcheur.

[AAN] :… oui, vous êtes un prêcheur pour vous-même et pour nous, c’est-à-dire tous nos frères et sœurs téléspectateurs et téléspectatrices et pour moi-même…

[PPDO] : … mais pour chacun d’entre nous, vient un temps où nous désirons chasser nos ténèbres et reconsidérer notre part de lumière. Nous voulons que la Révolution réussisse, mes chers frères et mes chères sœurs, vous, qui êtes des mères… Alors : chassez de vos cœurs toute violence, tout désir de vengeance, tout plaisir de faire souffrir, la haine, la vindicte, la colère, pour œuvrer ensemble à purifier nos cœurs pour que nous ayons un pays qui soit propre et pur…

[AAN][49:41] : …ce que vous venez de dire est quelque chose de difficile, non… ?

[PPDO] : Non… non : c’est ce que nous ferons. Nous continuerons, nous y parviendrons. Supposons que je sois père et que mon fils ait été tué dans les combats de la Révolution. Où est maintenant mon fils ? Auprès de Satan le haïsseur ? Non : il est auprès de Dieu, du Seigneur créateur de l’univers. Est-il auprès de Satan le punisseur ? Non, il est auprès de Dieu, Celui qui pardonne. Où est mon fils ? Si maintenant je veux donner en exemple ce fils qui a fait le sacrifice suprême, qui est mort entre les mains d’un bourreau, où se trouve sa véritable revanche [50:20] ? Sa vengeance véritable sera dans l’édification d’une société réconciliée, d’une démocratie adulte qui prohibera la torture, qui fermera ces geôles où l’on ne devrait même pas enfermer un chien, sa vengeance sera dans la réforme d’un pays. Voilà, si je fais tout cela, j’aurais vengé mon fils [50:39]. Mais mon fils serait auprès de Satan le lapidé, ce qu’à Dieu ne plaise, si je versais le sang pour le venger, si je torturais, si je tuais, si je volais, si je détruisais, si je divisais. Mais mon fils est un martyr, il est (donc) auprès du Seigneur.

[AAN] : Que Dieu vous bénisse pour vos propos, mon père. Malgré la dureté et la difficulté de tout ce que nous avons entendu, c’est la vérité. La vérité est éclatante et le faux est patent. Chers téléspectateurs, en espérant de vous rencontrer à nouveau lors d’une prochaine émission Le Chemin de Damas, la semaine prochaine, je vous remercie pour votre attention et je forme pour vous tous mes vœux. Merci encore et au revoir.

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