La Russie a envoyé des tonnes de billets de banque à la Syrie

Article  •  Publié sur Souria Houria le 28 novembre 2012

La Russie aurait fourni massivement de la monnaie à la Syrie, contournant les sanctions imposées par l'Union européenne et les Etats-Unis. | AFP / LOUAI BESHARIA

On savait déjà que la Russie était réticente à l’idée de sanctionner le régime syrien et totalement opposée à celle d’un départ de Bachar Al-Assad du pouvoir. Le site ProPublica démontre ce lundi que la Russie a également frappé massivement de la monnaie pour Damas.

Ce site d’investigation indépendant a mis la main sur les manifestes de plusieurs vols entre Moscou et Damas au cours de l’été dernier. Ces derniers révèlent que plus de 200 tonnes de billets de banque ont été acheminés vers la Syrie au moment où les affrontements étaient particulièrement intenses entre le 9 juillet et le 15 septembre.

S’il est plus fortuné que la rébellion qu’il affronte, l’Etat syrien, en guerre contre son propre peuple depuis plus d’un an, a aussi besoin d’argent, surtout depuis que l’Union européenne et les Etats-Unis imposent au régime des sanctions sévères, parmi lesquelles celle d’interdire l’impression de monnaie syrienne. C’était jusqu’à présent le travail d’une banque autrichienne, le régime est donc privé depuis plusieurs mois d’argent «frais» et n’a plus la possibilité de faire marcher la planche à billets.

240 tonnes de billets de banque acheminés vers Damas

Or pour soutenir une guerre, surtout une guerre impopulaire, il faut de l’argent. La Syrie se serait donc tournée vers son principal allié, la Russie. D’après les documents recueillis par Pro Publica, huit vols Moscou-Damas ont été identifiés comme transportant chacun trente tonnes de billets de banque, sans toutefois préciser de quelle devise il s’agit. Mais 240 tonnes de billets de banque quelle que soit la monnaie, hormis le dollar zimbabwéen, cela représente une somme colossale.

Les autorités russes et syriennes ont refusé de confirmer l’authenticité de ces documents de vol. En revanche, ProPublica confirme que les huit vols ont bien eu lieu, en recoupant les informations contenues dans les plans de vol qu’elle s’est procurée avec les enregistrements de contrôleurs aériens et d’autres services de traçage des avions.

A chaque fois que les plans de vol récupérés signalaient des «billets de banque» dans la cargaison, ProPublica a constaté que les avions empruntaient une trajectoire circulaire. Au lieu de couper directement à travers l’espace aérien turc, avec qui Damas est en tension depuis plusieurs mois, ces avions remplis de cash (des Ilyushin-76) faisaient un détour en survolant l’Irak, l’Iran et l’Azerbaïdjan voisins.

Des officiels américains interrogés par ProPublica indiquent que des preuves d’assistance financière ou de coopération militaire, semblent pointer vers la Russie qui, disent-ils, serait allée jusqu’à aider Bachar Al-Assad à contourner les sanctions prises par les Nations-Unies.

La Russie imprime les billets de banque syriens

Ce qui a déjà été confirmé au mois de juin dernier, lorsque a été annoncé que de nouveaux billets de banque syriens circulaient dans le pays. Ces nouveaux billets avaient été frappés par la Russie, qui en août a livré un premier chargement par bateau. Le secrétaire d’Etat syrien aux affaires économiques, Qadri Jamil, avait alors qualifié l’accord signé avec Moscou de «triomphe».

«L’essentiel des revenus du gouvernement syrien provient des impôts. Pour le reste, le régime est presque à sec. indique Ibrahim Saif, économiste basé en Jordanie. Pourtant, les Syriens continuent à payer les salaires. Ils n’ont montré aucun signe de faiblesse pour remplir leurs obligations nationales. La seule façon qu’ils ont de faire ça, c’est de faire rentrer de l’argent sur le marché», conclut l’expert.

Ce dernier estime que Damas dépense 500 millions de dollars par mois en salaires et autres pour continuer à faire tourner le pays et qu’il dispose de six à huit milliards de dollars de réserves. Par ailleurs, le ministre syrien des finances avait déclaré à Moscou que son pays avait besoin de davantage de réserves de devises étrangères.

«Il est possible que les Syriens cherchent à acquérir des euros ou des dollars, ils en ont besoin s’ils veulent mener tout type d’affaires sérieuses», a confié Juan Zarate, spécialiste du Trésor américain des financements terroristes, rappelant le cas de la Corée du Nord, dont les besoins en devises étrangères ont par le passé été comblés par la Chine, ou celui de l’Iran et du Venezuela.

source : http://www.leparisien.fr/international/la-russie-a-envoye-des-tonnes-de-billets-de-banque-a-la-syrie-26-11-2012-2357079.php

date : 26/11/2012



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