La nostalgie de la lutte pacifique – Akram Al-Bunni (Al-Hayat)

Article  •  Publié sur Souria Houria le 5 septembre 2014

La militarisation de l’opposition syrienne puis l’entrée en scène des mouvements islamistes ont abouti à des résultats catastrophiques pour le pays et sa cohésion. Les Syriens semblent regretter le temps où leurs manifestations pacifiques réclamaient la liberté et la démocratie.

Alors que c’était la force brute [aussi bien côté pouvoir syrien que côté opposition djihadiste de l’Etat islamique] qui triomphait en Syrie, on est étrangement surpris depuis quelques semaines par les images de nouvelles manifestations pacifiques de la population dans telle ou telle localité des environs de Damas, de Hama et d’Idlib [nord-ouest de la Syrie]. Comme si l’on revenait aux scènes du début de la révolution [2011-2012].

Certes, ces manifestations paraissent modestes et sont limitées au vendredi. Il est vrai aussi que le nombre de participants n’est pas au même niveau que les foules qui avaient envahi la plupart des villes et villages avant que la répression ne les anéantisse.

En revanche, on aura noté le recul des slogans islamistes et des drapeaux noirs [des djihadistes] au profit d’un retour aux anciens thèmes de liberté, de dignité et de [refus du confessionnalisme], avec l’affirmation de l’unité nationale et de l’envie de vivre ensemble.

Les conséquences catastrophiques de la militarisation

Car ces quelques personnes ont probablement encore du mal à croire qu’elles ont réussi à se retrouver ensemble. Et elles se rendent probablement compte aussi qu’elles lancent un défi considérable aux hommes en armes, nombreux, qui les entourent de toutes parts et qui n’hésiteront pas à faire usage des pires formes de violence pour les réprimer.

Difficile de savoir où commencer pour expliquer les raisons de ces nouvelles manifestations. S’expliquent-elles par la nostalgie d’un passé où les foules dessinaient un nouvel horizon pour le pays ? Ou bien par les conséquences catastrophiques de la militarisation de la révolution ?

Est-ce le rejet des organisations islamistes qui ont pris en otage la volonté de changement pour imposer leur ordre déshumanisé sur de vastes zones du pays ? Est-ce le rejet de l’autocratie et la corruption de certains groupes de l’opposition ?

 

Des manifestants anti Bashar El-Assad le 15 mars 2014 à Rome, pour le troisième anniversaire du début du conflit en Syrie (AFP 
PHOTO / TIZIANA FABI)
Des manifestants anti Bashar El-Assad le 15 mars 2014 à Rome, pour le troisième anniversaire du début du conflit en Syrie (AFP PHOTO / TIZIANA FABI)

Renouer avec l’esprit de la révolution

A moins que, au fond, il ne s’agisse simplement du désir des gens de renouer avec l’esprit de la révolution et d’y retrouver leur place. Comme si les années de violence sanglante avaient été une leçon pour leur rappeler leur conviction que la voie des armes mène à l’impasse.

C’est une vieille leçon de l’histoire qu’une alternative démocratique ne peut se construire par la violence et par la destruction des ressorts politiques de la société.

Des études sur les révolutions dans le monde montrent que non seulement le prix en pertes humaines est énorme en cas de choix de la militarisation. Elles montrent également que 25 % des révolutions armées ont réussi au cours du siècle passé, tandis que les révolutions pacifiques réussissent dans presque 80 % des cas.

De même, parmi quelque 60 soulèvements au cours du dernier quart de siècle, 20 ont choisi la voie militaire, dont 4 seulement ont réussi à fonder une société civile et libre. En revanche, sur 40 révolutions pacifiques, 32 ont abouti à des sociétés respectueuses de la liberté et de la démocratie.

source : http://www.courrierinternational.com/article/2014/08/26/la-nostalgie-de-la-lutte-pacifique

date : 26/08/2014



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