La Syrie couperait tout liens militaire avec l’Iran, a déclaré le chef de l’opposition – par JAY SOLOMON et NOUR MALAS

Article  •  Publié sur Souria Houria le 6 décembre 2011

Traduit de l’anglais par SouriaHouria

 

Paris – Un gouvernement syrien dirigé par le principal groupe d’opposition du pays interromprait les relations militaires de Damas avec l’Iran et arrêterait de fournir des armes aux groupes militants du Moyen-Orient comme le Hezbollah et le Hamas, a déclaré le leader du groupe, laissant entrevoir la perspective d’un réalignement spectaculaire des pouvoirs au centre de la région.

Burhan Ghalioun, le président du Conseil national syrien, a déclaré que de tels mouvements feraient partie d’une réorientation syrienne plus large de retour dans une alliance avec les grandes puissances arabes de la région. M. Ghalioun a tenu ces propos mercredi, dans son premier entretien médiatique majeur depuis qu’il a été désigné comme le leader du CNS en octobre dernier.

M.Ghalioun a également appelé la communauté internationale à prendre de nouvelles mesures offensives, y compris l’éventuelle création d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie.

« Notre principal objectif est de trouver des mécanismes de protection des civils et d’arrêter la machine à tuer, », a déclaré M. Ghalioun, professeur d’université de 66 ans, depuis sa résidence du sud de Paris. « Nous affirmons qu’il est impératif d’utiliser des mesures énergiques pour forcer le régime à respecter les droits de l’Homme. »

Soulignant ces préoccupations, la commission des droits de l’Homme des Nations Unies a estimé jeudi que la répression en Syrie durant les neuf mois de soulèvement avait coûté « beaucoup plus » que 4000 vies, un bilan aggravé par les centaines de morts des récentes semaines.

Cette année de soulèvements politiques au Moyen-Orient a dégénéré de plus en plus en une lutte de pouvoir opposant les Etats-Unis et ses alliés arabes, comme l’Arabie saoudite, contre l’Iran et ses alliés. La Syrie est considérée comme l’enjeu central, en raison de sa position stratégique et son rôle dans la lutte israélo-arabe.

La Syrie semble également mûre pour un réalignement. Le gouvernement du président Bachar al-Assad est le plus proche allié militaire et stratégique de la région. Damas et Téhéran se coordonnent étroitement pour faire passer des armes et des fonds au mouvement du Hezbollah qui contrôle le Liban et au groupe militant du Hamas, qui combat les forces israéliennes.

M. Assad et beaucoup de ses hauts responsables sont alaouites, une branche de l’Islam chiite. L’alliance du régime avec l’Iran, dominé par les chiites et persan, est considérée comme non naturelle par la majorité arabe sunnite, M. Ghalioun l’a appelée « anormale ». Le CNS, et plus généralement l’opposition syrienne, soutiennent en général la dissolution des liens.

Une telle position est bien accueillie par les responsables américains et européens, qui croient que le renversement de M. Assad pourrait paralyser la capacité de l’Iran à étendre son pouvoir dans les territoires palestiniens et en Egypte.

« Il n’y aura aucune relation privilégiée avec l’Iran », a affirmé M. Ghalioun dans un entretien. « Briser la relation exceptionnelle signifie rompre l’alliance stratégique et militaire » a-t-il dit, ajoutant qu’ « après la chute du régime syrien, [le Hezbollah] ne sera plus le même. »

Bien sûr, M. Assad ou des membres de sa secte alaouite pourraient rester au pouvoir. Mais si Damas rompait avec Téhéran, comme le croient des diplomates, le propre mouvement pro-démocratie de l’Iran, étouffé en 2009, pourraient être relancé. Les efforts pour contenir la propagation de systèmes d’armes sophistiqués pourraient aussi être soutenus. Le scepticisme reste élevé, cependant, qu’une telle évolution contribue à résoudre le conflit arabo-israélien, alors que les nouveaux gouvernements de l’Égypte à la Tunisie semblent tout aussi dévoués à la cause palestinienne.

Le Conseil national syrien, créé officiellement en Octobre, sert de visage à l’opposition syrienne avec la communauté internationale et a proposé de mener une transition d’un an vers un régime démocratique. C’est la plus large coalition d’opposition depuis que les manifestations ont éclaté en Syrie à la mi-mars, unifiant les musulmans sunnites, les chrétiens, les Kurdes, les comités de jeunes et d’autres.

Mais plusieurs dissidents politiques basés à Damas, et des mouvements plus récents pour un changement politique, disent que le Conseil a été formé en grande partie à l’extérieur de la Syrie et ne représente pas en juste proportion le spectre de société syrienne. Des factions à l’intérieur du CNS ont eu des vues divergentes sur des questions d’autonomie régionale, d’intervention étrangère dans la crise de la Syrie et du rôle de la religion et du nationalisme arabe dans tout nouvel État. L’organisation a également été entravée par l’absence d’un territoire opérationnel à l’intérieur de la Syrie et par la cohésion de l’armée et du gouvernement de M. Assad.

Des responsables américains et européens ont exprimé une préoccupation particulière au sujet de manque de représentation des femmes et des minorités religieuses au CNS. Ils ont aussi déclaré que les groupes religieux sunnites, tel que les Frères Musulmans, pourraient finir par dominer le Conseil.

Mais ces derniers jours, des responsables américains ont déclaré que M. Ghalioun œuvrait efficacement pour construire des ponts entre les factions politiques de Syrie.

« Il fait un travail impressionnant » a déclaré un responsable américain. Les officiels ont ajouté que l’élan semble se construire derrière le CNS, particulièrement après que les nations de la Ligue Arabe ont voté à une écrasante majorité dimanche l’application de sanctions financières contre le gouvernement Assad.

