Khaled Al-Khalaf, combattant syrien de l’arrière – par Edith Bouvier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 16 février 2012

Pour cet opposant en exil à Paris, les Syriens ne doivent compter que sur eux-mêmes pour parvenir à la chute du régime syrien.

Dans le hall d’un hôtel de luxe sur les Champs-Élysées, Khaled al-Khalaf ne quitte pas des yeux l’écran de télévision. C’est là qu’il passe toutes ses journées, cramponné aux nouvelles de son pays. Devant lui défilent en boucle les dernières images des massacres perpétrés par l’armée à Idlib et à Homs. Son regard se fige sur une petite fille dans les bras de son père. «C’est ma nièce. C’était ma nièce en fait.» La fillette est en sang, une partie de sa jambe a été arrachée par un éclat d’obus.

Depuis le début de la révolution, Khaled al-Khalaf se bat contre le régime, avec l’espoir de contribuer à son renversement. «C’est un homme très important dans notre lutte. Beaucoup de choses, beaucoup de gens, de journalistes notamment, passent par lui», explique Salem Hassan, un opposant membre du comité de Damas.

«Les masques tombent»

La stature de Khaled, personnage plutôt grand et imposant, détonne avec le confort douillet de l’endroit. «En Syrie, ils se battent avec des armes. Moi, je me bats avec les miennes. J’ai toujours combattu les Assad. Je n’ai ni femme, ni enfants, j’ai consacré ma vie à lutter contre cette famille, à préparer la révolution. En 2003, j’ai fondé ma propre organisation pour défendre les droits de l’homme et tenter de sensibiliser les pays étrangers aux tortures perpétrées par le régime.» Cette vie d’opposant le contraint à la prudence: c’est pourquoi il ne s’est jamais marié, pas le temps, trop dangereux.

Son visage se durcit quand il évoque Damas et les violences subies par ses frères syriens. «Quand j’ai été arrêté par les sbires de Bachar el-Assad, ils m’ont torturé pendant trois mois. J’aurais préféré mourir plutôt que subir tout ce qu’ils m’ont fait. Mais j’ai réussi à m’enfuir, à quitter le pays. J’ai vécu deux ans au Liban, puis au Canada, avant de rejoindre la France juste après le début de la révolution. Déjà, quand je militais en Syrie, c’était compliqué, on ne savait jamais si on pouvait se fier aux autres membres de l’association. Tout le monde pouvait nous trahir, contre de l’argent ou pour se sauver soi-même. Il fallait avancer quand même. Aujourd’hui au moins, les masques tombent. L’ennemi s’est dévoilé et on le combattra jusqu’au bout.»

«Le régime est prêt à tout»

Son poing se referme sur la table, le ton est dur, assuré. Toute la journée, toute la nuit, il contacte différents groupes d’opposants dans le pays, s’inquiète des derniers bilans, des dernières attaques, avant de passer au concret: comment assurer leur approvisionnement en médicaments, en nourriture, chercher des vendeurs en Turquie et au Liban, trouver des routes libres, lever de l’argent aussi pour aider les gens sur place. «Beaucoup de Syriens ont encore peur de se soulever contre l’oppression, explique Khaled. C’est très dur pour eux, les femmes sont violées, les enfants sont torturés, le régime est prêt à tout.»

Khaled al-Khalaf se présente comme «un Bédouin: je viens du nord-est du pays, de la ville de Deir Es Zor. On est une très grande famille, avec des ramifications un peu partout. Et la révolution nous a encore plus rapprochés, cela a créé un lien très fort entre nous». Quand il n’est pas sur Skype ou au téléphone en discussion avec des opposants sur place, Khaled plaide la cause du peuple syrien auprès de diplomates arabes et européens à Paris. «Au début, on était convaincus qu’un mouvement pacifique suffirait à faire tomber Bachar el-Assad en quelques mois. On pensait que les pays étrangers ouvriraient les yeux sur la folie de cet homme et de sa famille, et qu’ils viendraient nous aider. Mais cela fait bientôt un an que la Syrie résiste et que personne ne vient sauver la population.»

«On ne peut plus reculer»

En prise avec la rébellion sur place, Khaled al-Khalaf se refuse à toute discussion avec les membres du Conseil national syrien. Il suffit même d’évoquer ce nouvel organisme pour qu’il s’emporte. «Ces hommes ne sont rien. Ils ont quitté la Syrie depuis trop longtemps. Beaucoup étaient des partisans du gouvernement jusqu’à la révolution. Quand nos enfants se font tuer, eux continuent de discuter avec le régime. On ne peut pas leur faire confiance. Certains recevraient même de l’aide financière venant d’Iran. C’est pour ça d’ailleurs que l’Armée syrienne libre ne travaille toujours pas avec eux. Mais la donne va bientôt changer, j’espère, avec le changement de direction attendu mi-février. Il faut qu’on avance tous ensemble, soudés, pour en finir. L’ONU ne nous aidera pas, il faut qu’on y arrive seuls.»

Le téléphone satellite sonne, une rumeur annonce la mort de Bachar el-Assad. Khaled se concentre sur les écrans, passe quelques coups de fil avant de soupirer. «Pas cette fois-ci. Mais bientôt. Tant qu’il sera là, le sang continuera à couler en Syrie. Nous devons nous battre pour gagner la démocratie, la liberté. C’est au prix de la mort de nos femmes et de nos enfants qu’on y parviendra peut-être. On ne peut plus reculer.»

source: http://www.lefigaro.fr/international/2012/02/15/01003-20120215ARTFIG00700-khaled-al-khalaf-combattant-de-l-arriere-et-soutien-logistique-de-la-rebellion.php



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