Irak: aux origines du djihad moderne – par Pierre Puchot – Entretien avec Myriam Benraad et Wassim Nasr

Article  •  Publié sur Souria Houria le 19 août 2015

Pourquoi l’Irak tient-il une place centrale dans la formation de l’organisation de l’État islamique ? Comment l’État islamique parvient-il à conserver un si large territoire malgré les offensives conjuguées des Kurdes, de la Turquie et de la coalition américaine ? Réponses à ces questions avec deux invités, la chercheuse Myriam Benraad et le journaliste Wassim Nasr, spécialistes de l’Irak et de la mouvance djihadiste.

Au Moyen-Orient, le premier semestre de l’année 2015 a vu la confirmation de l’implantation d’un nouvel acteur, l’État islamique, à cheval sur la Syrie et l’Irak. Mais c’est bien en Irak que l’on trouve l’origine de ce groupe et de ce djihad « moderne ». Pourquoi « moderne » ? Parce qu’il se concentre sur la stratégie qui consiste à frapper l’ennemi proche, qui peut être incarné tour à tour par les soldats de l’armée américaine stationnés en Irak jusqu’en 2011, par le régime et les rebelles syriens, ou encore par les musulmans chiites.

Cette stratégie de l’ennemi proche s’oppose à celle qui revient à se focaliser sur l’ennemi lointain, stratégie de l’organisation djihadiste rivale de l’État islamique, Al-Qaïda, qui commet des attentats aux États-Unis, en Europe, en France, où AQPA (Al-Qaïda dans la péninsule Arabique) a revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo. L’idée de l’État islamique est donc de se concentrer sur ses opposants les plus proches, qui lui font face dans les conflits où il se trouve impliqué. L’objectif des chefs d’Al-Qaïda est au contraire de frapper les alliés de ceux qu’ils considèrent comme des régimes arabes vassaux de l’Occident : Égypte, Arabie saoudite, pays du Golfe. L’espoir d’Al-Qaïda étant que ces régimes tomberont une fois que l’Occident, puni pour son soutien, s’en détournera.

Si cette stratégie de l’ennemi proche est aujourd’hui centrale pour comprendre ce qui est en jeu au Moyen-Orient, c’est parce qu’elle permet à l’organisation de l’État islamique de se maintenir sur un large territoire, à cheval sur la Syrie et l’Irak, et de disposer de ressources régulières pour assurer son autonomie.

Disposer d’un tel territoire constitue une véritable première pour une organisation djihadiste ; cela engendre par conséquent une configuration toute nouvelle pour la mouvance djihadiste dans son ensemble, et pour toute la région.

Comment cette stratégie de l’ennemi proche est-elle née, et comment s’est-elle développée ? Pourquoi l’Irak tient-il une place centrale dans la formation de l’organisation de l’État islamique ? Quel est le quotidien des populations administrées par l’EI ? Comment cette organisation parvient-elle à conserver un si large territoire malgré les offensives conjuguées des Kurdes, de la Turquie et de la coalition américaine ?

Pour répondre à ces questions, et à bien d’autres que l’on se pose aujourd’hui sur ce Moyen-Orient bouillonnant, deux invités :

 

  •  Myriam Benraad, chercheuse associée à l’institut d’études politiques de Paris et spécialiste de l’Irak, dont le dernier livre s’intitule Irak, la revanche de l’histoire – De l’occupation étrangère à l’État islamique, un ouvrage publié en 2014 chez Vendémiaire.
  • Wassim Nasr, spécialiste reconnu de la mouvance djihadiste, journaliste pour la chaîne France 24.

 



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