La coalition Internationale contre “l’Etat islamique”: beaucoup de bruit pour rien? par Omar AL ASSAD

Article  •  Publié sur Souria Houria le 7 novembre 2014

Photo_عمر الأسعد

La coalition Internationale contre “l’Etat islamique”: beaucoup de bruit pour rien? par Omar Al Assaad – Traduit pour Souria Houria R.S.

Dans le cadre des rencontres et réunions mensuelles organisées par l’association Souria Houria a eu lieu la cinquième rencontre successive qui avait pour titre « la coalition Internationale contre l’Etat islamique : beaucoup de bruit pour rien ? ».

L’écrivain et éditeur  syrien Farouk Mardam Bey, qui dirige la discussion, a reçu l’écrivain et chercheur libanais Dr Khattar Abou Diab, professeur de sciences politiques à l’université Paris 11, auteur de plusieurs ouvrages dont Dictionnaire du Moyen-Orient  Bayard, Paris 2011, et le Dictionnaire géopolitique de l’islamisme  Bayard, Paris 2009, ainsi que le chercheur syrien Salam Kawakibi,  directeur adjoint de  l’Arab Reform Initiaive qui a dirigé auparavant l’Institut Français du Proche Orient à Alep, Professeur associé à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur en sciences politique à l’université d’Amsterdam.

Mardam Bey a commencé la réunion en évoquant un ensemble d’idées et de questions sur la nature de l’intervention de la coalition internationale aujourd’hui, sur l’évolution des interventions internationales et régionales dans le cheminement de la révolution syrienne, à commencer par le soutien illimité au régime de la part de l’Iran et de son allié le Hezbollah, puis celui d’un groupe de pays qui a soutenu l’opposition et les factions armées comprenant le Qatar, l’Arabie Saoudite et les pays occidentaux, évoquant les débuts de la menace d’une intervention internationale en Syrie au moment du massacre par les armes chimiques, puis le renoncement de la communauté internationale à mettre  sa menace en exécution en échange  de la récupération de ces armes . Cette intervention a lieu aujourd’hui sous le chapitre de la guerre contre le terrorisme et l’élimination de l’organisation extrémiste de l’Etat islamique qui contrôle de vastes superficies de Syrie et  d’Irak. La question est : peut-on arrêter la propagation de l’Etat Islamique  et la limiter à des frappes aériennes uniquement ?

De son côté Dr. Khattar Abou Diab a commencé par présenter la chronologie des événements  de la révolution syrienne  depuis la chute du premier martyre à ce jour, évoquant l’importance du nombre de vies humaines qu’a perdu  la Syrie durant cette période et la dimension de la tragédie qu’il a qualifié « d’expatriation syrienne », insistant sur le fait que toutes les atrocités commises par le régime à l’encontre du peuple syrien auraient dues aboutir à une intervention internationale, rappelant  la première déclaration  du Président américain  Barak Obama en août 2011 ou  il annonçait que le Président Assad a perdu toute légitimité. Cette déclaration n’avait pas l’efficacité et le sérieux avec lesquels les Etats Unies ont traité avec  l’ex président égyptien Hosni Mubarak pour exemple,  bien au contraire en ce qui concerne la Syrie, les éléments internationaux et régionaux ont contribué à inhiber la menace d’Obama. Le plus important de ces facteurs est le soutien illimité au régime par les russes et les iraniens ce qui a contribué à donner à la question syrienne une dimension internationale et régionale plus grave avec des cas de violence et de déracinement  incontrôlés et la prise de conscience des alliés au régime dans la région que les changements géopolitiques en Syrie allaient entrainer des changements de la carte régionale qui ne seraient pas à leurs avantages.

Au sujet des djihadiste, Dr Abou Diab  a souligné le rôle du régime d’Assad en Syrie et Nouri Al Maliki  en Iraq dans l’approvisionnement humain de ces mouvements, rappelant les évasions organisées des djihadistes des  prisons iraquiennes leur permettant de rejoindre l’organisation de l’Etat islamique. Il a comparé la présence djihadiste en Syrie aujourd’hui à celle du personnage de Rajeh dans un des films des frères Rahbani, affirmant que la Syrie fait face à deux sortes de djihad, l’une est celle du Hezbollah et les groupes extrémistes iraniens et iraquiens qui combattent aux côtés du régime, l’autre celle des djihadistes représentés par l‘organisation de l’Etat islamique en Iraq et en Syrie, l’organisation Khorasan et autres groupes djihadistes actifs dans la région, soulignant que les groupes sous l’égide de l’Armée Syrienne Libre ont été les premiers à faire face aux organisations djihadistes en Syrie et c’est elle, l’ASL, qu’on devrait soutenir sur le terrain pour faire face à cet extrémisme. Ce qui  empêche ce soutien est l’absence de stratégie pour régler le problème des djihadistes et de l’Etat islamique de la part du groupe connu sous le nom « d’amis du peuple syrien » ainsi que  la volonté du président américain Obama de finir avec les interventions étrangères américaines dans la région suite aux guerres en Afghanistan et en Iraq.  La coalition internationale n’a pas l’air d’avoir un plan clair si ce n’est quelques déclarations qui cherchent à revenir à l’accord de Genève 1 comme une des solutions possibles dans les circonstances actuelles malgré le manque de serieux de pousser vers un règlement du conflit.

