« Je vous en prie, je vous en supplie, faites passer… »

Article  •  Publié sur Souria Houria le 15 mars 2014

« Je vous en prie, je vous en supplie, faites passer… »

Appel du 14 mars 2014

 

Rwanda, 1994 : quatre mois de massacres, plus de 800 000 morts. Vous connaissez l’histoire.
Ce que vous n’avez peut-être pas retenu à l’époque, c’est que les Etats-Unis et la France ont durablement bloqué la création d’une force d’intervention en posant leur veto au Conseil de Sécurité de l’ONU… et ont persévéré en menaçant d’user de leur droit de veto lors de la définition de la portée de l’intervention rwandaise, conduisant le Conseil de sécurité à ne pas reconnaitre les tueries comme constituant un génocide.

Un rapport ultérieur de l’ONU a conclu que le Conseil de sécurité était responsable de l’ampleur du génocide.

Syrie, 2011 : la Russie et la Chine emploient la même menace pour bloquer toute tentative de résolution de l’ONU alors que le gouvernement syrien employait la force militaire contre des manifestants pacifistes.
La résolution a été enterrée sans même un vote.
Plus tard, après l’escalade de la force par le régime de Bachar al-Assad, l’ONU a été castrée par trois vétos successifs de la Russie et de la Chine.

Trois ans plus tard, 140 000 morts, 9 millions de déplacés, et une seule malheureuse résolution de l’ONU tolérée par la Russie, alors occupée à contenir la révolte ukrainienne, qui prévoit l’accès de l’aide humanitaire aux populations : à ce jour, celle-ci n’est toujours pas appliquée.

Comme l’explique le Michigan Journal of International Law, « le Conseil de sécurité peut être en mesure de répondre aux atrocités syriennes, mais pour chaque arrangement sur la Syrie « par la petite porte », on voit planer l’ombre du Rwanda… et c’est tout simplement inacceptable pour l’organisation en charge du maintien de la paix dans le monde ».

Cela fait des années, des décennies même que les spécialistes appellent en urgence à une réforme profonde du conseil de sécurité, pour que les Nations Unies soient en mesure de fournir des réponses adéquates aux menaces contre la paix et la sécurité des populations.

Nous indignerons-nous de magouilles fiscales, politiciennes ou sanitaires, irons-nous encore manifester dans les rues pour nos retraites ou nos valeurs morales, tout en nous taisant sur des génocides entiers, juste là au bout de la Méditerranée, rendus possibles parce que la plus importante institution au monde est prise en otage et que personne ne dit rien ?

« Nous sommes victimes de ce que l’on appelle la “dilution de la responsabilité”. Puisque nous sommes tous informés de l’urgence de la situation, nous ne voyons pas pourquoi ce serait à nous de faire quelque chose. Nous avons du mal à mesurer que nous sommes individuellement responsables de l’état du monde, et préférons accuser les gouvernements, les patrons, les laboratoires… » : nous satisferons-nous de confirmer ce lamentable constat ?

Regardez ce qu’a rendu possible la mobilisation des gens en Tunisie, regardez le résultat sur le destin de toute une nation, son gouvernement, sa constitution, la liberté d’expression, le statut de la femme… vous croyez que les gens ordinaires ne peuvent rien changer aux anomalies du monde ? Que seuls les grands décideurs et les leaders charismatiques peuvent faire quelque chose ?
En Tunisie, ce n’étaient que des gens. Des épiciers, des étudiants, des pères, des mères, des fils et des filles. Des gens ordinaires.

Alors avant d’inonder facebook de photos de petits chats, de « trop forte cette reprise, il chante trop bien ! » et de « Hollande est trop nul, mobilisons-nous pour un jour de colère ! », demandez-vous ce qu’il se passerait si dix millions de personnes prenaient une minute pour dire « Nous voulons que les Nations Unies mettent fin aux massacres de civils ! ». Si dix millions de personnes disaient « arrêtez avec ce droit de véto, l’ONU a été créée il y a 70 ans pour qu’on ne revive plus jamais ce qui s’est passé pendant les guerres mondiales, le maintien de la paix c’est ça votre job ».

Alors je répète, à coup de copier-coller du rapport des spécialistes du droit international, en vous ajoutant la conclusion : « le Conseil de sécurité peut être en mesure de répondre aux atrocités syriennes, mais pour chaque arrangement sur la Syrie « par la petite porte », on voit planer l’ombre du Rwanda… et c’est tout simplement inacceptable pour l’organisation en charge du maintien de la paix dans le monde. La question est donc de savoir comment réformer le système pour fournir des réponses adéquates à ces menaces à la paix et à la sécurité. Une telle réforme est indispensable ».

Tant que nous ne serons que trois pékins à nous époumoner pour demander une telle réforme, personne ne bougera le petit doigt.
Mais si nous sommes des millions à exiger de nos dirigeants qu’ils changent le système à qui nous confions la responsabilité de nos nations, parce que c’est ça, les Nations Unies, alors il se peut que l’on change un peu notre monde et qu’il tourne un peu plus rond.

Je vous en prie, je vous en supplie, faites passer, agissez.

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Reformez_le_conseil_de_securite_lONU/?nTZkbbb



Abonnez-vous à notre newsletter