La Liberté 17/02/2012 à 00h17 « Pourquoi vous taisez-vous ? » Le SOS d’un médecin syrien à Homs La Liberté » – par Sid Ahmed Hammouche

Article  •  Publié sur Souria Houria le 17 février 2012

Notre partenaire suisse « La Liberté » a pu atteindre mercredi Mohamed al-Mhamed, un médecin officier syrien de 32 ans qui se trouve actuellement dans le quartier de Bab Amr, au centre de Homs. Depuis plus de dix jours, l’endroit est pilonné. Mohamed al-Mhamed appelle à l’aide.

Manquant de tout, il ne peut plus soigner les blessés dont le nombre ne cesse d’augmenter. « Pourquoi la communauté internationale, les pays arabes et le CICR ne répondent pas à nos SOS ? L’armée de Bachar nous massacre et vous, vous vous taisez », nous lance-t-il. Désespéré. Entretien.

Vous êtes médecin et vous vous trouvez à Bab Amr, à Homs, un des quartiers insurgés. Quelle est la situation ?

Mohamed al-Mhamed : Nous subissons un bombardement intense. Les obus pleuvent sur les habitations civiles et les quatre mosquées transformées en hôpitaux de campagne. Le nombre de blessés et de morts ne cesse d’augmenter.

Ce mercredi, nous avons enregistré plus de 28 décès. C’est une des pires journées. Une explosion a endommagé un gazoduc qui passe par Bab Amr provoquant 90 cas d’intoxication grave. Les blessés affluent de partout. Nous ne pouvons malheureusement rien faire. Les médicaments manquent cruellement. Tout comme les équipements.

Pourquoi ne pouvez-vous pas évacuer les blessés ?

Le quartier est cerné par l’armée de Bachar. L’aviation du régime nous survole et le régime nous tue. Aucune ambulance, aucune voiture ne peut circuler dans le secteur. Les opérations humanitaires sont bloquées. Quant aux civils, ils ont peur de quitter la région. Ils craignent les snipers et les représailles des services de renseignement.

Quelle est la situation dans le reste de Homs ?

L’armée syrienne a encerclé la ville. Elle a installé 11 barrages. Nous sommes cernés par des chars et sous le feu de l’artillerie. Les gens ont fui leurs habitations. Ils vivent dans les caves. Des cadavres gisent dans les décombres depuis 10 jours. Ça pue partout la charogne. Les conditions sanitaires et humanitaires sont désastreuses. D’autant que les boulangeries ont fermé et que l’électricité est coupée. Les habitants des quartiers communiquent grâce à des pigeons voyageurs.

Et vous, en tant que médecin, que pouvez-vous faire ?

On tente de sauver ce qu’on peut. On coud les blessures avec des moyens rudimentaires. On opère avec des instruments de cuisine. A ce jour, j’ai amputé 76 personnes.

J’enrage parce que nous n’avons pas les moyens de soigner les blessés. On les regarde mourir. Au début, des médicaments ont pu entrer à Homs. Les arrivages étaient quasi quotidiens. Depuis 15 jours, rien ne passe, pas un kilo de farine, ni la moindre seringue. Les snipers de l’armée syrienne ciblent les voitures qui tentent de briser le siège de Bab Amr.

Quel est le bilan des victimes à Bab Amr ?

Après 11 jours de bombardement, la coordination des médecins parle de plus de 300 morts rien que dans le quartier. On a également plus de 1700 blessés dans un état critique. Nous enterrons les victimes dans les jardins publics. Ici, c’est l’horreur, il y a beaucoup de familles, avec des enfants et des nourrissons, bloqués dans cet enfer.

Que fait le Croissant-Rouge syrien ?

Sa mission est difficile. Damas contrôle ses opérations même si la section locale tente de venir en aide à la population dans plusieurs quartiers de la ville. Ensuite, depuis le début de la révolution, les services de renseignement contrôlent les centres de soins. Ils arrêtent les blessés évacués par le Croissant-Rouge et achèvent les déserteurs de l’armée et les activistes recherchés. C’est une grave violation des droits humanitaires et des Conventions de Genève.

Que fait l’Armée syrienne libre (ASL) ?

Pour le moment, l’ASL tente de protéger le quartier et de repousser toute infiltration de l’armée régulière. Elle essaie aussi de déloger les snipers des toits pour permettre à l’aide de rentrer dans le quartier tout en évacuant les familles qui se trouvent sur la ligne de front. Ses hommes officient également comme brancardiers.

Que répondez-vous aux autorités syriennes qui accusent les insurgés d’être des salafistes et des terroristes ?

Des terroristes, nous ? Je suis un déserteur de l’armée syrienne. J’ai 32 ans et je viens de Hama. Comme officier, j’ai refusé de tuer les jeunes de la révolution que Damas nous a présentés comme des gangs armés.

J’espère qu’en Occident vous ne croyez pas ses mensonges des pro-Bachar, qui veulent faire passer Bab Amr pour un bastion de jihadistes. Ce régime a beaucoup de sang sur les mains. Beaucoup de crimes.

Et si vous pouvez lancer un appel ?

Il faut cesser de parler et il est temps d’intervenir dans le pays comme l’a fait l’OTAN en Libye. Les obus pleuvent sur nous dans l’indifférence de la communauté internationale, qui, par son silence, participe à ce massacre. Si le monde entier continue de fermer les yeux sur ce qui se passe à Homs, il y aura une catastrophe.

Nous voulons des corridors humanitaires pour évacuer les enfants, les femmes et les malades. Nous voulons une exclusion aérienne. Je supplie les instances internationales de nous venir en aide.

Je supplie le CICR et la Fédération internationale des sociétés du Croissant-Rouge et la Croix-Rouge d’intervenir au plus vite. Pourquoi la communauté internationale, les pays arabes et le CICR ne répondent pas à nos SOS. L’armée de Bachar nous massacre et vous, vous vous taisez. Pourquoi ?

source: http://www.rue89.com/2012/02/17/pourquoi-vous-taisez-vous-sos-dun-medecin-syrien-homs-229465



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