Le Conseil National Syrien contre les imbéciles du scepticisme – commentaire de Tamer Mallat

Article  •  Publié sur Souria Houria le 19 novembre 2011

Traduit de l’anglais par SouriaHouria.

 

Huit mois se sont à présent écoulés depuis le début de la révolution en Syrie, et il reste encore beaucoup à faire. Une diplomatie nulle et des politiques insignifiantes ont jusqu’ici coûté la vie à des milliers de personnes, sans parler des dizaines de milliers d’autres actuellement enfermées dans les ignobles prisons de Bashar. Pourtant, il y a de l’espoir. La formation définitive du Conseil National Syrien le mois dernier était cruciale pour la survie des révolutionnaires meurtris de Syrie. Sans ressources à sa disposition, et avec le scepticisme hantant chacun de ses mouvements, le CNS a été capable, avec défi bien que lentement, de mobiliser les soutiens à sa quête visant à déloger du pouvoir le régime de Bashar al-Assad et à ouvrir la voie à la démocratie dans un pays qui connaît l’obscurité depuis plus de quarante ans. Ce vendredi dernier, la Ligue Arabe a fait un pas en menaçant de suspendre l’adhésion de la Syrie si le régime n’arrêtait pas sa répression impitoyable. La suspension de l’adhésion du régime représenterait sans doute un changement de donne pour la Révolution syrienne qui semble sans fin.

L’importance de l’échec d’Assad à respecter l’ultimatum de la Ligue Arabe constitue la première étape dans la réalisation du but recherché par le Conseil National Syrien, présenté dans sa déclaration du 17 octobre. Cela pourrait préparer le terrain à une reconnaissance à part entière du Conseil par la Ligue, comme le représentant officiel du peuple syrien. Symboliquement, cela signifierait aussi la réalisation de deux des objectifs du CNS exposés dans la même déclaration, réclamant la « suspension du régime syrien de la Ligue Arabe, avec des sanctions imposées au régime », en plus de « la reconnaissance du Conseil National comme le représentant légitime de la volonté du peuple syrien ». Concernant la déclaration de la Ligue Arabe, l’activiste syrien Shakeeb Al-Jabri, basé à Beyrouth, explique la portée particulière d’une sixième clause « passée inaperçue », qui « appelle l’opposition à une rencontre au Caire afin de discuter d’une « phase de transition » en Syrie ». Pour Jabri, cette clause met en lumière la totale perte de confiance de la Ligue à l’égard d’Assad.

Le discours de Burhan Ghalioun la nuit du 2 novembre a marqué une autre étape notable dans la consolidation de la dynamique interne du conseil. D’un sens du leadership avisé, le discours a annoncé l’acceptation de Ghalioun comme le représentant principal d’une opposition syrienne unifiée. La perfection de l’élocution a conféré à M. Ghalioun une allure présidentielle, le distinguant ainsi des spectacles moqueurs de Bashar al-Assad. En outre, le moment choisi pour le discours, quelques heures après l’annonce surréaliste par Nabil al-Arabi d’un «plan de paix» avec Assad, a permis au président du CNS de réitérer le refus du Conseil de négocier avec un régime dont il souhaite voir la chute. Enfin, l’intervention de Ghalioun a totalement discrédité le plan initial de la Ligue Arabe, en la contraignant à prendre des mesures plus radicales à peine une semaine plus tard.

Malgré cela, le combat pour la légitimité du CNS reste un combat permanent, avec de nombreuses difficultés techniques et politiques entravant son chemin.

Le plus simple, et peut-être le plus évident des obstacles auxquels est confronté le Conseil National Syrien, constitue paradoxalement la plus sinistre des difficultés. Tout d’abord, presque toute la communication se fait en arabe. C’est tout naturel bien sûr, mais le problème réside dans le fait que mis à part les événements les plus importants, très peu sont en fait traduits dans d’autres langues. Ni le site Internet du CNS, ni aucune autre source majeure d’information d’opposition n’est disponible aux non-arabophones. La seule information accessible pour ces derniers est éparse, ce qui rend difficile pour les journalistes et le grand public se faire une idée cohérente et bien informée. Ces lacunes sont particulièrement dangereuses car elles bénéficient aux « chiens du doute ». Elles peuvent être meurtrières, comme lorsque trois des plus importants organes de presse de France, Le Monde, Le Figaro et l’Agence France Presse, ont imprudemment conduit des entretiens avec l’ancien vice-président Abdel Halim Khaddam et Rifaat al-Assad, le plus jeune frère d’Hafez, responsable du carnage qui a eu lieu à Hama en 1982. De telles interviews honteuses, conduites par des journalistes français qui ont à peine mentionné le Conseil National Syrien depuis sa formation, rendent difficile pour les membres du CNS résidant en France de gagner une plus large visibilité. Parce que très peu est encore connu sur les caractéristiques du Conseil National Syrien en dehors du monde arabe, l’image du conseil à l’étranger reste à la merci des médias.

Ce point soulève un autre problème qui a limité la visibilité d’une opposition bien organisée. En raison de déficits structurels et institutionnels du CNS, en plus de l’impossibilité actuelle pour lui de fonctionner en toute sécurité de Syrie, il devient difficile pour l’opposition d’être représentée dans un lieu unique. Le Conseil n’a pas de véritable base où se réunir régulièrement et coordonner sa politique. Il devient alors nécessaire que des institutions telles que les universités ou lieux publics accueillent le CNS, et facilitent par la suite la communication et la prise de décision.

Enfin, le Comité de Coordination Nationale, un groupe d’opposition rival basé à Damas, a affirmé qu’il était le représentant légitime des aspirations du peuple syrien pour la liberté. Le CCN, à la différence du CNS, privilégie le dialogue avec le régime. Il est également contre l’application d’une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie, quelque chose de très demandé par les manifestants syriens. Cela a créé l’impression que l’opposition syrienne est divisée entre un groupe basé en Syrie et un groupe œuvrant hors du pays. En réalité, le CCN est responsable de la création d’un débat trivial sur la question de savoir si la présence externe du Conseil National Syrien lui permet d’avoir une quelconque légitimité. Un tel débat est absurde, alors que des membres du Comité de Coordination National peuvent voler librement en Syrie et en dehors, et ne sont soumis à aucune restriction sur le terrain. La vraie opposition ne peut tout simplement pas faire cela, ce qui soulève des questions sur le fait de savoir si le CCN entretient de quelconques liens avec le régime. Pour un membre du CNS atterrir à Damas ou tenter d’entrer en Syrie signifierait une mort immédiate.

Le 16 novembre, la Ligue Arabe suspendra l’adhésion de la Syrie si le régime n’arrête pas toutes les violences et ne retire pas ses troupes du terrain. L’ultimatum marquera aussi le début des entretiens sur la transition avec le Conseil National Syrien. Comme l’explique Shakib al-Jabri, c’est le moment où le Conseil doit montrer qu’il a ce qu’il faut pour mener la révolution Outre ces développements positifs, il est également primordial pour le CNS de travailler à l’amélioration de sa communication et de se coordonner de manière plus approfondie pour unifier l’image de l’opposition syrienne. L’association de ces deux éléments, leadership et organisation, accélèrera sans aucun doute la chute de l’infâme dictateur de la Syrie.

 

source: http://arabsthink.com/2011/11/14/the-syrian-national-council-versus-the-goons-of-skepticism/



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