De son côté Dr Kawakbi  a parlé du tapage autour de ce produit appelé Daech en feignant d’ignorer complètement  la question syrienne et le devenir de la révolution  tout en soulignant plusieurs points : le pataugement de la politiques occidentales vis-à-vis du dossier syrien et l’absence de stratégie claire pour le traiter, le manque de soutien suffisant aux courants démocratiques dans l’opposition, la focalisation des medias occidentaux sur les djihadistes en esquivant complétement la révolution et le drame humain du peuple syrien avec une recherche du sensationnel de la part des journalistes  qui  rapportent les récits des djihadistes et la volonté de les mettre en avant au dépend des événements essentiels en Syrie. Kawakbi a également signalé la désorganisation des forces de l’opposition et leur impuissance à être à la hauteur de leurs responsabilités vis-à-vis de ce qui se passe de façon générale. Il a longuement parlé des organisations djihadistes en Syrie montrant que le régime syrien a nourrit ces groupes et est en relation avec bon nombre de leur dirigeants depuis la guerre d’Iraq en 2003.  l’Etat islamique en Iraq et en Syrie ne serait pas un produit récent, sa présence date de 2004 en Iraq, il est financièrement indépendant depuis 2007 et  certains groupes djihadistes ont commencé leur activité en Syrie  publiquement  après  la guerre d’ Iraq dans certaines régions syriennes dont Alep entre 2003 et 2006 et dans la ville de Bab avec  le très célèbre Cheikh Abou Kaka dont on a découvert ses relations avec les services de renseignement syriens et qui a été assassiné dans des conditions étranges.

Kawakbi  a également signalé  le nombre important de djihadistes qui se sont enfouis des prisons iraquiennes et qui ont rejoint le djihad en Syrie ce qui a contribué à augmenter l’efficacité de ces organisations et les a fournis en grand nombres de combattants expérimentés.

Kawakbi a souligné l’activité de la société civile syrienne qui fait face au régime et aux groupes extrémistes ce que ne rapporte pas les medias, et particulièrement les medias occidentaux, il a également signalé l’absence de stratégie occidentale claire de la part de la communauté internationale pour traiter avec l’Etat islamique en Iraq et en Syrie et avec les groupes de djihadistes actifs en Syrie. Cette stratégie se précise en Iraq mais elle reste floue en Syrie dans ses  priorités et ses objectifs. Ce résultat est lié à l’absence de toute sorte de coordination dans les domaines militaires et politiques avec les groupes d’opposition de la part des pays de la coalition  malgré tout ce qui se dit publiquement sur  la volonté d’organiser l’action  de l’opposition et de la soutenir financièrement. Kawakibi a considéré cette opposition, malgré tous ses défauts, comme le reflet naturel de la société syrienne avec ses problèmes et ses malaises après presque 50 ans d’un régime  dictatorial.

Abou Diab et Kawakibi ont répondu aux interventions et aux questions du public sur plusieurs sujets : les pouvoirs de communication importants que possèdent les groupes djihadistes, les origines de leur financement, l’impact des politiques nationales et internationales sur la situation en Syrie, les politiques occidentales dans la région et la volonté des Etats Unis de ne pas intervenir sur le terrain et se contenter de diriger la crise.

A noter qu’avant le début de la conférence le duo français « Catherine Vincent » ont présenté une chanson intitulée « La dame de Damas », chanson offerte à la révolution syrienne, écrite par le chercheur et écrivain français Jean-Pierre Filiu, et qu’après la conférence le duo a chanté plusieurs chansons dont certaines sur les villes syriennes.  Il y avait aussi sur les murs de la salle quelques tableaux graphiques du peintre syrien Fares Cachoux.

 

Les réunions continuent le dernier dimanche de chaque mois. La prochaine aura lieu le 30 novembre 2014.

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