« Je suis Charlie » à Alep, en Syrie – par Jean-Pierre Filiu

Article  •  Publié sur Souria Houria le 13 janvier 2015

« Dix-sept Français tués en trois jours, cela n’était pas arrivé depuis des décennies », a fort justement déclaré vendredi Manuel Valls.

Dix-sept morts en trois jours, c’est un bilan relativement faible à Alep, en Syrie, depuis deux ans et demi, et on y dépasse souvent plusieurs dizaines de morts par jour. Depuis l’été 2012, la population soulevée pour sa liberté est en effet livrée aux bombardements du régime Assad, qui jouit du monopole de la force aérienne et de l’artillerie lourde.

Dès septembre 2012, le quotidien Le Monde dénonçait à ce sujet un « massacre d’Etat » et ses reporters sur place n’hésitaient pas invoquer le terrible précédent de Guernica. Dès avril 2013, le tyran utilisait les armes chimiques contre les civils d’Alep, quatre mois avant d’y recourir massivement contre leurs compatriotes de Damas.

Les forces révolutionnaires ne disposant d’aucun matériel anti-aérien, les hélicoptères du dictateur peuvent régulièrement larguer à basse altitude des « barils » à l’impact dévastateur : bourrés de TNT et de grenaille, ces bombes artisanales, à la trajectoire purement aléatoire, sont destinées à terroriser par le feu, le fer et le sang.

Seconde révolution

Les résistants d’Alep, abandonnés du monde entier, ont pourtant tenu bon face aux commandos d’Assad, conseillés par des officiers iraniens et épaulés par les miliciens libanais du Hezbollah. En janvier 2014, ils ont même lancé leur « seconde révolution », cette fois contre les djihadistes de Daech, le bien mal nommé « Etat islamique ».

Au prix de très lourdes pertes, la coalition révolutionnaire a expulsé Daech hors d’Alep. Elle a ainsi prouvé qu’une mobilisation populaire contre les barbares djihadistes était infiniment plus efficace que les « armées » pourtant gavées par l’Occident : en juin 2014, l’armée irakienne s’effondrait en deux jours à Mossoul, abandonnant à Daech un arsenal militaire d’une valeur de plusieurs milliards de dollars !

On aurait pu imaginer que le monde se serait enfin réveillé pour soutenir les résistants d’Alep face au monstrueux Janus qu’est Assad-Daech. Il n’en fut rien et le dictateur syrien intensifia au contraire sa campagne de bombardements aux « barils » des quartiers rebelles d’Alep, dont la population, terrorisée, tomba d’un million à moins de 300 000 personnes.

Même combat

En septembre dernier, Barack Obama lança en Syrie une vague de bombardements contre Daech, avec le soutien de la Jordanie et des pays du Golfe. Les cibles gouvernementales furent soigneusement épargnées et Assad en profita pour encore accroître ses raids contre Alep l’insoumise.

C’est dire que la gesticulation militaire de l’Occident contre Daech, loin d’affaiblir la menace djihadiste, n’a fait que l’aggraver.

La France vient d’en payer le prix au cœur même de Paris. Et depuis Alep, une Syrienne anonyme a tenu à afficher sa solidarité avec Charlie Hebdo. Cette photographie est prise non loin d’une ligne de front, car les barricades du fond sont en fait destinées à protéger des tireurs embusqués.

Le combat contre la terreur djihadiste est le même à Paris et à Alep. Ils en sont là-bas conscients dans leur chair. N’oublions pas ces femmes et ces hommes de Syrie quand nous irons manifester dimanche.

 

source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/jean-pierre-filiu/2015/01/10/je-suis-charlie-alep-en-syrie-234049

date : 10/01/2015



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