M. Ghalioun a reconnu au cours de l’entretien que le CNS a été confronté à des défis dans l’unification de l’opposition de la Syrie, après plus de 40 ans de règne dictatorial de la famille Assad.

Il a déclaré que la minorité kurde avait 33 partis, rendant le choix d’une représentation difficile. Il a dit que le CNS a également réalisé un effort particulier vers les chrétiens, y compris l’envoi d’une mission au Vatican, compte-tenu des craintes que les droits religieux, économiques et politiques des chrétiens ne soient réduits dans une Syrie post-Assad.

En effet, a-t-il dit, même si la Syrie a environ 70% de musulmans sunnites, elle a un historique de diversité religieuse et ethnique qui ne permettrait jamais qu’elle soit dominée par des partis islamistes ou par la loi islamique.

«Je ne pense pas qu’il y ait de véritable crainte en Syrie d’un monopole des islamistes, pas même de 10%,» a-t-il déclaré. «Les Frères musulmans ont été en grande partie en exil depuis 30 ans et leur coordination interne est inexistante. »

M. Ghalioun a lui aussi vécu à l’étranger durant les décennies qui ont suivi la prise de pouvoir par le parti Baath et le coup d’État par Hafez al-Assad – le père de M. Assad – comme président en 1970. M. Ghalioun a été professeur de sociologie politique à l’université de la Sorbonne à Paris, retournant par intermittence en Syrie pour faire campagne en faveur de la réforme politique. Auto-déclaré laïque sunnite, il a appelé à la séparation de la religion et de l’Etat.

Son rôle en tant que leader de l’opposition pourrait s’achever en avance ce mois-ci conformément aux statuts du comité, mais des discussions sont en cours pour la prolongation éventuelle de son mandat.

Au cours de l’entretien, M. Ghalioun a souligné que la Syrie demeurera engagée dans la récupération auprès d’Israël du territoire du plateau du Golan, perdu par Damas durant la guerre des Six Jours en 1967. Mais il a déclaré que la Syrie veillerait à ses intérêts par des négociations plutôt que par un conflit armé ou le soutien de mandataires.

Il a ajouté que le nouveau gouvernement syrien normaliserait les relations avec le Liban voisin après des décennies de domination du pays par le biais de ses canaux militaires et de ses services de renseignement. Une enquête des Nations Unies a accusé des membres du Hezbollah de l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafik Hariri, une accusation que le groupe a réfutée.

Le président du CNS a rejoint les Etats-Unis et l’Union Européenne dans leur accusation contre l’Iran d’assister M. Assad dans sa répression de la révolte politique. Téhéran a nié cette accusation à plusieurs reprises. Mais les responsables iraniens, ainsi que le Hezbollah, ont fait entendre leur soutien en faveur du maintien du régime d’Assad.

M. Ghalioun et le CNS ont été conduits à intensifier les négociations avec la Ligue Arabe, la Turquie, la Russie et les puissances européennes ces derniers jours pour trouver un moyen de protéger les syriens et de garantir l’approvisionnement de l’aide humanitaire, selon les participants aux pourparlers. Le président du CNS a rencontré le ministre français des affaires étrangères français Alain Juppé et le ministre britannique des affaires étrangères William Hague.

La Turquie, qui a rejoint mercredi la Ligue arabe, Etats-Unis et l’Union européenne dans l’imposition de sanctions financières contre le gouvernement de M. Assad, a évoqué la possibilité d’établir une zone tampon à l’intérieur de la Syrie pour protéger les civils des forces armées de M. Assad. M. Juppé et les Etats-Unis appuient un plan destiné à protéger les observateurs internationaux en Syrie.

Le chef du CNS a visité la frontière turque cette semaine pour rencontrer les chefs de l’armée syrienne libre, qui est constituée de déserteurs des rangs intermédiaires majoritairement sunnites de l’armée syrienne. L’ASL a revendiqué la responsabilité ces dernières semaines d’au moins une attaque contre un bâtiment de sécurité de l’Etat. Mais M. Ghalioun a déclaré qu’il avait conclu un accord avec les commandants de l’ASL afin que leurs opérations militaires se concentrent uniquement sur la protection des civils syriens et non sur des opérations offensives.

«Nous ne voulons pas, après la chute du régime en Syrie, de milices armées en dehors du contrôle de l’État,» a déclaré M. Ghalioun. «Ils nous ont assuré exécuteront notre accord et respecteront les demandes de ne pas mener des opérations offensives. »

M. Ghalioun a relayé la confiance des dirigeants occidentaux dans le fait que le leadership du président Assad est intenable à long terme en raison des déboires financiers croissants de Damas et de l’isolement diplomatique, affirmant que M. Assad ne peut survivre que quelques «mois» plus dans ses fonctions. Des responsables américains et européens estiment que cela pourrait prendre beaucoup plus de temps.

Le CNS estime que les réserves de change sont désormais inférieures à 10 milliards de dollars, a déclaré son chef : Damas avance officiellement entre 17 et 18 milliards. Il a également déclaré que l’économie de la Syrie allait se contracter d’au moins 10% cette année. Les économistes syriens affirment que le gouvernement prévoit une croissance d’environ 4%.

«Il n’y a même pas 1% de chance qu’Assad survive», a déclaré le président du CNS. «Son seul choix pour continuer … c’est de continuer le massacre. Ils savent que s’ils arrêtent, ils sont finis. »

 

source: http://online.wsj.com/article/SB10001424052970204397704577070850124861954.html?KEYWORDS=ghalioun

 



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