Le coût de l’inaction – par Jean-Pierre Filiu

Article  •  Publié sur Souria Houria le 17 février 2016

Dans un long entretien réalisé par la Fondation Robert Schuman, Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po et auteur notamment de « Les Arabes, leur destin et le nôtre » publié aux éditions de La Découverte,  évoque notamment la faible conscience stratégique des Européens, et la nature de l’engagement russe au Proche Orient. Extrait.

« L’Union européenne n’a pas accompli le minimum que l’on était en droit d’attendre d’elle, même après que la France a été frappée en janvier et novembre 2015 de la manière la plus barbare. Les pesanteurs bruxelloises n’expliquent pas tout, il y a malheureusement une incapacité à penser une situation aussi révolutionnaire que celle que traverse le monde arabe depuis 2011. Nous assistons à un effondrement stratégique d’une importance aussi vitale pour la sécurité de l’Europe et son devenir que la chute du mur de Berlin en 1989. Or où sont les moyens mobilisés ? Quelle est la vision d’avenir ? Quelle est la démarche collective ? On les cherche toujours dans une Europe tétanisée par l’agressivité russe et la passivité américaine, sur fond de montée des populismes xénophobes. Tout cela rappelle pourtant à l’historien que je suis les heures les plus sombres de l’histoire de notre continent. Je saisis dès lors chaque occasion pour marteler qu’un tel défi appelle plus d’Europe, à rebours du repli actuel »

Sur la Russie

Poutine se trouve en Syrie dans la situation idéale où il joue la « guerre froide » tout seul depuis 2011, du fait de l’effacement américain. Il ne peut donc que gagner cette parodie de « guerre froide », tout en brodant sur ce registre qui séduit une grande partie de son opinion et paralyse les politiques européens. Ne nous y trompons pas, c’est la reculade américaine en Syrie en août 2013 qui a convaincu Poutine qu’il pouvait annexer la Crimée quelques mois plus tard, alors même que les Occidentaux n’ont jamais considéré ces deux crises comme aussi intimement liées. Le Kremlin est engagé depuis septembre dernier dans une « guerre globale contre la terreur » qui sera aussi désastreuse pour la sécurité européenne que l’a été la « guerre globale contre la terreur » de George W. Bush.

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Dessin de Kak paru lors de la visite de Poutine à l’Onu, en septembre 2015

→ Lire l’intégrale de cet entretien sur le site de la Fondation Robert Schuman.



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